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26-05-2014
Mots clés
Environnement
Asie Et Océanie

Aux Maldives, les îles grossissent, grossissent...

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Aux Maldives, les îles grossissent, grossissent...
(La drague Ursa à l’oeuvre au large de Vilufushi. Crédit photo : Boskalis)
 
Face à la pression démographique, aux ravages météo, à la montée des eaux, ce pays du bout du monde agrandit et surélève ses îles. Une solution jugée peu écolo et dérisoire face au changement climatique.
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C’est une île qui, à grand renfort de sable, grandit en un clin d’œil pour accueillir de nouvelles maisons, de nouveaux parcs d’activité. Aux Maldives, sur ces bouts de terre grignotés par les eaux, le gouvernement a lancé, en mars, un projet de reconquête de son territoire sur 4 de ses 1199 îles – Eydhafushi (atoll de Baa), Thulusdhoo (atoll de Kaafu), Meedhoo et Kudahuvadhoo (atoll de Dhaalu). Des travaux qu’il a confiés à Boskalis international - une compagnie néerlandaise spécialiste dans le domaine - et évalués à 37 millions de dollars (27 millions d’euros), selon le site du ministère du Logement et des Infrastructures maldivien.

Au détour de ce chantier, la petite île de Meedhoo a vu sa surface tripler pour atteindre 37,5 hectares et pourra accueillir de nouvelles constructions et infrastructures, assure le site de l’hebdomadaire Le Marin. A Eydafushi et Thulusdhoo, c’est la trop forte densité humaine qui a poussé les autorités à prolonger le sol sous les pieds des habitants.

Sable pompé et apporté là où c’est nécessaire

Pour agrandir les surfaces, la méthode de Boskalis est simple : « Nous pompons le sable comme avec un immense aspirateur et nous l’apportons là où c’est nécessaire, via un pipeline la plupart du temps. Cette technique nous permet d’étendre la surface d’un territoire mais aussi de surélever la terre par rapport à la surface de l’eau. C’est de cette manière aussi que l’aéroport de Singapour ou d’Hong Kong ont été construits », souligne Martijn L.D. Schuttevâer, en charge de la communication pour Boskalis.

En fait, les opérations de ce type aux Maldives ne datent pas d’hier. Territoire parsemé et vulnérable sur lequel la densité humaine a crû avec le temps, la nation grignote l’océan depuis longtemps. « On croit savoir qu’avant la deuxième moitié du XXe siècle Male, la capitale du pays, ne mesurait pas plus de 2,5 km2. Aujourd’hui, elle s’étend sur 5,8 km2 », souligne Maeed Zahir, fondateur de l’organisation environnementale Ecocare. Mais « c’est au début des années 1960 que les chantiers d’envergure ont vraiment commencé avec la construction de l’aéroport de l’île de Hulhule et sa nouvelle piste, poursuit-il. Après, le gouvernement a enchaîné d’autres projets de développement un peu partout pour étendre son territoire, construire des ports. Il a introduit la technique du dragage aux Maldives. »

Après le tsunami de 2004, les choses se sont une nouvelle fois accéléré. C’est ainsi que Boskalis - encore lui - a remis à flot l’île de Vilufushi dévastée par la catastrophe. Pour reconstruire la terre, la protéger par une digue et accueillir à nouveau les habitants qui l’avait désertée, la compagnie a pompé pas moins d’un million de mètre cube de sable corallien et, en 5 mois, triplé la surface de l’île : de 16 à 62 ha (voir le document de Boskalis sur le projet en PDF.« Le tsunami nous a montré ce que cela signifiait de vivre à moins de 2 mètres au dessus du niveau de la mer. C’est alors qu’est né le concept d’îles surélevées ou d’îles sécurisées : des îles reconstruites et surélevées d’un mètre ou deux », poursuit Maeed Zahir.

Lourdes conséquences sur l’environnement ?

Des projets qui ont, assure l’homme, de lourdes conséquences sur l’environnement si fragile en ces contrées. Avec leurs navires de captage, « ils détruisent l’environnement du lagon, ont un impact dévastateur sur la barrière de corail et sur les milliers d’espèces qui les habitent en détruisant l’écosystème naturel en place », souligne Maeed Zahir. Une accusation récusée par Boskalis. Sur son site Internet, la compagnie assure employer des techniques « respectueuses de l’environnement ». « En construisant avec la nature, nous aidons à préserver et même renforcer le patrimoine environnemental – comme les barrières de corail et la faune des fonds marins, sans compromettre les bénéfices économiques », peut-on lire dans une de ses plaquettes.

Pourtant, quelques critiques émergent aux Maldives. Notamment depuis qu’au début du mois de mai, le ciel est tombé sur la tête des habitants de Meedhoo et d’Eydhafushi : le sable pompé au large était envoyé non pas par pipeline mais par la technique dite de l’arc-en-ciel (soit en propulsant simplement le sable depuis le large vers la terre). Voyez plutôt.

Une technique grossière qui a recouvert les maisons et la végétation alentour de débris et peut, selon l’agence de protection de la santé cité [par le site indépendant Minivan News, causer des problèmes respiratoires aux habitants. Selon un proche de Boskalis qui préfère rester anonyme, c’est le gouvernement qui aurait contraint la compagnie néerlandaise à recourir à cette technique : « Ils voulaient accélérer les choses. Mais si, quand les vents sont favorables, la technique de l’arc-en-ciel peut être assez précise, là il y avait beaucoup de vent alors le sable a été emporté vers les zones résidentielles. Boskalis aurait dû demander une semaine de délai pour mettre en place ses pipelines. » Depuis, les arcs-en-ciel ont cessé. Mais Maeed Zahir reste critique envers ces projets de reconquête du territoire.

Et si les maladies se répandaient comme une traînée de poudre ?

Car ces îles dites sécurisées ne sauraient être qu’un rempart bien maigre face au changement climatique qui se profile à l’horizon. Une barrière bien fragile qui risque de cacher l’essentiel. « Une élévation d’un mètre du niveau moyen de la mer suffirait à entraîner les Maldives dans une situation critique : la plupart des îles seraient submergées par les marées tandis que les maladies propagées par les eaux se répandraient comme une traînée de poudre, énumère l’homme d’Ecocare. Et la moitié du pays manquerait d’eau douce à cause de l’intrusion de cette eau salée. Nous ne sommes pas préparés aux impacts dévastateurs du changement climatique, non ! »
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