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31-01-2014
Mots clés
Société
France
Interview

Claire, 30 ans : « Il faut se blinder contre la culpabilité »

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Claire, 30 ans : « Il faut se blinder contre la culpabilité »
(Crédit photo : Grégory Tonon - flickr)
 
Claire a quitté la région parisienne l'été dernier pour s'installer à Toulouse… et ne pas travailler, pendant un moment. Si tout n'est pas rose, elle en profite pour prendre son temps et s'investir dans l'associatif.
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Faire une pause, dire stop, s’offrir une parenthèse… Vous en rêvez ? Eux l’ont fait. Et ils témoignent pour « Terra eco ». C’est le sens de cette nouvelle rubrique : « Aujourd’hui, j’arrête ».

Terra eco : Qu’avez-vous arrêté exactement ?

Claire : D’abord, je voulais arrêter de vivre à Paris. Ensuite, je voulais arrêter de travailler de manière si intense. J’y pensais depuis quelques temps, une copine proche avait quitté Paris pour Toulouse. Il y avait une ambiance compliquée à mon travail, il y a eu plusieurs départs… Je me suis dit que c’était le bon moment. J’ai décidé en février-mars, je suis parti chercher un appart en mai et j’ai déménagé au début du mois de juillet. Et je n’ai pas cherché de travail.

Quel a été le premier pas ? La première démarche concrète ?

J’ai d’abord décidé de la ville : Toulouse. Ensuite, j’en ai parlé à ma cheffe et j’ai demandé une rupture conventionnelle.

Aviez-vous un objectif précis ?

Aller voir ailleurs si j’y étais ; me retrouver dans un autre contexte ; mettre un grand coup de pied dans ma propre fourmilière ; démarrer autre chose…

Avez-vous une solution côté finances ?

J’ai vraiment insisté pour avoir une rupture conventionnelle et donc avoir le chômage, pour avoir le temps de me retourner. J’avais quelques sous de côté, mais pas assez.

Avez-vous changé votre façon de vivre pour dépenser moins ?

A Toulouse, la vie est beaucoup moins chère qu’à Paris. Du coup, c’est plus simple. Et puis, j’ai plus de temps pour faire des courses dans des endroits où c’est moins cher. J’ai le temps d’aller au marché et de cuisiner vraiment… Je ne suis pas frustrée côté consommation, car je n’ai jamais été très dépensière.

Avez-vous une date limite pour cette pause ?

Je m’étais donné un an. Mais parfois, je me dis que je reprendrai peut-être un boulot avant. Pour le moment, je m’investis dans des projets collectifs, comme bénévole : dans Partageons les jardins !, au Planning familial, dans des collectifs féministes, pour le Festival de ciné latino

Qu’est-ce qui est compliqué ?

Il y a des moments difficiles, où on ressent une certaine culpabilité. On se dit : « Tout le monde bosse, et moi, je me la coule douce ! » Mais c’est pas si facile de se la couler douce ! C’est déstructurant de ne pas avoir d’activité, c’est un peu angoissant de ne pas avoir de rythme. Je me réveille moins tôt, mais pas à 14 heures non plus, plutôt 9 ou 10 heures ! J’ai une vie sociale plus importante le soir… donc je me couche plus tard. Mais le temps passe vite et je n’ai pas assez de temps pour lire, par exemple !

Qu’est-ce qui vous manque de votre ancienne vie ?

Il me manque un réseau de copains. A 30 ans, sans travailler et sans étudier, c’est moins facile, surtout dans un nouveau lieu. Mais là, ça se met en place au bout de six mois.

Par quoi avez-vous été surprise ?

Je ne pensais pas être angoissée à ce point ! C’est assez récent, car au début, je ne savais pas trop à quoi m’attendre, donc je n’étais pas angoissée ! Au début, c’était des vacances. Aujourd’hui, moins.

Avez-vous un conseil pour d’éventuels nouveaux candidats à la pause ?

Il faut se blinder contre la culpabilité. Quand on sort de Pôle emploi, on se sent comme une grosse merde. Ce n’est pas simple à gérer. Les conseillers ne sont pas en mesure d’entendre qu’on fait une pause… Ma conseillère me dit de mentir pour plaire à des employeurs ; moi, je lui mens en disant que je fais des recherches. C’est un jeu hypocrite, car de toute façon, ce n’est pas Pôle emploi qui pourra me trouver un travail.

Quel est votre bilan provisoire de cette pause ?

J’ai une vie quotidienne assez ordinaire, mais j’essaye de prendre le temps. C’est vraiment une expérience. Qu’il faut vivre à un moment donné de sa vie, tant qu’il est encore temps, tant qu’on n’a pas encore de gens qui dépendent de nous.


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13 commentaires
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  • claire est jeune , elle aura l occasion de trouver facilement un travail à son âge ,mais il faut faire très attention car quand on est libre il est très difficile de se réadapter aux choses que l on nous imposent surtout dans le milieu professionnel et aussi il est plus compliqué de nos jours de retrouver un emploi après 40ans.

    3.05 à 15h50 - Répondre - Alerter
  • Bravo Claire, c’est grace à cette démarche que tu trouveras au final je l’esperes le boulot qu’il te faut ! J’esperes au moins que ceux qui te critiquent se sentent totalement épanouis dans leur vie car sinon c’est que ce sont des gens peureux qui refusent de prendre le moindre risque. Quand au coté égoisme et société fragile arretons de se leurrer, notre société est aujourd’hui basée sur la manipulation des masses alors un peu de libre pensée ne peut que faire un peu avancér les choses !

    4.03 à 13h19 - Répondre - Alerter
    • Pour moi, Claire a fait une démarche courageuse mais ne prend aucun risque en touchant le chômage et en ne faisant que changer de ville. C’est un peu comme des congés payés prolongés qu’elle prend dans une autre ville. Certes, elle a travaillé et elle a le droit de toucher le chômage. Mais elle assume et accepte alors d’être comparée à ceux qui trichent et qui abusent du système. J’ai le même âge qu’elle et j’ai fait le même choix. A la différence de ne pas demander le chômage dont l’indemnité serait pourtant confortable. A la place, j’ai choisi de faire du bénévolat et du volontariat en échange d’être loger / nourri, ce qui limite les frais et permet aussi de découvrir plusieurs villes / pays. Bien sûre Claire a fait un choix mais malheureusement elle ne peut pas dire qu’elle l’assume, et qu’elle est libre : elle dépend du système et des autres. Néanmoins, elle a osé faire un premier pas. Espérons que le prochain la mène soit à une indépendance totale, soit à revenir à une vie "normale" dans laquelle il est possible de s’épanouir en faisant du bénévolat. Elle ne doit pas oublier qu’elle a certes des droits mais également des devoirs.

      4.03 à 16h45 - Répondre - Alerter
  • IL Y A BEAUCOUP BEAUCOUP DE GENS QUI DEMANDE DES RUPTURE CONVENTIONNELLE !
    Plus de salaire INTÉGRALE, mais quand même un peu de chômage ! Après tout ,j’ai travaillé pour la France ? Non ? donc j’y ai droit ! sa ces se que pensent une majorité de gens.

    28.02 à 05h34 - Répondre - Alerter
  • Je ne peux culpabiliser Claire : choisir une rupture existentielle, professionnelle ou pas, n’est pas 1 sinécure. Il faut être capable d’aventures, avec tous les risques que cela comporte.

    Il y a des décennies, j’avais démissionné de mon poste de paysagiste. Donc pas d’indemnité chômage et au bout de quelques mois, plus assez de revenus pour assurer le loyer. Ma fille aînée avait 7 ans. J’ai donc décidé d’intégrer le milieu de squatteurs ami(e)s, que je connaissais déjà lors de soirées concerts/expos/performances artistiques diverses.

    D’1 confort bourgeois grâce à un salaire adapté, j’ai dû apprendre rapidement l’auto-gestion et continuer à assurer 1 vie et 1 scolarité saines à mon enfant. Pourquoi un tel choix ?

    Suite à ma rencontre avec Théodore Monod, j’ai réalisé toutes les injustices, inéquités et écocides induites involontairement par mon mode de consommations, ainsi que par les phytosanitaires de synthèse fort polluants que l’entreprise m’obligeait à utiliser. Au bout de 3 ans de promesse non tenue, de changement de produits (j’étais appréciée de certains gros clients, donc la boîte faisait tout pour me satisfaire, avec pratiquement des horaires à la carte), j’ai préféré partir car je ne pouvais continuer à bosser en souillant ma propre conscience. La 1ère année fut rude, car l’adaptation à mes nouvelles conditions de vie fut plus que brutale. Et malgré tous nos efforts (à mes ami(e)s squatteurs et moi même) et le soutien des habitant(e)s des quartiers parisiens concernés qui appréciaient nos journées "portes ouvertes" (même des directeurs d’école ont signé les pétitions, car nos ateliers d’expression artistique auprès des enfants, ont remporté un succès certain)...j’ai vécu 3 expulsions. Mais jamais je ne regretterai cette expérience qui a permis d’enrichir mon "sac" de solutions alternatives sur le désordre global qui règne en tous domaines dans ce Monde.
    Depuis je suis peut-être encore au au Rsa, mais je m’active pour multiplier les jardins partagés, les espaces gratuité, les ateliers culinaires avec le Secours Populaire pour initier au végétarisme...etc...Je n’ai donc pas le temps de chômer et suis actuellement membre du comité organisateur de l’Economie Sociale et Solidaire en Ariège.

    Certain(e)s d’entre vous parlent de parasitisme, en oubliant que les élu(e)s perçoivent des salaires exorbitants grâce aux contribuables. Et qu’en font-ils ? Entre les restrictions budgétaire sur tous les services publiques, de l’enseignement à l’écologie (je vous laisse le loisir d’en énumérer la liste), et les grands projets inutiles qui détruisent les ressources naturelles et déportent des paysans locaux, destinés dorénavant à la précarité, ils sont quoi, vos pilleurs des biens collectifs, hein ?!

    Nous sommes dans 1 ère qui multiplie les aberrations pour préserver un système sociétal schizophrène et incapable de gérer dignement l’équilibre entre ses consommations et ses déjections. Qui parle de compétitivité, de pouvoir d’achat...sur la misère et le sang d’autrui.
    Vous réclamez sans cesse des hausses de salaire, mais ne réalisez même pas que vous entretenez vos propres sangsues. La simplicité volontaire, un courage que vous n’avez pas !

    4.02 à 09h27 - Répondre - Alerter
  • Est-ce l’exemple parfait de l’individualisme ? Je le crois.

    Ou bien de l’incapacité à gérer sa vie professionnelle ? Non. On n’est pas toujours obligé de travailler trop jusqu’au point de craquer et de devoir faire une pause. Difficile en tout cas de séparer le réel du prétexte. Pas de point de vue extérieur sur ce cas. Donc pas de vérité. C’est son seul point de vue, faussé.

    Claire ne vit pas dans l’angoisse de se retrouver sans emploi. C’est donc qu’elle est dans un métier favorisé, et, qui plus est, bien payé. Le genre d’emploi où on cotise, et où on doit cotiser pour les autres, ceux qui ont réellement besoin de l’aide aux chômeurs, aux malades, ou de la retraite, entre autres.

    Non seulement elle n’en a rien à faire des autres, de la solidarité financière avec les vrais pauvres, mais elle vit sa petite vie égoïste seule. Car quand on a une famille on ne se permet pas ce genre de fantaisie.

    Espérons qu’après ces "vacances" aux dépens du système, elle retrouve l’énergie nécessaire pour donner aux autres, par son travail et ses cotisations, les services que ses capacités, son éducation, sa santé, sa jeunesse lui font un devoir de fournir.

    Et espérons surtout qu’elle apprenne qu’on doit tout aux autres, que la société dans laquelle on vit est extrêmement fragile, que tout peut s’écrouler un jour, et que probablement tout s’écroulera, qu’il faut faire tout le possible pour que ça tienne encore longtemps. Nécessaire solidarité.

    4.02 à 00h57 - Répondre - Alerter
  • Sick Boy : Je suis outré

    Je n’irai jamais critiquer celui ou celle qui reste longtemps au chômage mais qui se bat pour retrouver un job, qui est mobile, etc. Je comprends également qu’on s’effondre après un licenciement et qu’il faille quelques mois pour reprendre confiance et remonter la pente.

    En revanche, je suis outré par le choix de Claire : faire supporter par la collectivité un choix personnel.
    Elle ne veut pas travailler ? Je le comprends. Moi aussi j’ai parfois envie de me poser. Mais qu’elle prenne un congé sans solde. Ce n’est pas à moi, à vous, à la dette publique de financer son projet.

    J’ai été deux fois au chômage.
    A chaque fois pour une courte durée.
    A chaque fois j’ai eu de la chance.
    A chaque fois j’ai produit un effort comme jamais pour retrouver du travail.

    Il ne faut pas confondre choix de vie alternatif et parasitisme.

    3.02 à 17h59 - Répondre - Alerter
  • Je ne vois pas pourquoi Claire ne pourrait pas faire ce choix de vie sous prétexte qu’elle "profite" du chômage. Elle a travaillé pour y avoir droit, ça ne tombe pas tout cuit du ciel comme des aides telles que le RSA, la CMU etc....
    De plus c’est une période limitée dans le temps, ça ne durera pas éternellement, elle ne sera pas une charge pour la société pendant des années. Et effectivement son départ laisse la place libre pour une personne en recherche d’emploi.
    Elle a fait le choix de faire une pause et ne plus travailler et alors ?
    Elle aurait été licenciée personne n’aurait remis en cause son droit au chômage.
    C’est effarant d’être jugé de la sorte et de ne pas avoir le droit de choisir comment on souhaite organiser sa vie sans déclencher une vague d’incompréhension et de jugements.

    3.02 à 14h13 - Répondre - Alerter
    • Ce raisonnement ne fonctionne que si vous êtes SEUL à faire ce choix !
      Si tout le monde fait ce choix, cela ne peut juste pas marcher... donc ériger ce choix en principe de liberté est "dangereux" (et juste un rien égoïste... vous comptez sur l’idée que les autres ne le feront pas ou que vous l’aurez fait avant les autres et en aurez profité)

      C’est le même principe que les assurances : on est assuré pour les risques, mais si on se fait tous tout rembourser sous prétexte qu’on y a droit, le système explose simplement.
      Bref, tout va bien tant qu’elle est seule à décider ceci. Il y a plein d’autres moyens pour changer de vie. L’assurance chômage ne lui "doit" rien. On cotise tous pour les coups durs de certains, ce n’est pas une capitalisation d’un droit par personne (libre à elle de capitaliser pour changer de vie si elle le souhaite !).
      C’est le sens même de la mutualisation des risques sociaux. => on est simplement au bout de la logique du système en suivant cet exemple.

      3.02 à 16h43 - Répondre - Alerter
  • Contrairement aux précédents commentaires, je comprends très bien cette démarche.
    Et je ne suis pas du tout d’accord avec la culpabilisation face au coût du chômage. Soyons honnête, nous avons 3 millions de chômeurs en France. Claire a travaillé plusieurs années et elle arrête... Au final, son travail à Paris va être donné à un chômeur. Donc, nous aurons toujours 3 millions de chômeurs. Pas un de plus, pas un de moins.

    3.02 à 12h24 - Répondre - Alerter
  • Disons que je m’attendais en lisant le titre de l’article à complétement autre chose. Évidemment qu’il faut culpabiliser ! Si demain on arrête tous de cette manière on aura quand même tous un problème de finance non ?
    Je m’attendais à quelqu’un qui avait fait un choix et qui l’avait assumé, pas compté sur la collectivité... Il y en a de nombreux qui quittent Paris, changent de vie...
    Profondément de gauche, j’avoue vraiment ne pas adhérer à ce type de propos, à cette facilité.
    Désolée, l’aide "sociale" mise en place doit servir aux accidents de la vie, aux drames, une petite relecture des aventures de Tom Joad, une petite visite des cités minières ? Claire a sans doute le temps de se renseigner sur l’histoire de ces luttes...
    Claire a bien de la chance d’être née en France, en a t elle conscience ?

    3.02 à 11h29 - Répondre - Alerter
  • Super mentalité ! Ca s’appelle de la fraude aux assurances. J’espère que pôle emploi va se charger du blindage !

    3.02 à 10h25 - Répondre - Alerter
  • A l’heure où l’on parle de restriction et de déficit budgétaire, je ne suis pas sûr que cette façon de "profiter du chômage" en passant par une rupture conventionnelle plutôt qu’une démission passe très bien.

    Peut-être serait-il mieux de parler réduction du temps de travail ( 4/5ième, mi-temps) pour profiter un peu plus de son temps que de parler assurance chômage ?

    3.02 à 09h39 - Répondre - Alerter
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