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28-10-2013
Mots clés
France

Polytechnique, ENS, Sorbonne : suivez leurs cours gratuitement

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Polytechnique, ENS, Sorbonne : suivez leurs cours gratuitement
(Crédit photo : mathplourde - flickr)
 
Les facs et grandes écoles françaises se mettent au Mooc. Via cet outil, elles diffusent sur le Web des cours pédagogiques conçus pour le plus grand nombre.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE

Les universités françaises n’en sont pas à confondre la souris et le mulot, mais elles ont jusqu’ici quand même un peu loupé le virage du numérique. C’est pourquoi elles comptent bien, ce lundi, mettre un coup d’accélérateur majeur pour rattraper une partie de leur retard. Plusieurs facultés et grandes écoles ouvrent les inscriptions aux Mooc qu’elles vont dispenser gratuitement en ligne dans les semaines et mois à venir. Aux quoi ? Aux « Massive open online course » ou « Cours en ligne ouverts à tous », sans distinction d’origine, de niveau d’études, ou d’un quelconque critère. Une révolution.

Oui, une révolution dans un pays où seuls 3% des établissements d’enseignement supérieure proposent des cours en ligne, contre 80% aux Etats-Unis. Geneviève Fioraso, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a fixé un cap, au début du mois d’octobre : d’ici à 2017, 20% des cours des universités françaises seront en ligne. Ce même jour, elle annonçait le lancement de la plateforme FUN – pour France Université Numérique – qui hébergera 20 Mooc conçus par des facultés et grandes écoles françaises.

Les inscriptions à ces cours sur Internet aux disciplines variées (santé, sciences humaines, juridique, management, sciences, etc.) débutent donc ce lundi, mais il faudra attendre le début de l’année 2014 pour les suivre. D’ici là, vous pouvez assister par écran interposé au premier d’une série de trois Mooc de l’Ecole polytechnique, dédié aux algorithmes et hébergé sur la plateforme américaine Coursera, fondée il y a deux ans et qui en héberge plus de 500. C’est la plus importante à ce jour.

Inventer de nouvelles façons d’enseigner

Fini la transmission verticale du savoir par un prof statique derrière son pupitre dispensant son cours à un amphi endormi. Fini aussi l’ opencourseware, où l’on se contente de poser une caméra face au professeur et de diffuser in extenso le cours magistral sur le Web. Avec les Mooc, place aux séquences conçues en fonction des spécificités du Web. Les cours durent de cinq à vingt minutes en moyenne, et les pointures qui les dispensent essaient d’être accessibles au plus grand nombre. Entre deux vidéos, des quiz et des QCM, des devoirs permettent à l’ « apprenant » (qui est plus souvent un employé fortement diplômé qu’un étudiant) de vérifier ses acquis. Il peut aussi échanger, via des forums de discussion hébergés par les plateformes, avec le prof ou avec les autres inscrits, qui peuvent être plusieurs dizaines de milliers à travers le monde.

« Cette manière d’enseigner n’a rien à voir avec ce que nous faisons habituellement », explique Antoine Flahault, professeur à la faculté de médecine Paris Descartes. Il a enregistré un Mooc sur les leçons d’une épidémie de Chikungunya dans l’Océan indien, prévu pour durer six semaines et qui sera disponible en janvier sur FUN. « Maîtrisant bien mon sujet, je pensais que ces enregistrements seraient une promenade. Il n’en a rien été », témoigne-t-il.

Ce format spécifique oblige à se poser certaines questions parfois oubliées des habitués des salles de classe ou des labos : comment s’adresser à un public très vaste, comment inciter l’apprenant à participer aux quiz, comment le faire réagir sur les réseaux sociaux. « Il faut aussi être prêt à se mettre en scène et à se heurter à des commentaires directs, voire des critiques, ce dont on n’a pas l’habitude en tant que prof. Ça peut être déstabilisant mais, au moins, les Mooc remettent la pédagogie à une place beaucoup plus importante qu’elle ne l’est aujourd’hui à l’université. » Antoine Flahault est persuadé que « bientôt, on ne jugera plus de la qualité d’un professeur à son nombre de publications mais au nombre de "Like" que son cours aura recueilli ».

En somme, c’est « toute une nouvelle pédagogie à apprendre », confirme Frank Pacard, directeur de l’enseignement et de la recherche à l’Ecole polytechnique, où l’idée de proposer des Mooc n’a pas immédiatement suscité l’enthousiasme des professeurs. Ils ont finalement fermé les yeux sur les heures sup’ et adhéré à la volonté du directeur de « démocratiser le savoir. Car à Polytechnique, on a des cours de très bonne qualité, mais qui bénéficient au final à peu de monde ».

Un outil pour démocratiser le savoir

« Les Mooc démocratisent l’accès à la formation et à l’enseignement », confirme Matthieu Cisel, doctorant à l’ENS Cachan, en sciences de l’éducation. Il rédige actuellement une thèse sur les Mooc et tient un blog sur le sujet. D’après l’Ecole Polytechnique fédérale de Lausanne – le premier établissement d’enseignement supérieur à s’être lancé dans des Mooc francophones, en février 2013 – les Mooc pourraient bien représenter une opportunité pour les pays en développement où les infrastructures universitaires et les professeurs qualifiés manquent parfois.

Chiffre révélateur : plus des deux tiers (70%) des étudiants qui suivent Coursera viennent des pays émergents, comme la Chine, l’Inde, le Brésil. Pour les pays les moins avancés, une fois qu’ils se seront dotés d’une bonne connexion Internet, les Mooc peuvent être une chance. « Et les pays en crise, comme l’Espagne, l’Italie ou la Grèce, sont aussi à fond sur les Mooc, car les personnes au chômage y voient une opportunité pour s’occuper, se cultiver, pour suivre des formations qu’ils peuvent valider (certains Mooc le proposent, mais l’examen final est parfois payant, ndlr) qu’ils mettent ensuite sur leur CV », poursuit Matthieu Cisel.

Tous au Mooc pour devenir plus intelligents ?

Les Mooc sont encore essentiellement l’apanage des établissements d’enseignement. Rien d’étonnant à ce que les sujets soient souvent pointus. Mais cela devrait bientôt changer. Car la technologie elle-même va se démocratiser. « Dans un an, tout le monde pourra monter son Mooc, car Google, le MIT et l’université de Harvard s’associent pour ouvrir la technologie edX (qui permet d’héberger des Mooc, ndlr) à l’ensemble de la planète. Ça va changer les règles du jeu ! », explique le doctorant. Lui y voit une incroyable opportunité pour « l’émergence d’une intelligence collective ».

« D’ailleurs, de nombreux Mooc s’orientent non pas tant vers un système d’enseignement des savoirs que vers un système de transfert des savoirs entre tous les participants. » C’est le principe d’Effets durables, le premier Mooc participatif du développement durable, lancé au début du mois d’octobre. Les sujets mis en ligne servent de « déclencheurs » à la discussion et c’est par l’échange d’informations et par la diffusion de ressources que les participants « co-créent » leur savoir et réfléchissent ensemble à la résolution de problèmes. « La co-création de savoir par les participants est un des défis majeurs de cette nouvelle forme d’enseignement. Une idée un peu révolutionnaire et qui ne manque pas de choquer certains enseignants habitués à être les seules détenteurs de la bonne parole », poursuit Matthieu Cisel sur son blog.

Des apprenants en manque d’assiduité

Mais pour que la réalisation de Mooc se démocratise vraiment, il faudra surmonter l’obstacle de son coût. Actuellement, cet outil coûte très cher à réaliser, entre 40 000 et 50 000 euros (lire cet article qui décortique les raisons d’un tel montant). S’il est gratuit pour les internautes curieux, c’est bien que d’autres paient pour eux. Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a doté le FUN de 12 millions d’euros. Une somme rondelette, à mettre en rapport avec le taux d’abandon des apprenants en cours de route : sur Coursera, 90% des participants inscrits à un cours ne vont pas jusqu’au bout. Pour Matthieu Cisel, réclamer une contribution de 5 à 10 euros par formation à ceux qui veulent la suivre les inciterait à l’assiduité et garantirait un financement à ces cours d’un nouveau genre. Ce serait toujours beaucoup moins cher que de suivre des cours pour lesquels les étudiants paient parfois des fortunes...

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Le rédacteur :
Alexandra Bogaert
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