publicité
Accueil du site > Actu > Société > Comment l’Etat nous met au régime
Article Abonné

Comment l’Etat nous met au régime

Taille texte
Comment l'Etat nous met au régime
(Crédit photo : Sandy Nicholson / Redux - Rea)
 
Les dépenses de santé liées au surpoids menacent d’exploser. Du coup, les Etats tentent tout : prévenir, sanctionner, taxer, et même payer les obèses pour maigrir.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
SUR LE MÊME SUJET
Article publié dans le

N° 22 - février 2011

Serons-nous tous gros demain ?

1/ Mieux vaut prévenir que guérir

Allez, répétons la leçon : « au moins cinq fruits et légumes par jour » et « des féculents à chaque repas ». Régulièrement, des campagnes viennent sonner les cloches des Français. Depuis 2001, l’Etat s’inquiète pour notre courbe de poids et a dégainé un Programme national nutrition santé (PNNS), renforcé d’un Plan obésité en mai 2010. Les mesures – en cours d’élaboration – sont inspirées d’un rapport concocté par des scientifiques et des représentants de l’industrie agroalimentaire. Au menu : éducation, dépistage et accès pour tous aux produits sains. A l’école, le plan préconise d’imposer l’équilibre des repas dans les cantines scolaires, d’ajouter des cours de cuisine et des leçons sur la nutrition, ainsi que d’augmenter l’activité physique. Sur le plan médical, le dépistage et le suivi de l’obésité doivent être généralisés à tous les enfants d’ici à 2012. Une mesure – qui fait grincer quelques dents – propose la création d’un logo facilement décryptable pour signaler la qualité nutritive des meilleurs produits, à l’image de ce qui existe en Suède, depuis 1989, sous le terme « green keyhole ». Selon le professeur Dominique Turck, pédiatre et membre de la commission, l’une des priorités du plan sera la réduction de la « facture nutritionnelle », l’obésité touchant principalement les populations défavorisées. Cette idée est aussi développée en Grande-Bretagne, où le gouvernement vient d’annoncer la distribution de 5 millions de coupons valables sur des produits sains de marques comme Nestlé, Unilever ou Kellogg’s…

Des super-héros fruités

Au Pays de Galles, on a trouvé la formule magique pour sensibiliser les gosses : les « Food Dudes », un dessin animé dont les héros tirent leurs superpouvoirs de fruits et légumes. Plus Charlie, Tom, Raz et Rocco en avalent, plus ils accumulent de force pour combattre le méchant Général Junk et sauver la planète de la malbouffe. En classe, les aventures des « Food Dudes » sont régulièrement projetées aux enfants qui reçoivent ensuite une portion d’un fruit ou d’un légume. A la clé : une petite récompense : crayon, podomètre ou balles à jongler par exemple. « En encourageant les enfants à goûter de façon répétée des fruits et des légumes, le programme les aide à les apprécier et à changer durablement leurs habitudes alimentaires », indique le docteur Sally Pears de l’université de Bangor. Deux ans et demi après la fin du programme, les enfants mangent deux fois plus de fruits et légumes qu’auparavant. Lancé en 2005, « Food Dudes » a été adopté par plus de 1 700 écoles en Irlande et au Royaume-Uni, 3 en Sicile et 8 aux Etats-Unis. Aucune dans l’Hexagone pour le moment. « Mais nous serions ravis de rencontrer les autorités françaises pour leur proposer un pilote », suggère Sally Pears.

2/ Sévir (au moins un peu)

En France, une enquête réalisée par BVA en 2007 montre que plus des deux tiers des enfants de 8 à 14 ans sont capables de citer l’un des bandeaux sanitaires rendus obligatoires sur les publicités alimentaires depuis 2006. Exemple ? « Evitez de manger trop gras, trop salé, trop sucré. » Néanmoins, les bambins restent toujours aussi accros aux douceurs et aux snacks vantés dans ces mêmes réclames. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande l’interdiction pure et simple de la publicité pour ces produits aux heures où les enfants sont susceptibles d’être devant la télé. En 2009, l’Assemblée nationale a pourtant rejeté un projet de loi visant à instaurer de telles restrictions. En échange, industriels et chaînes de télévision ont signé une charte s’engageant à diffuser des programmes éducatifs et offrir 60 % de remise sur les spots valorisant la consommation de fruits et légumes. Le secteur alimentaire représentant le second marché publicitaire télévisuel, on imagine les intérêts économiques en jeu. Alors que la France bataille avec ce serpent de mer, le Québec, la Suède et la Norvège ont totalement banni ce type de pubs de leurs écrans.

Atteinte à la liberté de… manger

Victoire hexagonale : l’interdiction des distributeurs de boissons et de snacks dans les écoles. Les Etats-Unis pourraient bientôt l’imiter. En décembre 2010, le Congrès a voté le « healthy hunger-free kids act » – « loi pour des enfants en bonne santé et bien nourris » – qui prévoit un crédit de 4,5 milliards de dollars (3,4 milliards d’euros) consacré à l’alimentation scolaire. Avec l’obligation de servir des menus comprenant des légumes et moins de produits gras. Ses détracteurs, comme Sarah Palin, l’opposante ultra-conservatrice, y voient une atteinte à… la liberté de manger. Au Mexique, une loi, votée en 2010, interdit la vente de nourriture de mauvaise qualité dans les écoles primaires et rend obligatoire la pratique quotidienne d’une demi-heure de sport. Le XXIe siècle pourrait bien être celui de la guerre contre le gras.

3/ Taxer gros et gras

L’obésité coûte cher au système de santé publique, entre 2 % et 6 % des dépenses de santé dans les pays européens et plus de 9 % aux Etats-Unis, selon l’OMS. Alors « pourquoi ne pas taxer les gros ? », suggérait un député allemand de la CDU, en juillet 2010, provoquant un tollé dans son pays. Pourtant, aux Etats-Unis, les Etats d’Alabama et de Caroline du Nord ont décidé de relever les frais d’assurance santé de leurs fonctionnaires obèses à partir de 2011. Dans la vie quotidienne, cette taxation a pris des formes discriminantes selon des associations d’obèses. Ainsi, chez Air France KLM, les personnes trop larges, contraintes de réserver un second siège, doivent payer ce dernier 75 % de son prix. Il leur est remboursé, à condition que l’avion ne soit pas complet.

Renflouer les caisses de l’Etat

Côté industriels, une « fat tax » ou « taxe nutritionnelle » sur les produits est envisagée comme un moyen de lutter contre l’obésité et de renflouer les caisses de l’Etat. En 2008, l’inspection générale des affaires sociales préconisait sa mise en œuvre. En apparence, l’idée est simple : augmenter la TVA sur les produits riches en sucres et en gras, comme les chips, sodas, glaces, charcuterie, pâtisseries, etc., ainsi que sur les aliments des chaînes de fast-food. L’idée avait été rejetée au motif qu’elle pénaliserait le budget des plus pauvres. Néanmoins, la « fat tax » est appliquée au Danemark, débattue en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. En janvier 2010, la Roumanie était le premier pays à adopter une taxe sur les fast-foods, dont les modalités d’application n’ont cependant pas encore été définies.

4/ Payer pour motiver

La Grande-Bretagne a opté pour une ligne originale : offrir de l’argent contre une meilleure hygiène de vie. En 2009, les services de santé du Kent, au sud-est de l’Angleterre rémunéraient les kilos perdus. Tentant ? Le programme, appelé « Pounds for pounds », visait à lutter contre l’obésité, pas les kilos superflus. Les 402 volontaires retenus pour ce test d’un an se voyaient ainsi offrir de 70 à 425 livres (85 à 510 euros) pour faire pencher l’aiguille de la balance dans le bon sens.

« Des livres contre des kilos » n’est pas le seul programme britannique de ce type. Suivons Rebecca qui doit accoucher dans quelques semaines. Cette Ecossaise de 28 ans pointe aujourd’hui chez son pharmacien pour son test respiratoire hebdomadaire. Si son taux de monoxyde de carbone ne révèle aucune trace de tabagisme, elle pourra disposer de 12,5 livres (15 euros) en bons d’achat à la caisse de son supermarché. Et cela, comme chaque semaine où elle s’abstient d’en griller une. La jeune femme, fumeuse durant les onze ans précédant sa grossesse, s’est inscrite à « Give it up for baby », un plan de sevrage tabagique rémunéré, initié en 2007 par les services de santé de Dundee (Ecosse). « Ils étaient lassés du manque d’efficacité des méthodes classiques », témoigne Andrew Radley, leur consultant en santé publique.

Selon une étude de l’université d’Oxford, le tabagisme coûte chaque année 6 milliards d’euros au système de santé britannique. Comptez 5 milliards pour les maladies liées à l’obésité dans ce pays européen le plus touché par ce mal occidental. La facture pourrait même doubler d’ici à 2050 selon le département de la santé.

Des points pour marcher

« Les programmes rémunérés sont de plus en plus populaires dans les pays anglo-saxons pour combattre les comportements à risque », explique Theresa Marteau, professeur de psychologie de la santé au King’s College, à Londres. La plupart des plans sont encore des expérimentations locales. Mais le 30 novembre 2010, le département britannique de la Santé a clairement mentionné ce type d’incitations dans son plan pour pousser les sujets de sa Majesté à préserver leur santé, envisageant même de distribuer des points aux enfants rentrant de l’école à pied.

N’attendez pas de la Sécu qu’elle en fasse de même ici. Les autorités françaises n’ont jamais engagé de plan de ce type, a indiqué la Direction générale de la santé à Terra eco. Et ce n’est pas au programme. « Nous sommes dans une logique de responsabilisation par l’information des personnes plutôt que de mérite. Ce n’est pas la même culture », souligne Jeanne Bariller du service de communication du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Santé.

En écartant cette radicale méthode de la carotte, l’Etat manque-t-il une occasion de réduire les maladies sur le long terme ? A voir les résultats des programmes britanniques, on est tenté de vous faire une réponse de Normand. Depuis avril 2007, 500 femmes enceintes se sont engagées dans le plan « Give it up for baby ». En moyenne, 40 % d’entre elles ne retouchent pas une cigarette avant douze semaines, soit deux fois plus qu’avec les programmes classiques. Le taux ne tombe qu’à 35 % au moment de l’accouchement. Une petite victoire pour Andrew Radley, pour qui ce sont autant de grossesses en péril de moins. Mais une exception pour Theresa Marteau : « Les femmes enceintes, d’un milieu social défavorisé constituent un groupe social très particulier. Les incitations financières n’ont pas prouvé leur efficacité sur des problèmes plus larges. Il faut plus de recherches. » Une étude de l’organisation indépendante Cochrane Collaboration sur 17 programmes rémunérés d’arrêt du tabac montre que si les candidats tiennent sur le moyen terme, ils tendent à échouer dès que la récompense n’est plus offerte. Retirez la carotte, Bourriquet fait marche arrière.

Question oseille, « Give it up for baby » a coûté, en trois ans, 60 000 livres (72 000 euros) en fonds publics. Si Rebecca tient jusqu’au troisième mois suivant l’accouchement où court le programme, elle aura gagné 650 livres (780 euros). L’Etat britannique en économisera-t-il autant en dépenses de santé publiques ? « Impossible à calculer », répond Andrew Radley.

Le coup du yoyo

Dans le Kent, les trois quarts des candidats à la perte de poids avaient abandonné avant le délai d’un an. Les 100 restants ont perdu 25 livres (11 kg) en moyenne chacun. Et pour chaque livre de gras fondue (453 g), les services de santé du Kent ont versé 12 livres (15 euros) à la société privée Weight Wins, missionnée pour mener « Pounds for Pounds ». Son pédégé Winston Rossiter affirme que le gouvernement économisera en retour 170 livres (200 euros) en dépenses médicales directes et 1 200 livres (1 440 euros) en coûts indirects dans le futur. Ces chiffres, il les tient de modélisations réalisées pour le gouvernement. Le hic ? Ils ne valent évidemment que pour des kilos perdus et jamais repris. Or, rien ne garantit qu’une fois le cash versé, les candidats ne joueront pas de nouveau au yoyo avec la balance. —
2 commentaires
TOUS LES COMMENTAIRES
COMMENTAIRES SÉLECTIONNÉS
RÉPONSES DE LA RÉDACTION
Trier par : Plus récents | Plus anciens
Affichage : Voir tout | Réduire les discussions
  • Je viens de lire l’article, je suis obèse, et j’ai suivi le coaching de Foued du blog Conseils-fitness. J’ai maigris, j’ai perdu plus de 33kg. Grace au jeune intermittent et a la diète cétogene.

    25.07 à 15h28 - Répondre - Alerter
  • Je suis un ancien obèse, après 3 ans de combat, j’ai réussi à me stabiliser à un poids acceptable. Je suis considéré comme une personne mince désormais...Quand bien-même l’état dépenserait des dizaines de millions en slogan catchy...La seule chose qui fonctionne, c’est : Changer son hygiène de vie.

    Faire attention aux produits qu’on mange, gérer les quantités, faire un peu de sport tous les jours, avoir un bon sommeil, pas de miracles, on connait tous la recette depuis toujours mais ça reste toujours compliquer d’appliquer ça sur la durée.

    Je conseille d’aller jeter uun oei au blog de qivafit qui met pas mal de ressources en la matière et ça à l’avantage d’être 100% gratuit !

    23.06 à 08h10 - Répondre - Alerter
PUBLIER UN COMMENTAIRE

Un message, un commentaire ?

  • Se connecter
  • Créer un compte

publicité
publicité
publicité
SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
publicité