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Adaptation : vivre à New York en 2050

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Adaptation : vivre à New York en 2050
 
« Adaptation » : ce mot va rythmer les prochaines décennies. Entre fermes verticales, éoliennes rabattables, tramway et bunkers climatiques, voici ce que prépare New York. Ce scénario-fiction est tiré des meilleures projections d'experts.
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n°9 - décembre 2009

Climat : vont-ils sauver la planète ?

Manhattan, le 4 octobre 2050. Karen, un ouragan de catégorie 3, a frappé cette nuit la côte atlantique. Des pluies diluviennes se sont abattues sur New York. La statue de la Liberté a les pieds mouillés et des vagues géantes arrosent son socle. Au petit matin, sa torche, alimentée par les turbines de la Ferme de la liberté, parc éolien offshore dont les éoliennes résistent à des vents de 250 km/h, brille vaillamment. Les berges de la pointe sud de Manhattan sont inondées. La station de métro South Ferry, qui dépose habituellement les voyageurs au pied du ferry de Staten Island, est sous les eaux. Les stations de pompage de la ville n’ont pu aspirer assez vite les trombes d’eau qui se sont englouties en l’espace de deux heures dans ses entrailles. Une odeur pestilentielle se dégage vers le quartier financier de Wall Street. Le réseau d’égouts déborde. La Bourse n’ouvrira pas aujourd’hui. L’état d’urgence a été déclaré. Les pistes d’atterrissage de JFK, La Guardia et Newark, les trois aéroports, sont inondées. New York éponge ses dettes. L’impact économique de la tornade est évalué à 100 milliards de dollars. « Nous sommes devenus les nouveaux réfugiés climatiques », piaille une présentatrice de la GWC, la Global Warming Channel, la chaîne de télévision dédiée au changement climatique. Chaussée de cuissardes en caoutchouc recyclé, elle patauge dans les eaux de Battery Park, la pointe sud de Manhattan, tout en se demandant si la robe verte de la statue finira ensevelie sous les eaux d’ici à 2100.

Sous le seuil de flottaison

Les climatologues hurlent depuis un demi-siècle qu’en cas de montée des eaux de 30 à 50 cm, les berges de Lower Manhattan, quartier situé à une dizaine de centimètres au-dessus de la mer, seront inondées au moins 20 fois par an. Une grande partie de la métropole se situait à moins de 5 m au-dessus du niveau de la mer et à 1,5 m pour certains quartiers de Lower Manhattan. Mais le poumon de la ville, lui, se situe en deça du seuil de flottaison : réseaux de communication, d’eau, d’électricité, fibres optiques, stations d’assainissement et bien sûr métro sont donc livrés aux eaux à chaque tornade. Contrairement à la canicule de l’été 2049 qui a tué près de 300 personnes, Karen n’a fait que 3 victimes, des touristes malchanceux coincés dans leur voiture, au milieu de la nuit, dans le Lincoln Tunnel inondé. Car les 9,5 millions de New-Yorkais ont été prévenus, à la minute près, de l’arrivée de Karen, par l’OEM (Office of Emergency Management), chargé de gérer les catastrophes. Le métro a été fermé 24 heures avant l’arrivée de l’ouragan, la ville étant incapable d’assurer l’évacuation des passagers en cas d’inondations massives. Par précaution, un million de personnes ont choisi d’évacuer et 225 000 se sont réfugiées dans les 46 « centres solaires » répartis dans toute la métropole. Chacun de ces « bunkers climatiques » peut accueillir entre 3 000 et 12 000 personnes. Il y en a deux fois plus qu’en 2009.

Ces centres carburent à l’air conditionné l’été et servent d’abris aux populations les plus vulnérables pendant les jours de canicule. Car l’été est de plus en plus meurtrier. Désormais surnommée « Baked Apple » (la pomme cuite), New York a enregistré en 2049 des températures supérieures à 35 °C pendant quarante-cinq jours d’affilée. Depuis le début du siècle, les températures ont augmenté de 3 °C et les canicules sont plus fréquentes et plus intenses. Les économies d’électricité réalisées lors des hivers plus doux sont englouties l’été par les dépenses excessives en air conditionné. Pourtant, le plan d’adaptation au réchauffement climatique adopté par la ville au début du siècle semble porter ses fruits. Les panneaux solaires intégrés aux gratte-ciel construits au cours des trente dernières années résistent aux vents violents qui s’engouffrent dans les artères de Manhattan. L’entreprise française Vergnet, dont les éoliennes cycloniques rabattables étaient autrefois réservées aux climats extrêmes, a conquis le marché new-yorkais. Les vitriers aussi. Les fenêtres des gratte-ciel plus que centenaires ne résistent pas aux vents de plus de 180 km/h.

Des toits verts grands comme Central Park

Au début du XXIe siècle, le maire de New York, un magnat de la presse nommé Michael Bloomberg, avait érigé le réchauffement climatique en priorité du siècle. Sa ville était alors responsable de 0,25 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Bloomberg, élu trois fois de suite, voyait large. Il voulait des éoliennes sur les gratte-ciel et sur les ponts et comptait sur la force motrice des rivières, dont l’Hudson et l’East River, pour alimenter New York. Sa politique a souvent été jugée futuriste, irréaliste et coûteuse. Cependant, sous son administration, l’East River a vu pousser ses premières turbines marémotrices. Un demi-siècle plus tard, New York était la championne environnementale des mégapoles mondiales. La cité de béton et de verre qui compte un espace vert tous les pâtés de maisons a gagné sa guerre contre le CO2. Les toits verts, oasis urbaines qui réduisent le ruissellement des eaux pluviales, représentent aujourd’hui l’équivalent de la surface de Central Park, soit 381 hectares. Les émissions de GES de la ville ont chuté de 75 % par rapport à leur niveau de 1990 et 50 % de l’électricité qui alimente la mégapole provient aujourd’hui d’énergies renouvelables : éoliennes, solaires, marémotrices.

Au lendemain de Katrina, ouragan de catégorie 5 qui, en 2005, avait englouti une partie de la Nouvelle-Orléans et fait 1836 morts, New York avait fait le pari risqué d’ignorer les conseils d’experts qui lui recommandaient de se protéger avec des barrages anti-tempêtes. A près de 7 milliards de dollars la barrière, le coût avait été jugé faramineux à l’époque étant donné l’incertitude des hypothèses climatiques (lire ci-contre). A la place, les New-Yorkais se sont lancés dans une grande politique volontariste de réduction des émissions de C02. Seuls 3 % des habitants de Manhattan possèdent désormais une automobile, pour l’essentiel des collectionneurs nostalgiques de voitures à moteurs thermiques – contre 23 % en 2009 – et 99 % d’entre eux se rendent à leur travail en transport public, en vélo ou à pied – ils étaient déjà 82 % au début du siècle. Le tramway est devenu un transport de choix depuis le succès de la ligne 42 inaugurée en 2019. Celle-ci dessert Manhattan le long de la 42e rue transformée en artère piétonne, Times Square compris.

Poules, canards, cochons

Dans la première moitié du siècle, les New-Yorkais ont découvert les joies de l’agriculture urbaine. Des dizaines de milliers d’hectares de toits de la ville ont en effet été transformés en fermes hydroponiques. Mais les aléas climatiques et les contraintes spatiales ont vite démontré qu’il était illusoire de compter sur ces seules fermes pour nourrir l’ensemble de la ville. New York a alors inventé la ferme verticale. Le premier centre expérimental vient d’ouvrir ses portes à Brooklyn. Une tour translucide de 30 étages érigée sur Floyd Bennet Field, une base désaffectée de l’US Air Force. La ferme carbure aux énergies renouvelables et aux biogaz générés par ses propres déchets agricoles, et elle promet de produire suffisamment de fruits et de légumes pour nourrir 50 000 personnes.

Ce concept révolutionnaire a été imaginé en 2001 par Dickson Despommier, chercheur au département des Sciences de santé environnementale de l’université de Columbia. Il avait fait le pari fou qu’on pouvait cultiver tous les aliments possibles et imaginables dans des gratte-ciel. Et même y élever poules, canards et cochons. Les débuts furent laborieux. Il a fallu dénicher plusieurs centaines de millions de dollars – financés par les autorités publiques et par le gouvernement fédéral qui a jugé le projet d’intérêt public – pour ériger la première ferme. Et affiner les connaissances des fermiers urbains en hydrobiologie et en ingénierie structurelle. La municipalité a inscrit dans son plan d’adaptation au changement climatique l’objectif d’une ferme par quartier d’ici à l’année 2080. Les New-Yorkais visent même l’autosuffisance alimentaire d’ici au siècle prochain. A condition que la ferme du futur prouve qu’elle peut résister à la puissance des éléments. Car en cette matinée du 4 octobre 2050, la base Floyd Bennet Field, posée en bordure de l’eau, a elle aussi les pieds mouillés. —

Illustration : Yannick Monget / Terres d’avenir (Editions La Martinière)

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Correspondante de « Terra eco » en Californie, Anne Sengès est l’auteur de « Eco-Tech : moteurs de la croissance verte en Californie et en France », paru en novembre 2009 aux éditions Autrement.

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