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Locavore Guyane

Par Eudoxie JANTET
1er-09-2010

Qui mange quoi ?

Le 31 août 2010 à 20h49

Sans conteste, l’un des charmes majeurs de la Guyane est sa diversité culturelle. Vous ne pouvez pas passer une journée entière (à moins de rester chez soi) sans entendre parler français bien sûr, mais aussi créole (et plusieurs types de créoles à base lexicale française même : guyanais, haïtien, guadeloupéen ou encore martiniquais), portugais, chinois, hmong, espagnol, et même russe depuis peu à Sinnamary (et oui, Soyouz venant s’installer en Guyane, nos amis russes ont déjà pris leurs quartiers dans une petite localité guyanaise, où désormais quelques restaurants ont traduit leur carte en russe). Il y a aussi toutes les langues des amérindiens (qui ne parlent pas l’amérindien, mais le palikur, l’arawak, le wayampi, l’émérillon, le kalina, le wayana et l’aparai) et des bushinenges qui parlent des créoles à base lexicale anglaise. Et j’en ai probablement oublié quelques unes au passage !

Tout ça pour expliquer que la Guyane est un vrai melting-pot (ou salad bowl, selon comment vous concevez les échanges qu’ont les diverses communautés culturelles entre elles). Et aujourd’hui, pas moins de 37% de la population est immigrée. Mais attention, l’objet de cet article n’est pas de juger si oui ou non ce chiffre est trop élevé. Et n’allez pas croire non plus que tous les immigrés sont des clandestins chercheurs d’or ou des illettrés. En ce moment je travaille avec ces populations (oui, oui, je n’ai pas toute la journée une casquette de journaliste), et je suis navrée quand je vois qu’une anthropologue sociale péruvienne (cette dame a l’équivalent d’un bac +4 français) se retrouve femme de ménage…

Bref, revenons-en à nos papillons (ça change des moutons et c’est un brin plus poétique), la bouf. Qui mange quoi en Guyane ? Au risque d’être un peu caricaturale, voici un rapide aperçu de ce que chacune des principales communautés culturelles aime manger, sachant que les habitudes de consommation des guyanais sont différentes selon qu’il s’agisse des populations du littoral ou de l’intérieur, mais aussi des divers groupes ethniques présents en Guyane.

Ainsi, les populations de l’intérieur, essentiellement des amérindiens, des noirs-marrons et des créoles vivent encore de l’agriculture traditionnelle sur brûlis, de chasse et de pêche, mais bénéficient aussi de denrées alimentaires importées, telles que des boîtes de sardines à l’huile ou des tomates concassées en conserve. Au risque de déplaire, je ne peux pas ne pas mentionner le fait que la civilisation les atteint de plus en plus et que les jeunes s’intéressent de moins en moins à la culture de la terre. C’est tellement plus facile d’ouvrir une boîte de conserve que de cultiver des bananes, d’aller chasser le tatou ou pêcher l’aïmara… Mais, à la décharge des amérindiens notamment, je n’aurais moi non plus pas franchement envie de m’empoisonner tous les jours en m’alimentant de poisson au mercure (voyez là une allusion directe aux dégâts environnementaux causés par l’orpaillage illégal mais aussi parfois légal).

Les populations du littoral, quant à elles, ont une alimentation propre à leur groupe culturel d’appartenance. Toutes se nourrissent de produits locaux à des degrés divers que je ne saurais quantifier. Cependant, les créoles mangent également des produits importés et pratiquent la chasse et la pêche. Les Hmongs s’alimentent avec leurs productions agricoles et complètent avec d’autres produits locaux et des produits importés. Les Européens recherchent pour beaucoup d’entre eux des produits qu’ils avaient l’habitude de consommer en Europe, tels que les fromages ou la charcuterie par exemple (cela explique pourquoi on fait venir du fromage à fondue – qui ne se vend guère en réalité – et les appareils qui vont avec). Quant aux diverses populations étrangères (brésiliens, chinois, libanais, etc.), tout comme les européens, ils cherchent à consommer des aliments qui font partie de la culture de leur pays d’origine (par exemple des pâtes de riz pour les chinois).

Enfin… Cette mondialisation alimentaire n’est pas du tout propre à la Guyane. Les aliments ont depuis quelques décennies pris l’habitude de parcourir (le plus souvent en avion, en camion ou en bateau) quelques 5 000 km depuis l’endroit où ils ont été cultivés avant d’arriver dans notre assiette…

Eudoxie JANTET

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