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1-04-2010
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Allègre : son labo, son business, ses amis

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Allègre : son labo, son business, ses amis
 
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n°13 - Avril 2010

Allègre et les climato-sceptiques : comment ils nous manipulent

Claude Allègre a eu 73 ans ce 31 mars. Très officiellement à la retraite, il conserve néanmoins un bureau au sein de l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP) qu’il a longtemps dirigé. Cet institut héberge 14 équipes de chercheurs. Mais aucune n’est dédiée à l’étude du climat. Afin de comprendre sur quelles bases scientifiques Claude Allègre s’exprime, Terra eco lui a proposé de débattre avec des spécialistes du sujet. A ceci, il a répondu : « Cette demande n’a aucun intérêt, ce dialogue de sourd ayant déjà été tenté ». Pour décrypter le système Allègre, nous avons donc choisi, faute de combattant, de remonter dans le temps.

Décembre 2009. A l’occasion de la conférence internationale de Copenhague, Le Journal du CNRS consacre son dossier de une au climat. Selon le quotidien Le Monde, la présidence du CNRS impose que face aux – vrais – climatologues, Vincent Courtillot et Jean-Louis Le Mouël – qui ont longtemps travaillé sous la direction d’Allègre à l’IPGP – puissent développer leur thèse d’une origine « naturelle » du réchauffement. Les climatologues s’insurgent. Finalement, Le Journal du CNRS botte en touche et ne publie aucune des deux thèses. Pas le moindre article sur les sciences du climat dans le numéro spécial Copenhague : « Chose cocasse », ironise Le Monde, qui précise que la présidence du CNRS a refusé de commenter cet étrange « bogue » éditorial.

Hiver 2008. Nathalie Kosciusko-Morizet s’apprête à quitter le secrétariat d’Etat à l’écologie, et Claude Allègre est sur les rangs pour prendre sa place. L’ami d’enfance de Lionel Jospin espère profiter de la fameuse « stratégie d’ouverture » de Nicolas Sarkozy. Raté. Nicolas Hulot glisse à l’oreille du président de la République qu’il ne peut prétendre lutter contre le réchauffement climatique et prendre dans son gouvernement un « négationniste ». Dommage pour Claude Allègre. Il avait pourtant fourbi une habile stratégie qui aurait pu lui racheter une crédibilité, sans le forcer à se renier. Tout en continuant à contester le rôle des émissions de CO2 dans le réchauffement, il se met à expliquer à qui veut l’entendre que lesdites émissions n’en constituent pas moins un « grave danger », puisqu’« elles sont responsables de l’acidification des océans ». Cela aurait pu marcher, se souvient un ancien membre du cabinet de NKM : « Avant le remaniement ministériel, personne n’avait jamais entendu Claude Allègre s’émouvoir de cette histoire d’acidification dans les médias. »

Printemps 2007. Spécialiste réputé de la chimie du globe, Claude Allègre est l’un des piliers de l’Académie des Sciences. En mars 2007, à sa demande pressante, l’auguste institution organise un débat contradictoire sur les causes du réchauffement climatique. Face au climatologue Edouard Bard, membre du Collège de France, se présentent deux « climato-sceptiques » proches de Claude Allègre, Vincent Courtillot et Jean-Louis Le Mouël. Ces derniers exhibent 4 courbes sensées démontrer une thèse ultra-minoritaire dans la communauté scientifique : les variations récentes du climat seraient liées au magnétisme de la Terre et au rayonnement solaire. Patatras, Edouard Bard prouve peu après que 2 des 4 courbes sont fausses. Un professeur de géosciences de l’université de Chicago, Raymond Pierrehumbert, décortique l’erreur et se demande même si ces travaux « franchissent la ligne séparant l’erreur simple de la tromperie active ». Claude Allègre sent-il le vent tourner ? Il demande aux directions des journaux qui ont suivi l’affaire de cesser d’associer son nom à ceux de Jean-Louis Le Mouël et Vincent Courtillot – lequel fut pourtant son plus proche conseiller quand il était ministre sous Lionel Jospin. Aujourd’hui, un membre de l’Académie des Sciences souligne « l’énorme influence » qu’Allègre conserve au sein de ce club des meilleurs chercheurs français. De fait, hormis Hervé Le Treut, les climatologues sont très peu nombreux au sein de l’Académie. Jean Jouzel, médaille d’or du CNRS, et Edouard Bard, l’un des plus jeunes chercheurs à être jamais entrés au Collège de France, n’en font pas partie.

Février 1999. Claude Allègre, alors ministre de l’Education du gouvernement Jospin, est reçu sur TF1. Plein de morgue, il se lance dans un monologue sur l’ignorance crasse des élèves dont il a la charge. Il explique : « Vous prenez un élève, vous lui demandez une chose simple en physique : vous prenez une boule de pétanque et une balle de tennis, vous les lâchez, laquelle arrive la première ? L’élève, il va vous dire la boule de pétanque. Eh bien non, elles arrivent ensemble, et c’est un problème fondamental, on a mis 2000 ans pour le comprendre. Tout le monde doit savoir ça. » Dans un court article ironique, Le Canard Enchaîné souligne que Claude Allègre a tout faux, puisque le résultat qu’il décrit n’est valable que dans le vide. Dans l’air (« qui est tout de même l’environnement le plus fréquent pour un ustensile sportif »), la résistance du gaz à la chute des corps fait que c’est bien entendu la boule de pétanque qui touche le sol en premier. Très vexé, Allègre écrit au Canard : « Un de vos journalistes s’est cru malin en me donnant une leçon de physique. Malheureusement, il a été imprudent. »

La petite polémique enfle, et les humoristes s’en donnent à cœur joie pendant plusieurs semaines. Georges Charpak, ami du ministre et néanmoins prix Nobel de physique, aura beau donner raison au Canard Enchaîné, Claude Allègre n’en démordra jamais. Un tel entêtement, ça force le respect, non ? —


UN « AUTEUR-JACKPOT »

Son avant-dernier ouvrage La science est le défi du XXIe siècle s’est vendu à 80 000 exemplaires. Prenez votre calculette : un auteur classique et anonyme touche de 5 % à 10 % de droits sur les ventes de ses livres. Claude Allègre n’appartenant pas à cette catégorie, multiplions par 2 ce pourcentage. Estimation : l’ancien ministre pourrait avoir empoché une somme allant de 168 000 à 336 000 euros sur ce livre l’an passé. Son dernier opus L’Imposture climatique (Plon) a été tiré à 100 000 exemplaires.

Photo : Franck Ferville - VU

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Chargé de la prospective et du lobbying au Shift Project, think tank de la transition carbone, et blogueur invité du Monde

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  • Je ne résiste pas au plaisir de préciser que le p’tit c... de pigiste du Canard, en 1999, c’était ma pomme !
    Matthieu Auzanneau ;)

    29.03 à 15h24 - Répondre - Alerter
  • michel.bruder : Et la Soufrière ?

    Terraeco n’est pas remontée assez loin dans le temps. Rappelez vous la polémique entre le regretté Haroun Tazieff et Allègre à propos du volcan : Allègre avait ameuté les media et les service public contre l’avis de Tazieff et s’était, au bout du compte, déjà largement trompé !

    29.03 à 10h11 - Répondre - Alerter
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