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16-01-2011
Mots clés
Environnement
Politique
France
Chronique

Au FN, la nature fait partie de l’héritage

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Au FN, la nature fait partie de l'héritage
(Légende : Marine Le Pen à la convention présidentielle du FN en février 2007. Crédit photo : staffpresi/Flickr)
 
Comment le Front national parle-t-il d’écologie ? L'arrivée à sa tête d’une héritière quadragénaire que les médias présentent comme plus « moderne » y change-t-il quelque chose ? Assurément non, selon le sociologue Erwan Lecœur.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Elue confortablement et sans aucune surprise à la tête du parti lors du congrès de Tours ces 15 et 16 janvier, Marine Le Pen n’a jamais fait montre d’une sensibilité particulière à l’égard des questions d’environnement. Comme d’ailleurs son père et tous les cadres du parti avant elle. Entre le FN et l’écologie, le fossé restera béant et il n’est pas de « modernité » nouvelle à attendre de ce côté. Si l’héritage est considéré comme naturel, la nature y est considérée également comme un héritage, à assurer et préserver sans trop bouleverser l’ordre qu’elle instaure.

Loin du développement durable, ou des alertes sur la perte de biodiversité, loin des idées de changement de comportement des humains, on peut gager qu’on entendra encore les appels de la fille du chef à défendre les automobilistes et les buralistes contre le « diktat » de la pensée unique (y compris écologiste) et les taxes qui assomment les Français. Fondamentalement le FN s’est toujours posé d’abord en protecteur des « libertés » (y compris de polluer) et du droit d’user des ressources nationales, pour la grandeur du pays et le bien-être de ses habitants.

Conserver, sans rien changer

La Nature a parfois pris un place importante dans certains cercles intellectuels restreints, à la droite de la droite. Néo-païens amoureux de la Terre des origines, contempteurs des peuples enracinés et des « lois de la nature » pour guider l’organisation sociale… Mais hormis la place de la famille dans la société (et le parti, diront certains), ces appels à la Nature aux accents parfois « new age » n’ont pas été repris par le Front national, pour plusieurs raisons.

Si l’on entend peu les Le Pen parler d’écologie, c’est d’abord que l’électorat qu’ils visent n’y semble pas particulièrement sensible, mais aussi qu’il s’agit de mettre l’accent sur d’autres dangers plus immédiats qui menacent le pays, dans la vision frontiste : insécurité, immigration et chômage ; le fameux triptyque qui a fait la fortune de la verve lepéniste depuis le début des années 1980.

On retrouve ces prémisses dans la partie « environnement » du programme présidentiel de 2007 (comme dans tous les précédents), avec ses étrangetés, ses marottes (sécurité, territoire national, patrimoine) et ses incohérences. Au FN, l’environnement est d’abord une question de « patrimoine », de cadre de vie et de « paysages français » à préserver. Posant en principe le « respect de la nature et de ses lois », dans la plus pure tradition de l’extrême droite, protéger les paysages consiste à œuvrer pour « la défense des intérêts de la France, de sa pérennité et de son identité ». Mélange de protection des usagers et de mesures de conservation, le programme environnement du FN pose surtout le refus de tout « impôt écologique » et la lutte contre « l’autophobie ». Et s’il est acquis qu’il serait prudent d’éviter les pollutions, d’encourager l’isolation des bâtiments, ou de développer certains modes de transport (ferroutage, fluvial, métros), sur l’essentiel, rien ne bouge : le nucléaire doit se développer, Superphénix redémarrer, les autoroutes proliférer et la recherche développer les OGM… Fermez le ban, sans oublier un plaidoyer pour la défense des animaux et « le respect de la vie animale », dont un « Programme de lutte contre les abandons d’animaux de compagnie » !

Un parti du XXe siècle

Au fond, pour le parti de Jean-Marie Le Pen, l’écologie est d’abord une façon d’envisager la préservation du territoire national. Ce qui permet, au passage, d’accuser les écologistes de vouloir imposer une « gouvernance écologique mondiale », contre la liberté des nations. Idem pour le développement durable, auquel le FN reproche de faire trop de « politique », en ajoutant aux « préoccupations strictement environnementales » une approche sociale…

L’opportunisme lepéniste n’a pas pris au sérieux l’écologie, lui préférant la défense des « petits » contre les taxes et impôts, ou celle des animaux contre les mauvais traitements. Vieilles recettes, qu’avait déjà expérimenté le poujadisme, avec un certain Jean-Marie Le Pen dans ses rangs. Une telle absence de prise en compte de l’enjeu écologique n’est pas seulement due à la volonté des dirigeants. Il s’agit aussi d’opportunité politique ; difficile, de prendre en compte les enjeux liés à la dégradation de la planète, lorsqu’on se veut porteur d’un discours simple, axé avant tout sur l’invasion et la décadence morale.

Héritier d’une longue tradition de populisme aux accents populaires et anti-système, le FN est fondamentalement un parti conçu à partir des enjeux du XXe siècle et le restera. Sur l’environnement, comme sur la plupart des autres questions, la nouvelle présidente ne changera rien, sur le fond : chez les Le Pen, avec l’héritière Marine comme avec Jean-Marie, on regarde toujours l’avenir avec les yeux du passé.


Erwan Lecœur est auteur du Dictionnaire de l’extrême droite (Larousse, 2007). À paraître : Des écologistes en politique (Lignes de repères, février 2011).

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Sociologue, spécialiste de l’extrême droite et de l’écologie politique

9 commentaires
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  • Force est de constater que les actions mises en œuvre, au combien nécessaires, pour :

    limiter les pollutions, les déchets, les gaz à effet de serre, lacer les énergies propres et surtout la sensibilisation planétaire des gens en leur démontrant l’importance primordiale de la nature, les règles propres à changer profondément notre mode de vivre actuel ne sont pas établies.

    Si nous ne changeons pas de lunettes rapidement la fin de notre monde sera inéluctable. Le monde industriel qui se profile depuis les années 1970 place l’humain et la nature au service de la techno science et des pro-consuméristes qui la transforment et la dénaturent en la détruisant au bénéfice d’un monde néfaste artificiel et à leur avantage.

    Il est démontrable que le prix d’un produit artisanal de qualité égale à celle d’un produit industriel n’est pas plus élevé. Dès lors, il est est économiquement possible de changer de lunettes sans remettre en cause notre niveaux de vie actuel et sans détruire notre monde.

    Le cercle infernal : Concentration, Transformation, Diffusion est à bannir. IL produit le contraire de la joie et de la richesse.

    Pour arrêter l’avidité désastreuse actuelle nous devons cultiver notre monde qui « est », qui existe et qui se perpétue en mettant progressivement en place des règles de bon sens propres à amorcer le retour à la sagesse, par exemple :

    le retour aux fermes familiales en les dotant de subventions les trois premières années et d’outils intelligents, en laissant à ces fermes le choix des semences, en interdisant la culture des OGM, ainsi que l’usage des pesticides hors laboratoires et/ou espaces clos avant d’avoir observé concrètement leur tolérance parmi les humains et parmi la nature.

    reconnaître les PME et les PMI en les dotant d’outils de même nature que ci avant et avantager les productions et les commerces de proximité.

    libérer l’initiative et la créativité individuelle. ( La liberté et la créativité c’est la vie. )

    A fin que le changement puisse se réaliser e démontrer son efficacité face aux produits artificiels, il est urgent de Rendre à « César ce qui est de César » et démontrer la fausseté des charges et/ou de taxes, et de certains prix actuels :

    en redéfinissant les prix réels globaux des transports terrestres, aériens, maritimes et hertziens des personnes des matières, des produits et des informations, établissant des taxes spécifiques applicables aux grandes surfaces situées loin des consommateurs,

    en interdisant touts produits et/ou services prestés polluants. Les épurations possibles doivent être opérées, avant leur commercialisation, par les producteur et/ou des prestataires de services,

    en basant les Charges Sociales, l’Assurance Chaumage et les Retraites sur la Valeur Ajoutée, non sur la main d’œuvre seulement mais en élargissant cette assiette de prélèvements aux prix de tous les produits : commerciaux, boursiers, financiers, jeux, loyers...,

    en instituant la progressivité des impôts directes jusqu’à 75% du montant des hauts salaires,
    en interdisant les importations des produits irrespectueux de nos règles Sociales et écologiques...

    A fin d’avoir des données pertinentes du PIB, changer sa méthode actuelle de calcul. Adopter une méthode semblable à celle des entreprises Françaises. ( par exemple)

    21.01 à 18h20 - Répondre - Alerter
  • Il suffit pour cela de s’en tenir à la lecture du programme page 137 a 141.
    Un moratoire de 10 ans pour les OGM !
    Je suis allez voir leur programme car n’étant pas ni membre ni partisane du FN je voulais connaître leur position à ce sujet aussi je me permet de vous mettre le lien.

    http://www.frontnational.com/pdf/pr...

    Je suis étonnée d’une prise de position et une affirmation aussi peu vérifiée.
    Il en ressort que le problème des OGM est largement débattu dans le bons sens me semble t il.

    Intéressant aussi de la page 41 à 54 sur l’environnement.
    Donc fausses promesses ou pas il en ressort quand même que dans ce programme il demeure un vif intérêt pour l’écologie....

    18.01 à 22h10 - Répondre - Alerter
  • Aimer la nature, c’est être émerveillé par une espèce qu’on ne connait pas. Ca me semble assez antinomique avec les idées du FN...

    18.01 à 12h05 - Répondre - Alerter
    • GGuerec : en quoi...

      Aimer la nature cela se limite à cela ? En limitant aussi étroitement nous pourrions aussi prétendre qu’aimer la nature c’est aimer les différentes espèces et vouloir les préserver. Vous imaginez facilement à quels types de conclusions cela amène, aimer la nature c’est bien plus que cela...

      18.01 à 18h31 - Répondre - Alerter
    • Et la préservation des écosystèmes, c’est antinomique avec les idées du FN ?

      27.01 à 21h45 - Répondre - Alerter
  • chris : pas convaincant

    Je n’ai pas aimé cet article .Le parti pris est trop évident , on ne sort pas de cette vision sclérosée de l’extrême droite des années 60. Tout est bon chez les gentils gauchistes , tout est mauvais à droite . L’écologie doit s’inscrire comme une priorité dans les programmes des partis politique de tous bords , et ce que nous attendons des journalistes , est de véhiculer ces idées pour convaincre ; le rejet d’un parti et de ses sympathisants (nombreux d’après les sondages )interdit tout dialogue, toute ouverture et laisse place à l’intolérance .
    La planète et ses habitants n’ont rien à y gagner .

    17.01 à 22h18 - Répondre - Alerter
  • Voici de quoi illustré mon propos :
    http://www.youtube.com/watch?v=pVSN...
    Laurent Ozon, écologiste historique, et créateur de Maison commune, groupe localiste, vient de rejoindre le bureau politique du FN ; et après dans l’article Erwan Lecœur va affirmer que "tous les cadres du parti" n’ont jamais "fait montre d’une sensibilité particulière à l’égard des questions d’environnement". D’un coté une affirmation gratuite et non justifiée, juste péremptoire, de l’autre des prises de positions claires et affichées.
    Soyons au moins neutre pour véritablement informer et non pas déformer l’information...
    Merci en tout cas à Terraeco de permettre ces quelques ajustements.

    17.01 à 17h55 - Répondre - Alerter
  • GGuerec : A mettre à jour

    Comme l’indique coucou04, "quel parti pris"... Que ce soit le FN, sa nouvelle présidente ou ses cadres, ils sont parfaitement éveillés aux enjeux écologiques. Au même titre que des partis comme le Bloc identitaire qui rejette de manière plus affirmé le libéralisme outrancier et la sur-consommation... Il aurait été plus judicieux d’interroger les gens dont on parle plutôt que de donner la parole à une personne qui s’auto-attribue le titre de spécialiste de la droite nationale.

    17.01 à 15h37 - Répondre - Alerter
  • coucou04 : quel parti pris

    Quel parti pris ! l’auteur de cet article regarde lui aussi le FN avec les yeux du passé.Il FAUT que le FN soit à côté de la plaque, même quand il parle d’écologie, il FAUT que le FN le fasse mal. Je ne partage pas toutes les idées de ce parti, mais cette hypocrisie intellectuelle de diabolisation systématique m’indispose et contribue à faire monter les scores de ce parti ,alors que l’objectivité searit intellectuellement plus constructive.

    17.01 à 08h14 - Répondre - Alerter
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