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A l’hôpital, des jardins aux petits soins

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A l'hôpital, des jardins aux petits soins
(Crédit photo : CHU de Nancy)
 
Ils stimulent les sens, la mémoire, sollicitent le corps ou apaisent l’esprit. Les jardins thérapeutiques destinés aux patients fleurissent dans les établissements de santé.
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N° 28 - septembre 2011

La contre-attaque du nucléaire

En fin d’après-midi, quand l’ombre gagne la grande cour nichée au cœur du très chic quartier parisien du Marais, menthe, lavande et thym répandent leur parfum au pied de la rhubarbe, des framboisiers et du kiwi. Ce petit jardin de six mètres sur six n’est pas la lubie d’une bourgeoise un peu bohème. Il fait partie des lieux de soins du centre d’accueil de jour des Francs-Bourgeois pour les malades d’Alzheimer. Une fois par semaine, une bénévole de l’Association des jardins partagés du IVe arrondissement vient ainsi aider les patients volontaires à planter, butter, tailler les plantes de ce jardin thérapeutique.

Double bénéfice

En vogue au Canada et aux Etats-Unis, ce genre très particulier d’espace vert est encore nouveau en France. Mais de plus en plus d’hôpitaux y ont recours, parallèlement aux soins médicaux. Signe que les bienfaits du jardinage commencent à être reconnus, la présence d’un tel endroit est recommandée dans le Plan national Alzheimer 2008-2012.

« Le bénéfice est double : il s’agit de travailler sur les troubles de la mémoire mais aussi du comportement caractéristiques des malades d’Alzheimer », explique le Dr Thérèse Jonveaux, neurologue et chef de service de l’unité soins de suite au CHU de Nancy. Il y a trois ans, la cour d’honneur de l’hôpital nancéien Saint-Julien a été transformée en un jardin de 4 000 mètres carrés, le jardin de l’Horloge, aménagé en parcours thématique autour des quatre éléments : la terre, le feu, le vent et l’eau.

Accueillis pour quelques semaines suite à une complication médicale, certains patients, à un stade avancé de la maladie, ont tendance à déambuler dans les couloirs et refusent de se coucher aux horaires très figés de l’hôpital. « Plus on cherche à les ramener vers leur chambre, plus ils deviennent agressifs. Notre stratégie consiste désormais à leur montrer le chemin du jardin ! », raconte le Dr Jonveaux. En accès libre, sécurisé, bien éclairé, le jardin fait office de refuge apaisant.

Petits miracles

Entourés de psychologues, d’orthophonistes, d’ergothérapeutes, les patients participent également à des ateliers destinés à solliciter le langage, les réminiscences ou les gestes, désormais en perdition. Evoquer son propre jardin, reconnaître les outils, refaire les différentes étapes du rempotage sont autant d’exercices que l’environnement et les cinq sens mobilisés stimulent. « L’hôpital, standardisé, est un environnement pauvre. Le jardin, lui, offre une richesse sensorielle unique », précise Thérèse Jonveaux. De petits miracles se produisent parfois comme cette dame, incapable de nommer une rose à partir d’une photo, retrouvant tout à coup le mot au contact des pétales de la fleur.

« Le rythme des saisons est également un fantastique repère temporel », pointe le Dr Jonveaux. La chute des feuilles, la floraison des massifs, la maturation des fruits aident des gens déboussolés à se retrouver. Au jardin de l’Horloge, on célèbre aussi la fête de la mirabelle, traditionnelle dans la région. Ce moment permet de rassembler les familles autour des malades pour confectionner des tartes au pied des arbres. A Pâques, les grands-parents reprennent leur place en cachant les œufs sous les arbustes.

Alors que la maladie met à mal les liens familiaux, que l’hôpital rebute, le jardin réunit et réintroduit les rituels d’une vie (presque) comme les autres.

« Attention, le jardin ne résout pas tout mais il remet de l’humanité à l’hôpital », souligne Anne Chahine, présidente de l’association Jardins et santé. Sa structure s’est donné pour mission de financer la création de jardins thérapeutiques grâce à un réseau de particuliers qui ouvrent leurs jardins privés aux visiteurs contre une petite rémunération. Une quinzaine de ces lieux ont déjà poussé : un potager de cucurbitacées pour jeunes adultes autistes dans le Cher, un jardin de fleurs pour enfants épileptiques près de Grenoble…

« Ce n’est pas un meuble »

Derrière son apparente simplicité, un jardin thérapeutique constitue un projet complexe qui repose souvent sur la motivation d’un membre de l’équipe soignante. « Il ne suffit pas de poser trois plates-bandes ! », souligne Anne Ribes, infirmière et paysagiste qui a créé et anime plusieurs de ces espaces en région parisienne. Chacun a ses spécificités en fonction des personnes qu’il reçoit : des jardinières surélevées pour que les patients en fauteuil roulant puissent participer, de l’ombrage pour les malades sous chimiothérapie, sensibles au soleil, des espaces préservés de tout risque d’empoisonnement ou d’allergie pour des jeunes enfants, enclins à s’emparer des herbes folles…

« Et une fois le projet monté, il faut savoir qu’un jardin n’est pas un meuble. Il nécessite qu’on s’en occupe », pointe la militante, qui ajoute : « Beaucoup d’établissements ont des envies mais pas de moyens. » Elle réclame une étude exhaustive des besoins et de la place disponible dans les hôpitaux, pour arrêter de « fonctionner avec des bouts de ficelle ». Et qu’enfin, face à la chimie médicamenteuse, on prenne l’alchimie du jardin au sérieux. —

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