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30-09-2011
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Chez Procter & Gamble, le futur, c’est pas pour demain

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Chez Procter & Gamble, le futur, c'est pas pour demain
(Crédit photo : DR)
 
« Le Futur ensemble » : c’est la nouvelle estampille verte dont s’est affublé le groupe américain. Une autoproclamation écolo pour le moins prématurée et des conseils pas très révolutionnaires pour ce géant de la conso.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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N° 29 - octobre 2011

Crise : comment en sortir

Le plus gros marchand du monde de biens de conso qui devient écolo, on a envie d’y croire, non ? « Procter & Gamble vous propose des produits plus écocitoyens mais tout aussi efficaces », lit-on sur le site futurefriendly.fr. Mais si, vous connaissez parfaitement Procter & Gamble (P&G). Cette monumentale entreprise mondiale détient plus de 80 marques dans le domaine des détergents, de la beauté et plus encore. Ariel, Bonux, Dash ou Gama au rayon lessive. Mr. Propre ou Febreze pour briquer la maison. Head & Shoulders, Fluocaril, Pampers ou Tampax dans votre salle de bain… En 2010, P&G pesait 78,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires (57 milliards d’euros) et atteignait 4,2 milliards de consommateurs ! Qui vont tous devenir écolos ? Pas si vite, mamie !

Stratégie

P&G lance le logo « Future friendly » – un rond… vert ! – en 2007 au Royaume-Uni. L’an dernier, la campagne déboule en France sous l’appellation « Le Futur ensemble ». Le site est traduit en français. On y trouve des « conseils » écolos comme ce « Fabriquez une paire de fausses jumelles pour les enfants en recyclant deux rouleaux de papier toilette usagés : il vous suffit de les décorer et de les scotcher ». Pas vraiment du genre à révolutionner votre engagement quotidien.

Ajoutons qu’un partenariat est noué avec Eco-Emballages, pour rappeler les consignes de tri. Et qu’une pub télé où l’on voit un crayon vert dessiner une ampoule basse conso, des feuilles, un robinet, nous assène : « Découvrez l’initiative “ Le Futur ensemble ”. Des produits qui vous permettent d’économiser des ressources sans compromis sur le résultat. »

Quelles prouesses écolos accomplissent-ils ? La lessive Ariel vous permet de laver à froid (30° C) et sa formule est plus concentrée. L’adoucissant Lenor utilise 70 % d’emballages en moins. Grâce à Mr. Propre, vous pouvez laver à l’eau froide. Avec Gama et Dash 2 en 1, vous supprimez le prélavage. L’emballage du rasoir Gillette Fusion Proglide économise 75 % de plastique par rapport à la version précédente. Et la nouvelle version Activefit de Pampers utilise « 13 % de déchets solides en moins par rapport à la génération précédente ». Soit 7 produits très faiblement améliorés sur le plan écologique pour justifier une campagne de verdissement général.

Cas d’école

Au-delà de cette communication simpliste, Procter & Gamble accomplit cependant quelques efforts concrets. Un travail de réduction des emballages lui a permis d’économiser 312 000 tonnes entre 2007 et 2010. En 2010, une usine a été construite au Mexique, avec tous les attributs de l’architecture durable.

P&G s’est par ailleurs engagé cette année-là, avec la caution du WWF, à remplir une série d’objectifs en dix ans : remplacer 25 % des produits à base de pétrole par des matériaux renouvelables, réduire de 20 % les emballages, alimenter les usines en énergie renouvelable à hauteur de 30 %, réduire de 20 % le transport par camion… Rendez-vous en 2020 pour le bilan réel.

Il sera peut-être temps alors de s’autodéclarer « future friendly ». En attendant, le slogan paraît franchement prématuré. « Surtout quand rien n’est dit sur les ingrédients composant les détergents et sur leur toxicité potentielle pour les milieux aquatiques », affirme Stéphanie Gentilhomme, cofondatrice de l’Association pour une communication plus responsable (voir encadré). « C’est de la mauvaise foi. On se croirait dans un couple où la femme se plaindrait du manque de participation du mari aux tâches ménagères, et à qui le mari répondrait : ‘‘ Mais chérie, je t’offre des fleurs tous les jours ’’. »

Verdict

Bref, pas de quoi afficher en très gros dans son rapport 2010 sur le développement durable que la « vision à long terme » est d’atteindre « 100 % d’énergies renouvelables dans nos usines », « 100 % de matériaux renouvelables ou recyclés pour tous nos produits et nos emballages » et « Zéro déchet provenant des consommateurs ou des sites de production dans les sites d’enfouissement ». Soit des objectifs avancés sans aucune échéance. On en a cloué au pilori du greenwashing pour moins que ça.

« Soyons honnête, confiait Loïc Tassel, vice-président de P&G France au magazine Challenges en janvier 2011, la question [de la préservation des ressources] s’est vraiment posée quand le baril de brut a atteint 150 dollars (109 euros) car la quasi-totalité de nos produits a une composante liée au pétrole. » L’objectif premier de P&G est de ne pas faire exploser son budget or noir. Dit comme ça, c’est tout de même plus clair. —


Avis de l’experte : 0,5/5

Stéphanie Gentilhomme, créatrice de l’agence RendezVous RP « P&G commet deux erreurs fatales. D’abord, faire l’impasse sur le cœur du problème : la dégradation des milieux aquatiques générée par l’écotoxicité des détergents. Ensuite, traiter la question avec un amateurisme affligeant : le site est hideux et les écogestes proposés ridicules. Si P&G était une entreprise écoresponsable, elle donnerait des conseils pertinents, en lien avec son activité. Comme privilégier les produits écologiques – avec écolabel européen –, bien doser la lessive, optimiser le remplissage des machines, peut-être même – audace suprême – laver moins souvent ce qui n’est pas vraiment sale ! »
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  • Perso, moi il y a"belle lurette" que je ne n’achète plus les produits de ce géant de la distribution... je privilégie par exemple les "vrais" savons de marseille (dont on peut faire soi-même de la lessive liquide qui n’agresse pas les milieux aquatiques), je nettoie ma magazinière, lavabo, et baignoire avec de la pierre blanche, j’élimine le calcaire des WC avec du vinaigre blanc, etc... que des techniques éprouvées (que connaissaient déjà nos grands-mères), peu onéreuses, et qui sont sans danger pour l’environnement ! c’est à chacun de se prendre en main, car on n’a qu’une planète...

    Martine 44

    4.10 à 15h47 - Répondre - Alerter
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