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22-06-2011
Mots clés
Macro-économie
Europe

Comment la Grèce en est-elle arrivée là ?

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Comment la Grèce en est-elle arrivée là ?
(Crédit photo : George Laoutaris/flickr)
 
La Grèce a bénéficié depuis les années 90 des largesses de l'Union. Mais qu'en a-t-elle fait ? Est-elle le tonneau des Danaïdes qu'on l'accuse d'être ? Jacques Le Cacheux, économiste, remonte le fil de la crise.
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Mise à jour du 28 juin 2011 : Banques, hôpitaux, journaux... La Grèce s’est mise en grève générale pour 48 heures en prévision d’un vote sur le nouveau plan d’austérité qui doit être examiné mercredi et jeudi au Parlement. Celui-ci prévoit de nouveaux sacrifices pour les Grecs notamment en matière d’impôts

Jacques le Cacheux est directeur du département des études à l’OFCE, le centre de recherche en économie de Sciences Po

Terra eco : Les pays européens et notamment l’Allemagne accusent la Grèce d’avoir bénéficié des largesses de l’Union pendant des années sans redresser son économie. Est-ce une réalité ?

Jacques Le Cacheux : C’est partiellement vrai. La Grèce a fait partie depuis le début des années 90 des « pays de la cohésion » avec le Portugal, l’Irlande et l’Espagne. Ce programme, conçu au moment de Maastricht, était destiné aux Etats dont le PIB était inférieur à 90% de la moyenne européenne. L’idée était de leur donner un petit coup de pouce pour faciliter leur rattrapage. Ces pays ont bénéficié de fonds structurels équivalent à 1,5% ou même à 3% de leur PIB pendant des années. Ces aides devaient servir à financer des infrastructures, la modernisation de l’économie...

Mais les effets ont été très différents selon les pays. Certes la Grèce a renouvelé ses infrastructures en partie, notamment au moment de la préparation des Jeux Olympiques d’Athènes (en 2004, ndlr). Elle a rénové son aéroport, construit un métro... Mais seules l’Irlande et l’Espagne ont affiché de bonnes performances de croissance.

Pourquoi la Grèce n’a-t-elle pas réussi de la même manière ?

Pour toutes sortes de raisons. D’abord parce que les politiques menées ont été assez mal conçues. Et aussi à cause de certains problèmes spécifiques à la Grèce : fraude fiscale, corruption, mauvaise gouvernance, système public pléthorique... Par ailleurs, on sait bien qu’il y a eu, au départ, une falsification des comptes publics. En 2002, quand la Grèce est entrée dans l’euro, elle a procédé à des manipulations comptables pour satisfaire les critères de Maastricht qui exigeaient un déficit public inférieur à 3% du PIB. On s’est aperçu après coup de ces manipulations...

Après coup ? Certaines voix affirment que la Grèce a bénéficié d’une certaine complaisance à l’époque...

Disons qu’Eurostat (chargée d’agréger les statistiques des pays de l’UE, ndlr) qui était censée vérifier les comptes des pays n’a pas été très scrupuleuse. Les agences de notation de la même manière n’ont pas été très regardantes. Il y a eu sans doute, oui, une sorte de complaisance vis-à-vis de la Grèce pendant des années. Même quand la dette publique du pays a dépassé 100% du PIB, les agences de notation n’ont émis aucune réserve.

Et la situation ne s’est pas améliorée. Pendant la crise, il y a eu, en Grèce, des élections législatives. Durant la campagne, le gouvernement sortant a imaginé un méga-plan de relance pour acheter des électeurs. Il a ainsi fait exploser le déficit public sans le faire apparaître dans les comptes. Quand Geórgios Papandréou (Premier ministre depuis octobre 2009, ndlr) est arrivé au pouvoir, il a été confronté à une situation beaucoup plus dégradée que celle à laquelle il s’attendait. Or, dans une grande opération de vérité, le nouveau gouvernement a décidé de publier les vrais chiffres du budget. C’est là que tout s’est enclenché.

Le pays s’est alors enfoncé dans la crise ?

En mars-avril 2010, la Grèce a commencé à éprouver des difficultés récurrentes à se financer sur les marchés européens à des taux raisonnables. Au printemps 2010, le FMI et l’UE ont envisagé une intervention. C’est là que s’est ouvert le débat en Allemagne sur le mode : « Doit-on aider la Grèce alors qu’elle a joué les cigales ? » Je me souviens d’un scandale dans la presse allemande parce que Papandréou, le premier ministre grec avait demandé l’aide de l’Europe et du FMI depuis une île grecque, sur fond de ciel bleu. C’était plutôt une mauvaise stratégie de communication. Il aurait mieux fait de rester dans son bureau et de se couvrir la tête de cendres !

C’est là que les instances internationales sont intervenues ?

L’intervention proprement dite du FMI et des pays de l’UE a eu lieu en juin 2010. Ils se sont mis d’accord sur un premier plan d’assistance de 110 milliards d’euros et ont exigé en échange la mise en place d’un plan d’austérité afin de réduire le déficit budgétaire et la dette publique. Tous les trois mois, la Troïka – l’Union européenne, la Banque centrale européenne et le FMI – vont à Athènes pour voir si la Grèce est bien sur le sentier prévu vers l’amélioration. Et à chaque fois, ils débloquent une tranche d’aide.

Mais si le Parlement grec refusait de voter le nouveau plan d’austérité et que la Troïka ne prolongeait pas le versement de l’aide que se passerait-il ?

Dans ce scénario catastrophe, l’Etat grec ne pourrait faire face à ses obligations. Il ne pourrait plus se financer et serait obligé d’arrêter les dépenses. Et cela pourrait aussi avoir des conséquences catastrophiques sur l’ensemble de la zone euro et les marchés mondiaux. Toutes les banques qui détiennent de la dette grecque enregistreraient alors des pertes. Et la méfiance grandirait à l’égard de la zone euro. On pourrait assister à une contagion. Les banques et les institutions financières en viendraient à se méfier à leur tour des dettes irlandaises et portugaises. C’est cette réaction en chaîne que craignent les autorités et notamment la BCE. C’est pour cela qu’ils sont vent debout contre un rééchelonnement de la dette.

Le FMI vient de publier des données inquiétantes sur la situation de l’Espagne. Le pays est-il en train d’emboîter la pas à la Grèce ?

Le cas de l’Espagne est très différent. C’est une économie beaucoup plus robuste que celle de la Grèce. La situation des finances publiques est moins dégradée. Avant la crise, l’Espagne avait une dette publique inférieure à 60% du PIB et affichait même un excédent budgétaire. Evidemment la situation s’est beaucoup dégradée pendant la crise mais elle est beaucoup plus saine. En Espagne, on est plutôt dans un scénario à l’irlandaise. Là-bas, les dettes du secteur privé était telles qu’il a fallu renflouer les banques ce qui a coûté très cher aux finances publiques irlandaises. De la même manière, c’est la situation des banques espagnoles qui inquiète le FMI.
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