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24-10-2013
Mots clés
Logement
France
Reportage

A Nantes, des amis, des voisins, des emmerdes et une maison !

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A Nantes, des amis, des voisins, des emmerdes et une maison !
(Crédit photo : Pierre-emmanuel Rastoin pour « Terra eco »)
 
L’habitat partagé, c’est un parcours du combattant. Les futurs habitants d’« Escapades » peuvent en témoigner. Mais ils ne feraient machine arrière pour rien au monde.
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N° 52 - novembre 2013

Habitat partagé : Et si on vivait ensemble ?

Hiver 2013. Ce mercredi-là, à l’heure du déjeuner, le froid sec contraste avec le soleil éclatant. A Saint-Joseph-de-Porterie, quartier résidentiel et coquet du nord de Nantes, les immeubles économes en énergie sortent de terre de tous côtés. Ils s’inscrivent dans un vaste chantier d’urbanisation qui veut favoriser la mixité sociale. C’est là que l’on rencontre Bruno, la trentaine énergique, qui nous conduit sur « son » chantier, ou plutôt « leur » chantier. Celui de neuf familles (dont douze enfants), qui se sont lancées dans un projet d’habitat groupé répondant au nom rêveur d’« Escapades ». Au cœur de la ZAC (Zone d’aménagement concerté), le terrain est boueux, jonché de gravats et seules les fondations ont été jetées. Le lieu est idéal, calme, à 200 mètres de l’Erdre et en bordure d’un petit bois.

Printemps 2013, un jeudi soir pluvieux. Maison des associations de Saint-Joseph. « Je t’ai apporté la recette du gâteau au chocolat dont on avait parlé. » « Qui va au Salon du bois ce week-end ? C’est obligatoire pour ceux qui installeront un poêle ! » Comme chaque semaine, le petit groupe fait le point sur les avancées du chantier. Ce soir-là, au menu : charpente, tarif de rachat du photovoltaïque et serrurerie. Tous les futurs habitants ne sont pas présents, mais au moins un représentant par famille.

Automne 2013, un jeudi soir écrasant de chaleur. « T’as vu, les travaux ont pris pas mal de retard ! Je vais devoir décaler mes vacances de trois semaines pour l’autoconstruction. » Le groupe se retrouve sur le chantier, qui a bien évolué depuis l’hiver dernier. Sur les neuf maisons, réparties en trois « blocs », six sont sorties de terre – pour certaines, il reste le revêtement à poser et l’électricité à installer ; pour les autres, la charpente à finaliser – et trois devraient l’être quand vous lirez ces lignes. Nouveau passage par la maison des associations. Et ce jour-là, la discussion – « Du bois ou du parpaing pour la descente vers le parking commun ? » « Doit-on acheter un cloueur alors que certains ont déjà commencé le bardage ? » – débute dans l’ascenseur. Pourquoi ? Parce qu’entrer à neuf à l’intérieur n’était sans doute pas l’idée du siècle… Au bout d’une heure de blocage, chacun en sort, gouttes au front, en s’esclaffant : « C’est bon, on est fin prêts pour vivre ensemble maintenant. On en a la preuve ! »

Cinq ans de gestation

C’est en 2008 que l’idée de cet habitat singulier a germé dans les esprits. Marie-Louise est l’une des dernières « survivantes » du projet originel. Une question l’occupe alors, avec des amis et d’anciens collègues : « Comment vieillir ensemble et ne pas être dépendants ? » « Nous voulions continuer à être actifs, et pas loin des transports en commun », précise cette retraitée au large sourire. Mais certains se rendent compte qu’ils ne sont pas prêts pour ce projet qui, à l’époque, n’était pas intergénérationnel. Ils se désistent. Le temps passe et le petit groupe part à la recherche des maillons manquants, via des annonces dans la presse locale et sur Internet. « 48 contacts rien qu’avec un article dans Ouest-France », se souvient Marie-Louise. La troupe fait alors passer des entretiens. Franck est recruté à ce moment-là. « Je voulais trouver un esprit de village, avec une entraide au quotidien », explique ce père de deux fillettes de 2 et 6 ans. « Aujourd’hui, je ne connais même pas mes voisins », lâche-t-il. « Ce qui nous a plu, c’est l’idée d’une solidarité entre les générations », précise Ghislaine, qui a postulé avec son mari, John, alors que tous les deux approchaient de la retraite et que leurs enfants avaient « quitté le nid ». « Recréer un village, même petit, avec des voisins auxquels on peut rendre un service, nous est apparu comme une évidence. »

Jardin et chasses d’eau

« Avec Sophie, ma compagne, nous avons été intéressés par le fait de monter quelque chose de collectif, sans pour autant oublier chaque individualité », détaille Bruno, qui a débarqué dans le groupe à la fin de l’année 2011, après qu’une famille s’est désistée. Il est maintenant l’un des cogérants d’Escapades. Le « montage », justement, aux prémices de l’aventure, n’a pas été de tout repos. Les collectivités n’ont pas – encore – l’habitude de ce type d’habitat. « Il est difficile de se faire comprendre auprès d’elles. Et puis, au début, nous avions vu trop haut. Il a fallu réfléchir pour baisser les coûts. »

Des coups durs, la troupe d’Escapades en a vécu. Du retrait soudain du premier architecte – qui devait également habiter l’une des maisons – courant 2012 au tout récent dépôt de bilan de leur entreprise de photovoltaïque. « C’est dans ces moments-là que le fait d’être un groupe aide à tenir », estime Marie. « Nous avons connu des moments de découragement total, mais toujours la motivation est revenue », abonde Ghislaine. Aujourd’hui, tous se disent « impatients », « pressés », « plus enthousiastes que jamais » à l’idée d’emménager. Sur un modèle non standardisé – les futurs habitants ont réalisé leurs plans – et 1 500 m2 de terrain, leurs maisons auront une superficie de 80 à 150 m2. Toutes respecteront les normes BBC (bâtiment basse consommation) et certaines seront mêmes passives. L’eau de pluie sera récupérée pour être réinjectée dans les chasses d’eau et les lave-linge. Si chacun profitera d’un jardinet, le reste des espaces verts, dont le potager, sera partagé, tout comme la plupart de l’outillage. Au centre du terrain s’élèvera une maison commune de 20 m2 pour accueillir les hôtes de passage, se retrouver et tenir des réunions. Ce sera le dernier chantier, que les neuf familles vont entreprendre ensemble. Rendez-vous dans deux mois, en janvier 2014. —

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