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27-07-2011
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Immigration
Australie

Australie-Malaisie : troc de réfugiés

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Australie-Malaisie : troc de réfugiés
(Légende photo : Des migrants en situation irrégulière arrivant sur l'île Christmas - Crédit photo : DIAC images)
 
Les 800 prochains immigrants illégaux cherchant à entrer en Australie seront expulsés vers la Malaisie ; en échange, Kuala Lumpur fournira à Canberra 4 000 demandeurs d'asile. Zoom sur de petits arrangements entre voisins.
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« For those who’ve come across the seas

We’ve boundless plains to share »

La deuxième strophe de l’hymne national n’est entonnée que pour les grandes occasions. Les citoyens australiens ne chantent donc que rarement ces quelques mots : « Pour ceux qui ont traversé les mers / nous avons des plaines infinies à partager. » Des paroles qui commencent à dater un peu.

S’ils parviennent à atteindre les plages d’Australie sans que ne coule leur embarcation de fortune, les migrants qui débarqueront sur le cinquième continent devront s’en retourner en mer. Le 25 juillet 2011, Canberra a signé un accord avec la Malaisie. Les 800 prochains immigrants illégaux arrivés en Australie seront renvoyés vers Kuala Lumpur. En « échange », 4 000 personnes au statut officiel de « demandeur d’asile » et actuellement installés en Malaisie obtiendront le droit de résider légalement en Australie.

Troquer un réfugié contre un autre, quoi de plus normal ? L’accord entre les deux pays a de quoi étonner, d’autant que le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) n’a pas réellement eu son mot à dire. Prudent, le porte-parole du bureau australien de l’organisation explique que l’UNHCR n’a pas participé à la signature du contrat, mais qu’il apprécie avoir été « consulté » lors des négociations.

« Sauver quelques vies »

« Nous aurions préféré que le cas de ces personnes migrant illégalement sur le territoire australien soit traité en Australie », assure Ben Farrell. Mais le bureau des réfugiés de Canberra considère que cet accord avec la Malaisie peut également avoir des conséquences positives, ou formule tout du moins l’espoir qu’il en soit ainsi. « Les migrants se voient ainsi proposer d’autres options que ces dangereux voyages en mer. Si l’on peut sauver quelques vies de cette façon, bien sûr que cela est positif. »

C’est en fait l’argument au cœur de la communication des autorités australiennes : briser le business des passeurs, marchands de réfugiés, qui sévit dans la zone. « L’Australie et la Malaisie ont un objectif commun », dit le texte de l’accord, « celui de supprimer le trafic d’êtres humains dans la région ». La Malaisie, « pays-clé en termes de transit et de destination », accueille actuellement plus de 90 000 réfugiés et demandeurs d’asile, officiellement reconnus comme tels par le UNHCR.

Tortures en Malaisie

Or, pour Amnesty, une grande partie du problème est là : la Malaisie, future terre d’accueil des recalés au seuil de l’Australie, n’a jamais été tendre avec ses propres immigrants. Lance Lattig, porte-parole d’Amnesty International Malaisie, en sait quelque chose. « J’ai rencontré des réfugiés en ‘transfert’ sur le territoire malais. Ils y ont subi des mauvais traitements, ont connu la torture. J’ai vu des choses terribles, des esclaves dans des bateaux, des femmes violées. » Pour le représentant d’Amnesty, envoyer ces migrants en Malaisie, c’est les mettre en danger. D’autant que Kuala Lumpur n’a jamais signé les conventions internationales interdisant la torture ou reconnaissant le statut de réfugié, rappelle-t-il.

Pourquoi, alors, l’Australie tient-elle tant à envoyer vers un pays si peu fréquentable ces hommes et ces femmes, venus chercher hospitalité sur son île ? Son apparente incapacité à gérer ces vagues d’immigrants illégaux pose question, et les prétendues compétences malaisiennes en termes de régularisation sont également étonnantes.

À ce sujet, le porte-parole du bureau australien du UNHCR ne sait que répondre, et renvoie vers le gouvernement. Qui cherche à dissiper le malentendu : non, on ne se débarrasse pas de nos immigrants, on prévoit simplement d’en envoyer une partie vers la Malaisie, qui nous fournit en échange des « réfugiés officiels », à raison d’un millier par an pendant quatre ans. De fait, soutient le porte-parole du ministère de l’Immigration et de la Citoyenneté, « l’Australie accueillera davantage de réfugiés, et délivrera chaque année 14 750 visas » - soit 1 000 de plus qu’actuellement. Envoyer en Malaisie des migrants en situation irrégulière est donc légitime, pour les autorités australiennes, puisque d’autres personnes, certifiées, elles, « réfugiées », pourront s’installer légalement en Australie. Coût de l’échange entièrement couvert par Canberra : 300 millions de dollars (229 millions d’euros).

Viol du principe de refoulement

Un deal qui passe mal, pour Lance Lattig, d’Amnesty International : en renvoyant ces personnes vers la Malaisie, « l’Australie bafoue le principe de non-refoulement ». Fixé en 1951 par la Convention de Genève, ce principe interdit « l’expulsion et le renvoi d’une personne dans un État où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, ou de ses opinions politiques ».

Selon lui, cela ne fait pas de doute : cet accord signé avec la Malaisie est un « geste politique », dans un pays où se développent « phobies » et « hystéries » à l’égard des réfugiés. Car les chiffres du gouvernement sont assez parlants : en 2010, 134 bateaux auraient accosté sur l’État-continent ; à leur bord, plus de 6 800 personnes. Deux ans plus tôt, on ne comptait que 7 bateaux, et 179 personnes embarquées. « Si le gouvernement de Julia Gillard joue sur ces peurs croissantes, c’est à des fins électorales, assure Lance Lattig. Les autorités australiennes feraient mieux de respecter les conventions internationales sur les droits de l’homme, plutôt que de marchander quelques réfugiés avec des pays non signataires de ces conventions. »

Depuis deux jours, les immigrés en situation irrégulière débarquant sur les plages australiennes ne sont donc plus pris en charge par Canberra. Désormais, ils seront « envoyés en détention sur l’île Christmas (île de 135 km2, située à 2 600 km au nord-ouest de Perth), en attendant d’être expulsés vers la Malaisie, ou un tiers pays. »


Réfugiés : une Convention internationale vieille de 60 ans.

Le 28 juillet 1951, un traité international est signé pour résoudre le problème des personnes réfugiées en Europe au sortir de la seconde guerre mondiale. La Convention de Genève relative au statut des réfugiés devient alors le fondement juridique du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), créé au même moment. Le Danemark a été le premier à ratifier ce traité. Aujourd’hui, 148 États (soit les ¾ des nations du monde) sont parties de la Convention.

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