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29-08-2013
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AIS, le système satellite qui a coulé la haute mer

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AIS, le système satellite qui a coulé la haute mer
 
Localiser tous les navires du globe en temps réel, c’est désormais possible grâce au radiopositionnement par satellite. Une invention qui renforce la sécurité des navires, mais qui sonne aussi le glas du dernier espace d’anonymat de la planète.
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N° 50 - septembre 2013

Déshabillons-nous !

Dans la famille satellites, on connaissait le nano : moins de 10 kilos. On a maintenant le pico. A l’université d’Aalborg, au Danemark, des étudiants opèrent depuis mars dernier le plus petit satellite autonome mis en orbite à ce jour. La bestiole de 800 grammes a beau tenir dans la paume d’une main, elle parcourt en une heure et demie le tour de la Terre, à 800 kilomètres d’altitude. « Ce n’est pas notre premier satellite, explique Jesper Abildgaard Larsen, le professeur chargé de ce projet, mais c’est le premier qui recueille des données utiles. »

10 000 signaux par heure

AAUSAT3, c’est son nom, a en effet pour fonction de capter et transmettre les signaux AIS (système automatique d’identification), des signaux radio de positionnement émis par les navires. Un simple gadget imaginé par des apprentis électroniciens ? Non, le programme est en grande partie financé par les très sérieuses autorités maritimes danoises. « Nous recevons environ 10 000 signaux par heure en provenance de tous les océans, précise Jesper Abildgaard Larsen. Mais l’enjeu principal était de savoir si nous pouvions couvrir le pourtour du Groenland. Et c’est le cas ! »

S’il s’agit sans aucun doute d’un discret épisode de la guerre feutrée que se livrent Danemark, Norvège, Canada, Russie et Etats-Unis pour le contrôle du pôle Nord, c’est aussi une nouvelle étape de l’histoire de l’AIS. Cette technologie a, en dix ans, révolutionné la navigation et la représentation des espaces maritimes. « L’AIS a ouvert un champ d’exploitation énorme, explique Vincent Denamur, directeur du Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage d’Etel (Morbihan) et du Centre national de surveillance des pêches. Grâce à cette technologie, tout au moins dans les régions côtières, on peut aujourd’hui suivre presque en temps réel les mouvements des navires. »

L’AIS, c’est un signal radio à haute fréquence (VHF) qui transmet à intervalles réguliers, de deux secondes à trois minutes, tous les identifiants d’un navire, ainsi que sa position, son cap et sa vitesse. Il est obligatoire depuis 2004 sur les bateaux de plus de 300 tonneaux, c’est-à-dire de la taille d’un petit cargo, sur tous les navires de passagers, quelle que soit leur taille, et, en Europe, sur les bateaux de pêche de plus de 18 mètres. « C’est le complément parfait d’un radar, assure Vincent Denamur. Car le radar ne renseigne pas sur l’identité du navire. L’AIS le permet, ce qui facilite une prise de contact rapide. C’est, à l’origine, un équipement de sécurité visant à éviter les collisions en mer. »

Le réseau social des navires

Mais ce dispositif a vite trouvé une autre utilité. Il existe en effet, dans les ports comme dans les aéroports, de drôles de monomaniaques, nommés « spotters ». Depuis 2006, ces spotters, qui sont souvent aussi radioamateurs, se sont équipé de récepteurs AIS et mettent en réseau les données qu’ils récoltent. Des sites Internet communautaires ont vu le jour, tels MarineTraffic ou Vesseltracker, qui permettent de suivre des milliers de navires partout dans le monde. MarineTraffic annonce aujourd’hui pas moins de 5 millions d’utilisateurs mensuels. On y trouve les positions de plus de 70 000 bateaux à tout moment, ainsi que les historiques de leurs mouvements, des photos et des données techniques. 1 500 radio-amateurs alimentent le site.

« L’usage premier a été vite détourné, ajoute Vincent Denamur. L’AIS, c’est aujourd’hui le réseau social des navires. » Et comme tout réseau social, il s’agit aussi d’un fantastique outil de suivi… Avec les agences de renseignements, les armateurs ont été les premiers à s’en emparer : il leur permet de suivre leur flotte depuis la terre et d’optimiser la logistique. Les organisations écologistes, comme Greenpeace ou le WWF (Lire encadré), leur ont rapidement emboîté le pas afin de renseigner les activités des bateaux de pêche. Enfin, le recours aux antennes et aux sites AIS a considérablement facilité la tâche des pirates somaliens qui, mieux au fait des déplacements de leurs proies potentielles, se sont multipliés à partir de 2008 !

Toutefois, la « visibilité » d’un bateau par AIS était, jusqu’en 2009, conditionnée par la présence d’un récepteur dans un rayon d’environ 50 milles marins (environ 80 kilomètres) autour du bateau, la portée du signal étant, comme pour tout signal radio VHF, limitée par la rotondité de la Terre. Seuls les ports et certaines zones côtières étaient donc bien couverts. En haute mer, les bateaux restaient, eux, totalement invisibles.

Une dizaine de satellites AIS

Mais en 2009, la donne change radicalement : les premiers satellites à vocation AIS sont alors lancés. Les données captées sont désormais vendues par des sociétés spécialisées ou par les sites communautaires, qui proposent des options payantes. Exit les zones blanches ! Tout navire équipé d’AIS est aujourd’hui aisément localisable, et ce à tout moment et où qu’il soit. Hors projets issus des agences de renseignements, on estime aujourd’hui à une dizaine le nombre de satellites AIS. Celui mis en orbite en mars dernier par l’université d’Aalborg est, en revanche, le premier à vocation non commerciale.

« Face à l’AIS par satellite, analyse Vincent Denamur, tous les autres systèmes de positionnement en mer font figures de dinosaures. Il est probable que, dans un futur proche, quand la technologie sera normée, il les remplacera tous. » Mais si le système AIS peut être vu comme une fantastique évolution d’un point de vue logistique – et sans doute aussi d’un point de vue sécuritaire –, il marque également la fin de l’océan vu comme le dernier espace d’anonymat et de liberté. Bref, c’est la fin de la haute mer. La fin d’un rêve ? —


La veille active du WWF

Depuis septembre dernier, le WWF suit les navires à la trace. Grâce à l’AIS, « nous pouvons maintenant établir avec exactitude qui a pêché, où et quand, et il est possible de réagir rapidement à des activités de pêche illicite », expliquait Alfred Schumm, directeur du secteur pêche de l’ONG lors du lancement de l’opération. Le WWF entend vérifier le respect des restrictions de pêche dans les aires marines protégées, évaluer le dépassement des quotas de prises en Europe et traquer les pratiques de pêche peu durables, le chalutage profond notamment. —

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