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19-01-2016
Mots clés
Politique
Médias
Biodiversité
France

Pamela Anderson, les canards et les médias

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Pamela Anderson, les canards et les médias
(Crédit photo : Mercy For Animals MFA - Flickr)
 
La star, militante de longue date de la cause animale, défend ce mardi à l'Assemblée nationale la proposition de loi sur l'interdiction du gavage des canards. Mais sa présence suscite peu de commentaires sur les palmipèdes.
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Pamela Anderson a-t-elle la moindre chance de sauver des canards ? On en doute. Non pas que l’ex-star du feuilleton Alerte à Malibu ne soit pas sincère dans son combat pour le bien-être animal. Militante de longue date, l’actrice a déjà mis sa plastique et sa notoriété au service de campagnes diverses. Elle s’est étroitement associée avec l’ONG Peta contre la fourrure ou pour le végétarisme. Après avoir milité contre le massacre des dauphins aux îles Féroé, elle fait maintenant partie du directoire de l’association Sea Shepherd. Bien souvent, la blonde icône du petit écran a accepté de jouer la bimbo qu’elle représente dans des clips sexy au second degré assumé, pas toujours apprécié des autorités. Comme dans celui où elle incarne un agent de sécurité ultrasexué qui déshabille de force les voyageurs portant de la fourrure, interdit de diffusion dans les aéroports américains.



Pamela Anderson a donc déjà fait ses preuves de militante. Si nous sommes dubitatifs sur son soutien à la députée Europe Écologie - Les Verts Laurence Abeille qui propose ce mardi après-midi à l’Assemblée nationale une proposition de loi sur l’interdiction du gavage des canards, pratique indissociable de la production de foie gras, c’est plutôt que la route est longue et le chemin tortueux pour passer du statut de fantasme sexuel à celui de porte-parole de la cause animale. Sur une suggestion de la Fondation Brigitte Bardot, Laurence Abeille tiendra pourtant bien une conférence de presse à l’Assemblée nationale avec Pamela Anderson, par souci d’attirer l’attention sur le sujet. « C’est très difficile d’avancer sur les sujets de protection animale à l’Assemblée », explique-t-elle au Figaro, en précisant que le Palais Bourbon est un « écosystème très archaïque ». Nous aurions tendance à penser qu’il n’y a pas que le Palais Bourbon dans ce cas. Et qu’au pays du foie gras, machisme, sexisme et scepticisme face aux thèmes écolos font parfois excellent ménage. En témoigne un échantillon des réactions, présentations et différents portraits que les médias ont relayés et diffusés depuis que la présence de la star au milieu des élus de la République a été annoncée.

« Affluence record prévue dans l’hémicycle », titre ainsi un article sur le site internet de la radio RTL. Car c’est bien de ce sujet qu’il s’agit avant tout : les édiles, appâtés par la chair fraîche, viendront-ils finalement se rincer l’œil ? On aura fini par comprendre que c’est de canards que la dame viendra parler, ce que résumait très bien, en quelques coups de plumes, le journal en ligne l’Actu, en dessins.

Pamela Anderson à l’Assemblée, « un coup médiatique un peu trop gonflé », ose volontiers le journaliste de France bleu Jules Brelaz, après avoir fait réagir quelques députés pas particulièrement enchantés par l’arrivée d’une blonde pulpeuse dans leur fief. Jean-Michel Clément, le député socialiste du Sud Vienne, pense même judicieux de se déclarer insensible aux charmes de la dame et horrifié par le superficiel qu’elle représente. « Comme disent mes amis du Sud-Ouest, on va remettre l’église au milieu du village », annonce-il mystérieusement. Mais une fois de plus, force est de constater que de canards, il n’est point question dans ces interviews.

Un détail qu’a également noté la juriste Muriel Fusi, dans une tribune publiée sur L’Obs Plus. « Ramener le débat sur la plastique de Pamela est en tout cas une manière confortable d’éviter qu’il s’ouvre. Alors que Pamela invite au contraire à se poser les bonnes questions sur la consommation de foie gras », écrit-elle. Le délicat portrait que lui consacre, par exemple, la chaîne I-Télé en fait foi. S’il est vrai que Pamela Anderson mélange médiatiquement les genres et n’hésite pas à donner visuellement de sa personne en toutes circonstances, c’est bien sa personne et pas tellement ce qu’elle a à dire qui intéressait ce matin le présentateur Laurent Bazin et le chroniqueur Valentin Sptiz. Cela a beaucoup fait rire ce dernier que Pamela Anderson veuille finir sa vie « sur un canoë avec un sombrero sur la tête », et finalement, ça ne dérange personne puisque « ça ne l’empêchera pas de poser nue ». Le ton doux-amer des deux hommes sur l’engagement de l’actrice – laissant grand soin à la seule femme présente sur le plateau de signaler qu’elle a tout de même créé une fondation – était à mi-chemin entre la blague de potache et le mépris. « Ce n’est pas du tout sa plastique qui nous intéresse, c’est sa reconversion à l’écologie », conclut, bien entendu sur le ton de l’humour, le présentateur Laurent Bazin.



De canard, bien entendu, nous n’aurons pas trouvé une plume. Le journal flamand De Standaard a senti que ça n’intéressait d’ailleurs pas tant que ça, les plumes, et a préféré titrer : « La végétarienne de l’année met le parlement français en extase ». Car, oui, on l’oublie trop souvent, Pamela, en plus de prendre la parole pour les bêtes, est elle-même végétarienne. Ce qui a permis au chroniqueur-humoriste Daniel Morin, dans son billet quotidien sur France Inter, de se fendre non pas de son point de vue acide sur le gavage des canards, mais sur… les végétariens. « Végétarienne de l’année, la classe totale », siffle-t-il en complimentant Pamela Anderson, avant de décrire la journée type de ces débiles arriérés qui ont choisi de ne pas manger de viande. Tout y passe : douche froide pour préserver la couche d’ozone, utilisation d’un hamster à la place du savon, graines trempées dans du lait de cactus, jogging pieds nus en communion avec la nature et les éléments, yoga qui fait mal aux testicules, déjeuner toujours à base de graines, dos fracassé sur un matelas en bambou, pantalon en fibres de papaye et slip en peau de kiwi. Le final est un bouquet de roses : petite amie pas épilée depuis neuf ans et, pour faire l’amour à la Cro-Magnon, « je lui mets un coup de massue sur la tête et je la ravage ».



Toujours pas un mot sur les canards, on l’aura noté, au milieu de ce billet d’une grande finesse. Gageons pourtant que ces joyeux lurons se battraient bien pour assister à la conférence de presse de Laurence Abeille sur les palmipèdes, se tordraient le coup pour apercevoir la blondeur de Pamela Anderson et joueraient même sans doute des coudes pour la toucher, au risque d’y laisser quelques plumes.

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  • Je suis gersoise, féministe, propriétaire d’une exploitation agricole bio et j’adore le foie gras, qui reste une des rares richesses permettant de valoriser notre département. Alors évitons les amalgames et les raccourcis. La production de foie gras est un vrai sujet économique et culturel, qui témoigne d’une identité forte et de savoir-faire bien spécifiques.

    20.01 à 18h24 - Répondre - Alerter
    • Identité forte ? _ :/
      Juste celle de viandards insensibles à la mort et la souffrance animale ....
      Ce n’est certes pas une richesse qui valorise ça, mais plutot une tare profonde qui dévalorise profondément ce département :´(

      22.01 à 19h47 - Répondre - Alerter
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