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Locavore Guyane

Par Eudoxie JANTET
31-05-2011

Une conférence en or ?

(WWF Guianas)
Aujourd'hui 31 mai et demain 1er juin 2011, le WWF du plateau des Guyanes et le Ministère des ressources naturelles du Suriname co-organisent une conférence internationale sur l'exploitation aurifère à petite échelle (small-scale gold-mining), qui fait des ravages sociaux et environnementaux.

Rien qu’en Guyane française les chiffres sont éloquents. Entre 2000 et 2010, plus de 22 tonnes d’or exportées de Guyane avaient une origine douteuse, soit l’équivalent de 4 millions d’alliances, selon le journaliste Laurent Marot et le chargé de mission au WWF Guyane, Romain Taravalla, dans le magazine Une saison en Guyane n°5, dont un long dossier est consacré à l’orpaillage en Guyane. Un peu lourd pour un mariage non ?

La traçabilité de l’or en question

Plus récemment, le WWF France vient de rendre public un rapport intitulé Sur les traces de l’or. La filière bijoutière française face aux défis de l’or traçable et responsable. On peut notamment y lire que plus de 50% de la demande d’or mondiale émane du secteur de la bijouterie-joaillerie... qui n’est pas très au fait de la provenance de ce précieux métal. En effet, à tous les niveaux de la chaîne (affineurs, fabricants et distributeurs sur un échantillon représentatif de 200 professionnels), il y a méconnaissance du système :
- 82 % des répondants reconnaissent ne pas connaître la provenance de l’or qui passe entre leurs mains ;
- 84 % des répondants n’ont aucune garantie concernant la responsabilité des pratiques d’extraction ;
- 75% des répondants sont conscients des lourds impacts de l’extraction aurifère ;
- 90 % des répondants se déclarent prêts à agir, à leur niveau, afin de combattre les pratiques désastreuses d’extraction.

Ces chiffres permettent au WWF Guyane de conclure dans un communiqué de presse en date du 03 mai 2011 : "Comme le montrent ces résultats et la prise de conscience croissante des consommateurs, la traçabilité à l’échelle de la mine, aujourd’hui inexistante, sera demain une exigence incontournable. La Guyane ne fera pas exception. " De l’exploitant minier au consommateur, c’est donc sur toute la filière qu’il faut travailler.

Une volonté de travail commun

A cette fin, le WWF Guianas (qui regroupe le WWF du Guyana, de la Guyane française et du Suriname) organise une conférence internationale à Paramaribo, capitale du Suriname, pour discuter de l’un des premiers maillons de la chaîne, l’exploitation aurifère à petite échelle. Qu’elle soit légale ou illégale, les dégâts occasionnés sont les mêmes : pollution de l’environnement par le mercure, contamination des chaînes alimentaires aquatiques et augmentation du nombre de malades du SIDA du fait de la prostitution sur les sites d’orpaillage.

Selon un communiqué de presse du WWF Guyane reçu ce jour, les autres pays du plateau des Guyanes s’investissent eux aussi dans une meilleure gestion de l’exploitation de l’or. Ainsi, le Guyana a mis en place une Stratégie de développement à faible impact carbone (Low Carbon Development Strategy) ayant pour but de contrôler et limiter la déforestation engendrée par l’exploitation aurifère. Quant au Suriname, il souhaite, grâce à la mise en place d’une division spécifique, restructurer le secteur aurifère, qui compte entre 20 000 et 30 000 orpailleurs illégaux.

Une absence remarquée

Parmi les participants à cette conférence, on note la présence de nombreux représentants de la Commission Minière & Géologique du Guyana (institution publique en charge des Mines au Guyana), d’universitaires et de socioprofessionnels du Brésil, et de nombreux acteurs publics et privés du Suriname. La Guyane est quant à elle représentée par des acteurs privés du secteur (FEDOMG, SAAMP, CAEX REAH). Mais on regrettera surtout l’absence des services de l’Etat français, qui, selon le WWF Guyane, ont décliné l’invitation. Une telle désaffection serait à même de nous faire douter de la réelle volonté de la France de lutter contre ce fléau environnemental et social, alors qu’une vaste campagne de communication sur le site de la Gendarmerie nationale montre de vaillants militaires à l’assaut des orpailleurs illégaux...

Eudoxie JANTET

Pour aller plus loin :

Le rapport du WWF France sur la traçabilité de l’or : http://guyane.wwf.fr/2011/05/05/lor... ou sur www.nonalorillegal.fr

Site du WWF Guianas : http://www.wwfguianas.org/

La vidéo de la gendarmerie française sur les opérations Harpie : http://www.gendarmerie.interieur.go...

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Journaliste et écrivain spécialisée en développement durable

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