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17-06-2015
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Religions
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Interview

Odon Vallet : « Si le pape n’avait pas pondu cette encyclique, on aurait pu le lui reprocher »

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Odon Vallet : « Si le pape n'avait pas pondu cette encyclique, on aurait pu le lui reprocher »
(Crédit photo : Korea.net - Wikimédia )
 
192 pages, six chapitres, deux prières, le tout pour défendre une « écologie humaine ». Ce jeudi, le pape François présente son encyclique. L'historien des religions Odon Vallet explique le pouvoir de cette lettre.
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Il cloue le bec aux climato-sceptiques, blâme « la consommation compulsive », fustige « la culture du déchet », réclame un changement « de style de vie, de consommation et de production », appelle « au courage » les pays les plus puissants et les plus polluants et leur rappelle leur « dette écologique ». Dans l’encyclique Laudato si (Loué sois-tu), la première lettre d’enseignement qu’il rédige seul, le pape François plaide pour une « écologie intégrale ». Ce texte de 192 pages, attendu pour ce jeudi 18 juin, a fuité dans la presse italienne dès le 15, dans une version non aboutie selon le Vatican. Les grands principes dévoilés seront-ils suivis d’effets ? L’historien des religions Odon Vallet décrypte, en remontant dans le temps, ce qu’on peut attendre d’un tel document.


Pour les catholiques et pour les autres, quel peut être l’impact de cette encyclique ?

Odon Vallet  : Les papes écrivent une encyclique en moyenne tous les trois ans. Ces lettres, dont la publication constitue les moments forts d’un pontificat, sont souvent destinées à la seule communauté catholique. Avec l’encyclique Laudato si, le pape François a décidé de ne pas s’adresser qu’au 1,2 milliard de catholiques mais à l’ensemble de la planète, soit à 7,1 milliards d’individus, croyants ou non. C’est l’ampleur du problème qui dicte ce choix. Pour la première fois, un pape se penche sur l’avenir de l’humanité, sur les menaces qui pèsent sur les conditions de la vie humaine sur terre. Dans les textes de ses prédécesseurs, l’environnement, l’écologie et le rapport de l’homme à la nature n’étaient évoqués que par petites touches. C’est la première fois que la plus haute autorité de l’Eglise se saisit de cette question.

Une encyclique a-t-elle vraiment le pouvoir de transformer nos sociétés ?

Oui. A la fin des années 1960, l’encyclique Humanae Vitae qui interdisait la contraception chimique, donc la pilule, a eu des conséquences sur la démographie dans les pays du Sud. Cette encyclique a été reprise dans de nombreux prêches. Cela explique en partie pourquoi aujourd’hui le continent africain compte plus d’un milliard de personnes, et en comptera probablement quatre milliards à la fin du siècle. D’autres encycliques, comme Populorum progressio, ont permis une prise de conscience mondiale des écarts de richesse et de développement à l’échelle de la planète. Concernant l’écologie, à ce jour, dans les églises, la question est encore rarement abordée. Pour la simple raison que c’est une science et qu’une science est difficile à prêcher. Les homélies et les sermons s’appuient sur des textes rédigés à une époque où l’on ne s’inquiétait pas de la destruction de l’environnement. Dans le même temps, de plus en plus de paroisses et d’organisations chrétiennes, Caritas entre autres, réfléchissent à cette question. La publication d’un texte pontifical peut considérablement aider leur mouvement.

Ce pas de l’Eglise vers l’écologie est-il surprenant ?

Pas vraiment. Les monastères ont toujours été sensibles à la préservation de l’environnement. La frugalité des modes de vie, l’autonomie de la production et de la consommation donnaient lieu à une faible exploitation de la nature. Cette mentalité explique sans doute qu’à l’époque des premiers candidats écologistes aux élections, en 1974 puis en 1981, les communes où il y avait un monastère étaient celles où le vote écologiste était le plus fort. Il y a toujours eu au sein de l’Eglise un courant basé sur la sobriété. Les jésuites étaient pionniers. Ceux-ci ont sans doute influencé le pape François. L’environnement entrait moins dans le champ de réflexion de son prédécesseur.

Cette prise de position est publiée à six mois de la conférence de Paris sur le climat. Le calendrier a-t-il joué ?

Dans quasiment tous les secteurs, le climat semble le thème de l’année. Au Vatican, on n’aurait pas voulu que l’Eglise catholique soit en retard. Si le pape François n’avait pas pondu cette encyclique, on aurait pu le lui reprocher.

Quel impact cette encyclique peut-elle avoir sur l’événement ?

Le propos de ce grand sommet et celui de l’écriture d’une encyclique ne sont pas les mêmes. Dans un cas, il s’agit de chercher un consensus extrêmement difficile entre tous les pays sur des actions concrètes. Dans l’autre, l’objectif est de rappeler la responsabilité de l’homme par rapport à la création. Le pape propose un texte de réflexion sur nos modes de vie, notre consommation d’énergie mais il n’a pas compétence pour dire aux uns et aux autres ce qu’il faut faire au quotidien pour baisser cette consommation.

Ce texte aurait-il pu aller plus loin ?

Le pape raisonne sur nos modes de consommation, et non sur le nombre d’êtres humains qui consomment. Le gros reproche qu’on peut faire à l’Eglise, et pas uniquement catholique, c’est de sous-estimer le problème démographique. Pour le Vatican, plus il y a de bébés, mieux c’est. Abraham voulait que ses descendants soient plus nombreux que les grains de sable. Toutes les religions se basent sur des textes écrits il y a 1500, 2000, 2500 ans, à une époque où les hommes étaient si peu nombreux que la moindre épidémie pouvait faire périr l’humanité. Dans ces circonstances il fallait faire des enfants pour assurer sa survie. Aujourd’hui, la situation s’est renversée, nous sommes sept fois plus nombreux qu’il y a 100 ans, 70 fois plus nombreux qu’à l’époque de Jésus.

Le seconde limite de cette encyclique, c’est l’accent mis sur la responsabilité des pays aisés. En s’attaquant aux pays développés, le pape semble oublier que les pays pauvres ont aussi une responsabilité. Cette lecture de l’enjeu climatique revient à faire comme si les centrales à charbon en Chine, les mégalopoles qui naissent en Afrique ou la culture sur brûlis n’existaient pas.

Pourquoi ce choix de s’adresser aux pays aisés ?

L’un des enjeux de la conférence de Paris sera la confrontation entre pays industrialisés et pays en voie de développement sur la responsabilité de chacun et les efforts à faire en conséquent. Avec cette encyclique, le pape François a choisi le camp des plus pauvres. Paradoxalement c’est là qu’il a le plus d’ennemis. On peut donc voir dans cette encyclique un moyen de se réconcilier avec les évêques africains. Dans les pays développés, le pape sait qu’il est déjà très apprécié. Une encyclique est forcément un exercice très politique.


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(Crédit photo Odon Vallet : Thierry Ardouin - Tendance Floue)

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  • monsieur Odon Valet une belle histoire :reconnètre l écrivain catholique Paul Chanson aiderait le pape a prendre position sur les naissances ?personnellement j’ai été présente a cet écrivain catholique qui a écrit quelque chose de beau et que mon grand père m’avait appris sur la respiration complète !ma femme et moi avant pu maitriser nos naissances ! ce jour nous avons 13 petits enfants et 12 arrières petits enfants ! hélas les curés et les monseigneurs ne veulent rien aborder dans ce cens ! 1001 fois MERCI arous HV

    11.10 à 17h29 - Répondre - Alerter
  • Avec l’encyclique du pape François et l’organisation, par la France, de la Conférence internationale sur les changements climatiques (Cop 21), l’année 2015 est celle de l’écologie. Face aux menaces d’ampleur qui pèsent sur la planète, les chrétiens ont des propositions. Et la société française s’ouvre à une approche spirituelle de la crise écologique. Pour répondre à ce besoin d’échange, l’hebdomadaire La Vie coorganise, avec le diocèse de Saint-Étienne, la 2e édition des Assises chrétiennes de l’écologie : 3 jours de rencontres et de forums avec les meilleurs experts et penseurs de l’écologie les 28, 29 et 30 août 2015. Plus de 2 000 participants sont attendus.

    Parmi les temps forts proposés, on trouvera notamment des conférences plénières et des tables-rondes avec des intervenants de renom tels que Jean-Marie Pelt, directeur de l’Institut européen d’écologie, Patrick Viveret, philosophe, Corinne Lepage, ancienne ministre, présidente de LRC Cap 21, Gaël Giraud, économiste, Marie-Monique Robin, journaliste, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, Dominique Lebrun, évêque de Saint-Étienne, Marc Stenger, évêque de Troyes, Bruno Feillet, évêque auxiliaire de Reims, Christian Krieger, vice-président de la Fédération protestante de France, Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman, Yeshaya Dalsace, rabbin à Paris, Joshin Bachoux Sensei, nonne bouddhiste. De nombreuses organisations de la société civile seront également présentes.

    Près de 80 forums, ouverts aux familles et aux jeunes, sont au programme, parmi lesquels : « La terre nourricière, un trésor à préserver », « Devenir une famille à énergie positive », « Jeûner pour le climat », « Comment mettre notre argent au service d’une transition vers des sociétés soutenables ? », « Animer un éco-hameau chrétien », « Soigner l’esprit, guérir la terre ». Au-delà des temps de réflexion, le programme propose aussi des ateliers portés sur l’expérience sensible du monde (randonnée, travail de la terre) et des temps de recueillement (célébration eucharistique, prière, méditation).

    www.rencontres-ecologie-2015...

    22.06 à 12h35 - Répondre - Alerter
  • Mais décidément il me plaît de + en +, François. Déjà qu’au début il a choisi St François d’Assises comme guide. Mais quelle audace/jeunesse/dynamisme ! Pas froid aux yeux, surtout qu’il vit dans l’1 des pires nids de serpents du monde : au Vatican, ce ne sont pas les intrigues et de dangereuses spéculations qui manquent...Même pô peur !
    Moi même pas chrétienne, mais peux affirmer que mon frère d’antan, Jésus, doit retrouver le sourire et quelque fierté. C’est vrai quoi, se faire crucifier pour des crétin(e)s qui n’ont fait que véhiculer des guerres meurtrières durant des siècles, y’a de quoi se déclouter, là !
    Sans être gérontophile, j’adooore son sourire franc et généreux.
    Mais je doute que les pieux fachos de la planète l’écoutent : ils ne prient que pour garder leur pouvoir et le contrôle de leurs victimes, électeurs consuméristes gloutons.

    22.06 à 09h35 - Répondre - Alerter
  • Très bon article que celui d’Odon Vallet ! Enfin un journaliste qui ose aborder de manière juste et objective la question démographique , et faire le lien avec le réchauffement climatique !

    21.06 à 21h37 - Répondre - Alerter
  • Merci à Monsieur Odon Vallet d’avoir évoqué cette question des effectifs qui est in fine à l’origine de tous les maux écologiques que nous faisons subir à la planète. Au delà des responsabilités historiques des occidentaux, il est clair qu’à l’avenir, la démographie galopante des pays émergents ou en développement aura un impact significatif sur l’environnement en général et sur le réchauffement climatique en particulier...

    21.06 à 18h29 - Répondre - Alerter
  • BRAVO à ODON VALLET : " si le Pape n’avait pas pondu cette encyclique, on aurait pu le lui reprocher. La surpopulation est la cause prépondérante à la crise mondiale que nous allons vivre si nous ne mettons pas un frein à la démographie que nous subissons dans le silence assourdissant de beaucoup d’écologistes mercantiles attirés par les ors du pouvoir ................hormis l’Association Démographie responsable qui ose soulever ce problème récurant.

    21.06 à 16h10 - Répondre - Alerter
  • Cette position d’Odon Vallet, grand spécialiste des religions et habitué des médias est extrêmement importante et inattendue. Tant les élites politiques et intellectuelles( à de rares exceptions près) reprennent la même antienne que le pape François.
    Oui, le pape est courageux de faire coïncider ainsi la parole de l’Eglise avec les préoccupations de notre monde mais cette parole est très politique et politiquement correcte, comme le souligne O Vallet.
    Il faut peu connaitre l’humanité pour dire que le partage résoudra notre crise et bien aveugle pour ne pas voir le paramètre de la démographie !
    Pour défendre les pauvres, il faudrait comme certaines associations le préconisent( dont "Démographie Responsable" en France)consacrer une partie de l’aide au développement au planning familial, l’accès à la contraception et l’éducation des filles.
    L’Afrique comptera 2,4 milliards d’habitants en 2050. les Africains en seront les premières victimes. Ils le sont déjà.

    21.06 à 15h28 - Répondre - Alerter
  • Je partage le commentaire de Didier BARTHES et je rajouterai : Ce dont l’humanité ne peut s’affranchir et qui rend désormais impossible la croissance, fût-elle teintée de vert, c’est l’augmentation de la population mondiale qui a quasiment doublé depuis 1970 (3,7 milliards à 7 milliards aujourd’hui ) et progresse de 1,5 million d’habitants par semaine. Il est incontestable que la poursuite de la croissance démographique, si elle continuait au rythme d’un milliard d’habitants tous les 12 ans, comme pour la période 2000-2012, alors qu’il a fallu des millénaires pour atteindre le premier milliard, conduirait à l’effondrement de toute vie hautement organisée Il sur terre. Parallèlement, à l’échelle du globe la perte des terres arables est estimée à environ 100 000 km² par an. Autrement dit entre 1970 et 2010 (40 ans) c’est plus de 4 millions de km. Soit la superficie des 28 pays de l’union européenne… Situation aggravée par l’escroquerie des agro carburants, abusivement dénommés « biocarburants » qui confisquent des millions d’hectares à la culture des céréales destinées à l’alimentation. Il faut aussi compter avec le phénomène spéculatif auxquels ils participent, alors que la demande solvable en céréales ne cesse d’augmenter.

    Ne nous berçons pas d’illusions, ce n’est plus le partage des richesses qui va prévaloir, mais le partage de la pénurie.

    21.06 à 14h42 - Répondre - Alerter
  • Didier Barthès : Bravo à Odon Vallet.

    Bravo à Odon Vallet pour sa courageuse prise de position. Oui le respect de l’Homme et le respect de la religion n’imposent pas le natalisme.

    La récente encyclique du pape, intéressante et courageuse sous beaucoup d’aspects, est proprement incompréhensible concernant la démographie. L’épisode "lapins" dans lequel certains avaient cru déceler un début de prise de conscience des effets de la pression démographique est bien oublié, manifestement la remarque du pape (il avait réprimandé une femme enceinte ayant déjà de nombreux enfants) concernait un comportement individuel et ne se voulait pas de portée générale.

    Oui, le nombre des hommes est un facteur déterminant pour la protection de l’environnement. Aussi précautionneux que nous puissions être, en étant trop nombreux nous occuperons tous les territoires au détriment du reste du vivant. Bien peu sont ceux qui osent l’affirmer même chez les écologistes.

    En France à ma connaissance, seule l’association Démographie Responsable ose mettre le sujet sur la table et briser le tabou. Parmi les politiques seuls sans doute, Yves Cochet (préfacier du livre "Moins nombreux plus heureux") et Antoine Waechter ont le courage de ne pas céder aux sirènes d’une croissance démographique infinie.

    21.06 à 13h59 - Répondre - Alerter
  • Mais décidément il me plaît de + en +, François. Déjà qu’au début il a choisi St François d’Assises comme guide. Mais quelle audace/jeunesse/dynamisme ! Pas froid aux yeux, surtout qu’il vit dans l’1 des pires nids de serpents du monde : au Vatican, ce ne sont pas les intrigues et de dangereuses spéculations qui manquent...Même pô peur !
    Moi même pas chrétienne, mais peux affirmer que mon frère d’antan, Jésus, doit retrouver le sourire et quelque fierté. C’est vrai quoi, se faire crucifier pour des crétin(e)s qui n’ont fait que véhiculer des guerres meurtrières durant des siècles, y’a de quoi se déclouter, là !
    Sans être gérontophile, pourriez-vous dire à François, à quel point je trouve son sourire franc et généreux, terriblement sexy ?

    Action à mon échelle perso, au cas où ça l’inspirerait aussi :
    Rencontre sociocratique du 28/06/15 à la halle St Volusien de Foix à 12h30. Y sera affiché, également, notre soutien au peuple grec et dénonçons l’omerta sur la culpabilité de Goldman Sachs et de Barroso.

    Juste 3 exemples de volontés sociocrates :

    - Les ZAD (zone à défendre) se multiplient, les jardins sont en lutte pour être préservés, quand ils ne finissent pas par être détruits malgré une forte opposition au terrorisme d’Etat.

    - Le MES (http://www.le-mes.org/) .
    Son message : Alors que les inégalités entre les personnes et entre les territoires se creusent, le chemin immense et semé d’embûches de la transformation vers une société plus respectueuse des humains et de la planète s’impose comme un impératif.

    - Endecocide ( https://www.endecocide.org/fr/) : Nous avons initié et rédigé avec 9 autres
    organisations un appel mondial appelé « Charte de Bruxelles » (lire le texte ici) qui demande officiellement la création d’une Cour pénale européenne et internationale pour l’Environnement et la Santé, pour en finir avec l’Écocide sur Terre.

    19.06 à 17h31 - Répondre - Alerter
  • Ça y est ! On ne peut plus être catholique et anti-écolo !
    Bientôt, on ne pourra même plus être de droite...
    Un juste retour aux sources, en somme.

    18.06 à 12h26 - Répondre - Alerter
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