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15-03-2013
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Au Japon, on n’a pas de gaz de schiste, mais des hydrates de méthane

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Au Japon, on n'a pas de gaz de schiste, mais des hydrates de méthane
 
Des chercheurs nippons sont parvenus à extraire un gaz jusque là jamais mis à profit. S'ils n'hésitent pas à parler de révolution énergétique, les Japonais pourraient bien être les seuls à se donner la peine de l'exploiter.
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Pour sa collection printemps, l’archipel nippon lance sa nouvelle gamme de ressources baptisée « la glace qui brûle ». Mardi 12 mars, les chercheurs japonais ont réussi à extraire des hydrates de méthane. L’expérience a été réalisée dans la fosse de Nankai, à 80 kilomètres au sud-est de l’île. A 1 000 mètres de profondeur marine, les puits se sont enfoncés à encore 330 mètres en sous-sol, pour en extraire ces fameux cristaux de glace.

« Changer la donne pour le Japon »

Le Jogmec (Japan oil, gas and metals national corporation) estime que les hydrates de méthane pourraient satisfaire les besoins du pays en gaz naturel pendant un siècle (en anglais). Développer cette ressource pourrait « changer la donne pour le Japon », explique Nobuo Tanaka, l’ancien directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Normal. La catastrophe de Fukushima et l’arrêt des centrales a amputé Tokyo de son énergie nucléaire. Dépendant de l’importation de gaz, le Japon, principal importateur mondial de gaz naturel liquéfié, cherche avidement de nouvelles ressources.

Ras le bol d’être dépendant des importations pour 80 % de son énergie, l’Archipel copie les Américains : les États-Unis ont dégoté le gaz de schiste, le Japon auront les hydrates de méthane. Mais alors, cette « glace qui brûle » est-elle cracra côté environnement ? Xavier Fain, chercheur au Laboratoire de glaciologie et géophysique de l’environnement, rappelle que « le méthane est en effet un puissant gaz à effet de serre, au pouvoir réchauffant 21 fois plus élevé que le CO2. Si on brûle le méthane pour produire de l’énergie, on produit du CO2 ».

« Un cercle ni vicieux, ni vertueux »

Pas très vert, tout ça. Mais contrairement aux hydrocarbures comme le pétrole et le gaz de schiste, ce n’est pas l’exploitation des hydrates de méthane qui pose problème. Comme l’explique Roland Vially, géologue à l’Institut français du pétrole - Énergies nouvelles, « si une fuite se produit lors de l’extraction, et que le méthane s’échappe du puits, la faible température environnante transformera à nouveau le méthane en hydrate. Il sera donc piégé dans son cristal ». En somme, la trouvaille des Japonais, c’est pas terrible terrible pour la planète, mais c’est moins pire que l’extraction de charbon pas exemple.

En pourquoi ne pas pousser le bouchon jusqu’à dire que son exploitation permettrait de stocker du CO2 au lieu de le laisser se propager dans l’air ? Ce n’est pas tout à fait faux. Roland Vially explique que lors de la pose du puits « le sédiment n’a plus de tenue, car le méthane est un gaz instable. Du coup, on injecte du CO2, qui va déloger le méthane. L’intérêt est double : l’extraction de méthane est plus aisée et le CO2 est piégé : séquestration assurée ! ». En gros, on refourgue du CO2 dans les mers pour extraire du méthane qui, une fois consumé, produira du CO2, que l’on réinjectera à nouveau dans les fonds marins. « Je ne sais pas si c’est vertueux ou vicieux, mais c’est un cercle... », poursuit l’expert.

Aucune rentabilité garantie

Le hic, c’est que « la rentabilité de leur exploitation est très difficile à évaluer puisque les techniques d’exploitation sont encore au stade expérimental », rappelle le cabinet de conseils SIA Partners, spécialisé dans le gaz naturel et l’énergie. Le géologue de l’IFP est même pessimiste. « Les hydrates sont très diffus. Contrairement au pétrole, un hydrate remplit 2 à 3% d’un pore (L’hydrate étant composé à majorité d’eau, le méthane ne représente qu’une petite partie de la molécule, ndlr). Il faudra donc forer de très nombreux puits horizontaux. » Roland Vially imagine qu’il faudrait construire 5, voire 10 millions de puits pour satisfaire la demande nippone : « Produire du méthane à partir des hydrates, c’est simple techniquement. En produire de grandes quantités, c’est déjà très difficile. En produire à des coûts abordables, c’est impossible. »

Le directeur du département pétrole et gaz de l’Agence japonaise pour les ressources naturelles, Ryo Minami, n’a pas hésité pas à rappeler, dans les colonnes du Financial Times, qu’aux États-Unis, « il y a dix ans, tout le monde savait qu’il y avait du gaz de schiste dans le sol, mais l’extraire était trop coûteux. Maintenant, il est commercialisé ». Le Japon se donnera-t-il, comme les Américains, les moyens de tendre vers l’indépendance énergétique ? Tokyo espère en tout cas une exploitation commerciale dès 2018.

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Née au bout de la Loire, un pied dans l’Atlantique, l’autre embourbé dans la terre, elle s’intéresse aux piafs et aux hortensias, observe ses voisins paysans et leurs élevages bovins. Elle enrage devant les marées noires. Licenciée en lettres, elle sort diplômée de l’Institut pratique du journalisme de Paris en avril 2012. Elle scrute les passerelles qui lient les hommes à leurs terres. Parce que raconter la planète, c’est écrire au-delà des pommes bio et du recyclage de papier.

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