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5-01-2016
Mots clés
Migrations
Monde
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« Frontières », une expo salutaire

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« Frontières »

L’exposition se tient jusqu’au 29 mai prochain au Musée de l’histoire de l’immigration, Porte Dorée, à Paris. (Crédit photo : Philippe Delacroix - Musée national de l’histoire de l’immigration)

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« Mare Nostrum, Mare Mortum », Combo, 2015

L’œuvre est signée du street-artist parisien Combo, également connu pour avoir placardé dans toute la capitale le slogan « Coexist » dont les lettres intègrent les symboles des trois grandes religions monothéistes en réaction aux attaques terroristes de janvier 2015. (Crédit photo : Philippe Delacroix - Musée national de l’histoire de l’immigration)

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« Le Mur et la Peur », Gaël Turine, 2013

Un groupe de Bangladaises passées illégalement en Inde pour acheter des marchandises courent au pied du mur frontière. (Crédit photo : Gaël Turine - Agence Vu)

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« Le Mur et la Peur », Gaël Turine, 2013

Derrière le mur de 6 700 kilomètres qui sépare l’Inde du Bangladesh, un soldat de la BSF, la force de sécurité frontalière, est en surveillance. (Crédit photo : Philippe Delacroix - Musée national de l’histoire de l’immigration)

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« Les voitures cathédrales », Thomas Mailaender, 2004

L’œuvre illustre les allers et retours des immigrés entre leur pays d’origine et leur lieu de vie. Ces photos ont été prises sur le port de Marseille, lorsque Thomas Mailaender y travaillait pour la compagnie maritime SNCM. Les éléments d’identification des véhicules ont été effacés pour donner à ces clichés une portée universelle. (Crédit photo : Philippe Delacroix - Musée national de l’histoire de l’immigration)

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« Go No Go, les frontières de l’Europe », Ad van Denderen, 1988-2002

Des saisonniers albanais prennent la route dans l’espoir de passer la nuit en Grèce. Au sein de l’espace Schengen, 300 000 frontaliers traversent chaque jour une frontière dans des migrations pendulaires. De l’autre côté de l’objectif, le photographe néerlandais Ad van Denderen les suit. Nous sommes en 2000. Depuis 1988, l’homme voyage le long des frontières de l’espace Schengen. Au total, son périple sur la trace des migrants aura duré quatorze ans. (Crédit photo : Ad van Denderen - Agence VU, collection du Musée national de l’histoire de l’immigration, palais de la Porte Dorée)

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« Carte de séjour, Mamadou, France, Clandestin », Barthélémy Toguo, 2010

Avec ces tampons géants, l’artiste camerounais Barthélémy Toguo montre le décalage entre les souffrances identitaires et les lourdeurs administratives. (Crédit photo : Philippe Delacroix - Musée national de l’histoire de l’immigration)

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« Nord-Sud », Borislav Sajtinac, 1989

Dessin de Borislav Sajtinac, peintre et dessinateur né en 1943 en Yougoslavie qui, depuis 1989, vit et travaille à Paris. (Crédit photo : Borislav Sajtinac)

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« Le Journal illustré », 1888

Vérification des passeports à la frontière allemande. (Crédit photo : Musée national des douanes, France)

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Carte d’identité d’étranger de Pablo Picasso

(Crédit photo : Philippe Delacroix - Musée national de l’histoire de l’immigration)

 
Jusqu'au 29 mai, le Musée de l'histoire de l'immigration, à Paris, propose d'élargir la focale sur les questions de migration, au gré d'un parcours thématique où se répondent 250 pièces.
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Le parcours débute par un mal de mer. Projeté sur un mur blanc, un patchwork de vidéos tournées au téléphone portable donne un aperçu du lot de risques et d’espoirs que charrie une traversée de la Méditerranée. A l’entrée de l’exposition « Frontières », qui jusqu’au 29 mai 2016 au Musée de l’histoire de l’immigration, l’œuvre Harragas – « ceux qui brûlent » en arabe nord-africain – pose d’emblée sa résonance avec l’actualité. La démarche est critique, il s’agit d’« une exposition sur les limites et leurs limites », préviennent les affiches. « A l’utopie d’un monde sans frontières où chacun serait libre de circuler, de s’installer et de travailler s’oppose un contrôle renforcé, voire une militarisation des frontières », constatent en introduction les commissaires de l’expo, l’historien Yvan Gastaut et la sociologue et géopoliticienne Catherine Wihtol de Wenden.

Face au choc provoqué par la mort de 3 770 migrants en 2015 en Méditerranée, au trouble suscité par l’afflux de réfugiés syriens dans les pays européens, une virée au musée de la porte Dorée, à Paris, permet de prendre du recul, d’élargir la focale. Au gré d’un parcours thématique où se répondent 250 pièces - objets de mémoire, œuvres d’art, extraits de presse et témoignages de migrants –, le visiteur navigue entre présent et passé : entre la salle des passeports de la Préfecture de police de Paris en 1920 et les écrans de contrôle de Frontex aujourd’hui. On remonte jusqu’au XIXe siècle, tournant avant lequel « il était plus facile d’entrer dans un pays que d’en sortir ».

« Aucune barrière n’a résisté à la pression des hommes »

Les époques dialoguent dès le sas d’entrée où les vidéos de « ceux qui brûlent » côtoient la Grande Muraille de Chine. Dans la salle suivante, le plus grand ouvrage conçu pour séparer les hommes laisse place à ses cousins contemporains : le no man’s land de quatre kilomètres qui sépare les deux Corées, le sas technologique entre les Etats-Unis et le Mexique ou encore le mur entre Israël et Palestine que l’on voit s’ériger, au mont des Oliviers, en vidéo et en accéléré. Sans oublier celui de 3 200 kilomètres qui sépare l’Inde du Bangladesh. « Une personne meurt tous les deux ou trois jours au pied de ce mur », commente la guide accompagnant une classe de lycéens devant la série de photo de Gaël Turine (voir diaporama ci-dessus).

Un coup d’œil aux légendes et l’on passe au futur : « Le Bangladesh aura perdu la moitié de ses terres d’ici à 2050. » A cette même date, l’Organisation internationale pour les migrations craint, à l’échelle mondiale, que les dérèglements climatiques aient engendré 200 millions de réfugiés (lire son rapport en pdf). Une phrase glanée dans le texte d’introduction resurgit alors à l’esprit : « Sur le temps long, aucune des barrières matérielles n’a résisté à la pression des hommes. » Celle du continent indien ne fera probablement pas exception.

« Retracer les histoires singulières »

L’exposition, fruit de deux ans et demi de travail préparatoire, fonctionne par zooms. D’abord sur la « forteresse Europe » puis sur la France, « destination et point de passage » aux 35 frontières, avec un crochet final par la Guyane française, ce territoire qui rend l’Europe voisine de l’Amérique latine. Quelle que soit l’échelle, la démarche reste la même : « retracer les histoires singulières de ceux qui traversent », donner des aperçus de ce que sont ces vies d’exil, de bagages et de postes-frontières.

A quelques pas d’une œuvre dénonçant l’inhumanité de centres de rétention, la carte d’étranger de Pablo Picasso laisse songeur. « Se pourrait-il qu’un jour on ne considère plus celui qui circule librement comme un criminel en puissance ? », s’interrogent les commissaires. En guise de conclusion, ils proposent d’imaginer la possibilité d’un monde ouvert « plutôt comme le résultat de droits à conquérir que comme une utopie ».

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