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« Café suspendu » : comment toucher le public visé ?

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« Café suspendu » : comment toucher le public visé ?
(Crédit photo : Sandrine Ribot)
 
Les cafés, les baguettes et maintenant les pizzas et même les shampoings. Les initiatives solidaires de produits « suspendus », payés par un client et redistribué à quelqu'un dans le besoin, se multiplient. Mais comment s'assurer que cette générosité atteigne sa cible ?
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« Un petit noir svp. Ou non, plutôt deux. » Depuis quelques mois, il vous est peut-être déjà arrivé de prononcer cette phrase au comptoir d’un café. Vous payez le vôtre et un autre qui sera « suspendu », ou « en attente » par le commerçant – noté sur une ardoise visible par les clients – pour être ensuite offert à quelqu’un dans le besoin. Une carte collaborative recense même tous les cafetiers participant à l’opération. Il y a quelques semaines, à l’initiative de Jean-Manuel Prime, le concept s’est étendu à la baguette. L’homme n’est ni boulanger ni pâtissier mais voulait « contribuer à cette chaîne de solidarité ». « Je suis allé voir quelques boulangers et en ai convaincu trois, dans le Puy-de-Dôme, qui se sont lancés en mai 2013. » Aujourd’hui, 90 boulangeries, réparties dans 55 villes – trouvez-les en un clic ici – suspendent chaque jour des baguettes. A Laval (Mayenne), Sandrine Ribot est enthousiaste : « L’idée est très bonne, je suis contente de pouvoir être le relais de cette générosité. Quant aux clients, la plupart n’hésite pas à donner. » La boulangère a suspendu, depuis novembre, plus de 200 baguettes.


A Nantes, parce qu’ils trouvaient que le concept ne décollait pas, deux hommes ont décidé de créer l’association Tout en attente. La première du genre en France. « Que ce soit pour les baguettes ou les cafés, à chaque fois, ce sont des initiatives personnelles qui se sont développées », explique Corentin Pichon, 25 ans, l’un des fondateurs de l’association, par ailleurs cuisinier chez Mauricette, le premier café à s’être lancé dans l’aventure. « L’idée est de fédérer les commerçants, de discuter avec eux, de se servir des expériences diverses pour trouver des solutions lorsque des problèmes surviennent. »

Se mettre en relation avec les associations du coin

A ses débuts, au mois de novembre, « Tout en attente » voyait grand. Et voulait rassembler le maximum de commerçants à la cause. Un restaurateur italien, proposant des pizzas en attente, a vite rejoint le navire. Un peu plus loin, les clients d’un tabac-presse peuvent suspendre des journaux et des cigarettes tandis que d’ici quelques jours, une pharmacienne du centre-ville mettra en attente des « produits de première nécessité, du dentifrice, des brosses à dents, des serviettes périodiques, des lunettes loupe… ».


« Même si nous sommes ravis de l’arrivée de ces commerçants dans l’aventure, l’ambition aujourd’hui n’est plus tant de réunir le maximum de boutiques que de redistribuer tous ces produits en attente », précise Corentin Pichon. Car si les clients sont généreux, la difficulté se situe plutôt de l’autre côté. Comment faire en sorte que les personnes dans le besoin osent aller chercher une baguette qui les attend ? Et que dire d’un repas ou d’un soin à la pharmacie ? « Je connais mes clients, je tente de repérer les personnes en situation de pauvreté, pour leur proposer du pain suspendu mais c’est parfois délicat », raconte Sandrine Ribot, qui donne donc chaque semaine les baguettes qu’elle n’a pas distribuées à une épicerie solidaire de Laval. Se mettre en relation avec les associations du coin qui, elles, sont en contact quotidien et ont établi une relation de confiance avec des personnes défavorisées, c’est bien tout l’enjeu désormais du concept.

Se présenter spontanément pour une baguette en attente ? Un acte très difficile !

A Châteauroux (Indre), le Secours populaire récupère deux fois par semaine la trentaine de baguettes non données et suspendues d’une des trois boulangeries participant à l’opération. « On les redistribue quasiment tout de suite à nos bénéficiaires, précise Françoise Berthet, jeune retraitée bénévole de l’association. Nous en informons également nos bénéficiaires mais il est plus simple pour eux de récupérer des aliments lors d’une distribution alimentaire classique. C’est un acte très difficile de se présenter spontanément dans un commerce pour récupérer un produit. »


Antoine Vaccaro, président du Centre d’étude et de recherche sur la philanthropie, craint, quant à lui, qu’un système avec des initiatives qui émergent par-ci par-là ne tienne pas sur le long terme. « Comment mettre en place un modèle économique autour de ça ? Comment s’assurer que cela soit tout à fait transparent ? » La notion de confiance est pour lui primordiale dans ce genre d’actions. Et sans cadre précis, sans lisibilité – pour le commerçant, le donateur et le bénéficiaire – le concept pourrait s’essouffler.

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