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17-02-2015
Mots clés
Société
France

« Même au jardin, l’effet d’un pesticide va toujours plus loin que prévu »

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« Même au jardin, l'effet d'un pesticide va toujours plus loin que prévu »
(Crédit photo : MichaD - Wikimedia)
 
Le jardinage amateur n'est pas sans effet sur les insectes. Encore fallait-il le prouver. Des scientifiques viennent de le faire en publiant une étude sur les papillons et les bourdons. Explications avec l'un des coauteurs.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Benoît Fontaine est responsable des observatoires naturalistes Vigie Nature au Muséum national d’histoire naturelle et coauteur de l’étude.

Terra eco : Que vous ont appris les données des sciences participatives sur les pratiques de jardinage ?

Benoît Fontaine : Nous avons élaboré et combiné plusieurs indices pour évaluer les usages dans les jardins des particuliers qui participent à l’Observatoire de la biodiversité des jardins. L’objectif de ce programme est notamment de compter les papillons et les bourdons. Mais il faut également décrire succinctement son jardin. Grâce à ces informations, nous élaborons d’abord un indice qui indique le degré de « naturalité » d’un jardin. S’il y a du lierre, des ronces, des orties ou des espaces en friche, nous considérons par exemple que le jardin est géré de façon plus naturelle qu’un autre. Ensuite, nous élaborons un indice d’offre en nectar. Les propriétaires de jardins sont invités à cocher les plantes présentes parmi une dizaine d’espèces comme la valériane, le géranium, la lavande... Certaines d’entre elles, comme les plantes aromatiques, sont très attractives pour les insectes, d’autres, comme le géranium, produisent beaucoup moins de nectar. Cet indice montre s’il y a beaucoup ou peu de ressources pour les insectes. Enfin, nous élaborons un dernier indice sur l’utilisation des pesticides de différentes classes, insecticides, herbicides, fongicides... Nous répartissons les jardins en deux catégories : ceux qui en utilisent et ceux qui n’en utilisent pas. Sur les 3700 jardins dont nous avons analysé les données, c’est moitié moitié.

Pourquoi avoir choisi d’étudier l’impact de ces produits sur les bourdons et les papillons ?

Nos données reposent sur un programme de sciences participatives : le premier critère de réussite, c’est d’avoir des participants ! On pourrait faire un observatoire des blattes et des araignées, ce serait sans doute très intéressant mais remporterait à coup sûr moins de succès... Les papillons, c’est attractif pour le grand public. Quant au bourdon, il fait partie de la famille des abeilles autour desquelles il y a eu beaucoup de sensibilisation.

Quelles surprises ont révélé vos analyses ?

Nous savons déjà que l’utilisation de pesticides a un impact sur les insectes, mesuré de longue date en milieu agricole. Nos résultats montrent que c’est aussi le cas dans les jardins. L’utilisation des herbicides a également des effets. Quand un particulier utilise ces derniers, ce ne sont pourtant pas le bourdon ou le papillon qui sont visés. Mais ces insectes dépendent fortement des plantes qui les nourrissent ou leur servent d’abri pendant les périodes d’hivernage. Tout cela n’est pas une surprise, mais nos données nous permettent d’élaborer des statistiques robustes pour l’affirmer. De manière tout à fait inattendue, en revanche, nous avons montré que l’utilisation de fongicides et d’anti-limaces a un impact positif sur l’abondance de papillons et de bourdons. Notre hypothèse, c’est que les plantes, n’utilisant pas leur énergie à se défendre contre les attaques de moisissures ou d’escargots, l’utilisent à produire plus de nectar et donc attirent plus d’insectes. Dans le cas présent, c’est un effet indirect positif. Mais attention à ne pas se tromper de message ! Ces mêmes anti-limaces et ces fongicides ont très probablement un impact négatif sur la faune du sol, comme les lombrics ou les acariens, auxquels aucune étude n’est consacrée mais qui sont garants du fonctionnement des sols. Ce que montrent nos résultats, c’est qu’un pesticide a beau être utilisé en visant un organisme précis, l’effet produit, lui, va toujours plus loin que prévu. L’impact n’est pas forcément là où on l’attend.

Quelles sont les particularités du milieu urbain ?

L’impact des pesticides n’est pas le même à la ville et à la campagne. Dans les jardins urbains, l’impact est plus important. Ces jardins fonctionnent en effet comme des oasis de végétation. Quand l’insecticide tuent les insectes présents, il faut plus de temps pour que d’autres viennent recoloniser l’espace. Les nouveaux venus doivent en effet franchir toute une matrice urbaine. A la campagne, le jardin d’à côté, non traité, est plein d’insectes qui vont venir rapidement. En ville, revenir à un état initial sera plus difficile. Le papillon y arrivera mieux car il possède une bonne capacité de dispersion. Mais le bourdon, lui, ne peut parcourir que quelques centaines de mètres. Dans un milieu hostile comme la ville, il aura du mal s’il lui manque des îlots de nature où trouver refuge.

Quelle est l’importance de ce qui se passe dans les jardins privés à l’échelle de la biodiversité ?

Les jardins privés occupent une grande partie de l’espace en milieu urbain et péri-urbain. On sait que les particuliers sont de gros consommateurs de pesticides et on sait que ces pesticides ont un impact. Tout ça mis bout à bout nous invite à nous interroger scientifiquement sur le résultat final. La situation globale est inquiétante. Les espèces qui vivent dans les jardins sont des espèces communes. Dans d’autres milieux, elles sont en déclin. Ainsi, à l’échelle européenne, les papillons ont perdu 50% de leurs effectifs en vingt ans. Le jardin, c’est une petite fenêtre d’observation. Ce n’est certes pas grâce à lui qu’on va sauver les papillons, ni inverser la tendance générale. Mais les pratiques de jardinage ont néanmoins leur impact. En laissant un peu d’ortie, un peu de friche, on peut favoriser ces insectes. Nous commençons par exemple à étudier l’évolution de l’utilisation de pesticides dans les jardins qui participent depuis longtemps à l’observatoire. C’est un travail encore en cours, mais nous nous rendons compte que des changements de pratiques s’opèrent. Après plusieurs années de participation, la tendance va à une diminution de la consommation de pesticides. Le fait de s’intéresser aux papillons amène à se préoccuper de la nature qui nous entoure. Le gens qui prennent conscience de ces enjeux sont aussi des électeurs. Ce sont eux qui peuvent faire évoluer le discours écologique chez les décideurs. La prise de conscience individuelle est décisive.

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