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Le roman de la dérive financière
mardi, 4 mai 2010
/ Flore Vasseur / Entrepreneur, chroniqueuse sur France Culture, Flore Vasseur est aussi documentariste et romancière. Elle est notamment l’auteur du roman « Comment j’ai liquidé le siècle », une charge féroce contre l’oligarchie politico-financière. |
Flore Vasseur a publié en février « Comment j’ai liquidé le siècle », un thriller sur l’explosion du capitalisme et la fuite en avant de la finance mondiale. Plusieurs passages ne sont pas sans rappeler les déboires actuels de Goldman Sachs. Morceaux choisis.
Dans le roman de Flore Vasseur, diplômée d’HEC, toute ressemblance avec la réalité n’est pas fortuite. Le narrateur est un dénommé Pierre, 37 ans, polytechnicien. Il occupe un poste de « quantitative trader » au Crédit général, tout comme – dans la vraie vie – Fabrice Tourre chez Goldman Sachs. Et il s’ennuie. Jusqu’au jour où il se voit confier, par une mystérieuse Mme Krudson, la mission de faire péter le système.
Sur le marché du travail, je suis une commodity : un produit de base qui s’achète et se vend. Un ordinateur, un téléphone, une connexion Internet : immédiatement adaptable, corvéable, je fais un boulot « liquide ». Je suis liquide. J’ai une plus-value, j’existe. Je perds, je disparais. Personne ne me demande comment je vais. Je franchis les étapes, sans chercher à savoir si cela me convient. (…) La banque loue le dernier étage du Peninsula Hotel au bout de la presqu’île de Kowloon. Elle convie la presse financière internationale, gâte des journalistes à la ramasse. Assis sur des chaises dorées, ils gobent bouche ouverte et yeux écarquillés nos communiqués financiers bourrés de mensonges. Ils les maquillent en article, se vautrent au spa, noient leur vie terne dans le luxe rococo. »
« Ils sont entrés dans la firme comme en religion, pour une expérience totale et après vingt entretiens d’embauche. Ils travaillent sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, oublient de partir en vacances. Pour ne jamais perdre de temps, ils dorment dans l’hôtel réservé à l’année par la firme, en face du siège à Wall Street. (…) Ils sont notés sur tout, comparés chaque jour, coachés en permanence par des parrains et marraines. Les salaires sont astronomiques, le rythme infernal, les carrières courtes. « Goldman Sachs est un poulpe géant dont les tentacules enserrent la face de l’humanité, pompant tout ce qui a l’odeur de l’argent », a écrit Rolling Stone Magazine dans son édition d’octobre. (…) Lloyd Blankfein, le patron de Goldman Sachs, exulte. Avec ses 68 millions de dollars de revenus annuels (et 500 millions d’actions de la firme), il est le plus heureux des banquiers. Dans une interview donnée au Sunday Times, il vient de déclarer : « Je suis juste un banquier, issu de classe moyennes, qui fait le travail de Dieu. » »
Photo : Francis Costa