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15-01-2016
Mots clés
Migrations
France
Interview

« On combat Daech en Syrie, on ne peut pas renvoyer les migrants d’où ils viennent ! »

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« On combat Daech en Syrie, on ne peut pas renvoyer les migrants d'où ils viennent ! »
(Crédit photo : Martin Plot / MSF)
 
Dans un mois, un nouveau camp de migrants devrait voir le jour à Grande-Synthe. Un camp décent pour remplacer la jungle mais qui ne suffira pas à absorber l'afflux récent, souligne le maire qui réclame une solidarité partagée.
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2500 personnes sur un terrain boueux, sous des abris de fortune. A Grande-Synthe (Nord), un camp improvisé de migrants a grandi de manière exponentielle depuis l’été. Tant que les associations peinent désormais à faire face. Le maire, Damien Carême (Europe Ecologie – Les Verts), et Médecins sans frontières réclament depuis plusieurs semaines le déplacement des migrants vers un nouveau camp, aux normes internationales cette fois. Un déménagement d’abord refusé par les services de l’Etat pour des raisons de sécurité. Mais la préfecture a fini par annoncer, le 11 janvier, qu’elle ne s’y opposerait pas. Les travaux visant à assainir le terrain, installer l’eau et l’électricité, planter un village de 500 tentes chauffées, construire des blocs sanitaires et un espace pour les médecins de l’association devraient durer un mois. Un camp qui, malgré tout, n’a pas vocation à perdurer, précise Damien Carême. Il remonte pour Terra eco le fil de ces derniers mois.

Terra eco : Quelle est l’histoire du camp existant ?­

Damien Carême : Les réfugiés ont élu domicile à Grande-Synthe en 2006. Pourquoi ? Parce qu’on a une station-service BP le long de l’A16 qui va à Calais (Pas-de-Calais, ndlr). Alors, la nuit, les réfugiés essaient d’entrer dans les camions. C’est pareil pour différentes communes du coin comme Norrent-Fontes, Angres ou Steenvoorde qui ont eu, chacune, des camps de migrants sur leur territoire. A l’époque, les migrants restaient vingt-quatre ou quarante-huit heures, car ça passait très bien vers l’Angleterre. Puis il y a eu l’hiver 2008. Un hiver très rigoureux avec des températures qui sont descendus à -15°C. Cet hiver-là, on a aussi vu pour la première fois des femmes et des enfants arriver dans le camp. Les associations nous ont prévenus. On a mis en place des tentes chauffées pour l’hiver, de bonnes conditions d’accueil, des toilettes sèches. A ce moment-là, dans le camp, il y avait 20 à 30 personnes. Au plus fort, 70 ou 80. Ça se passait très bien. Jusqu’à cet été. Quand je suis parti en vacances la troisième semaine de juillet, il y avait 50-60 personnes. Quand je suis revenu mi-août, ils étaient 80. Puis 540 à la fin du mois de septembre, 800 au début du mois d’octobre, 2300 à 2400 aujourd’hui. Les forces de l’ordre avaient bloqué le tunnel sous la Manche et le port de Calais. Les gens ne passaient plus.

Et c’est à cause de cette croissance très rapide que les conditions de vie sont devenues très difficiles dans le camp ?

Oui. Le terrain est piétiné par des milliers de personnes. Ça devient de la boue. Avant, ils pouvaient trouver des petits endroits pour mettre leurs tentes et on avait fait des petits terrassements. Mais aujourd’hui, on est dépassé. L’autre élément, c’est que sur le terrain où ils sont installés, j’ai un projet d’écoquartier. C’est pour cela que je ne voulais pas installer trop d’infrastructures. A quoi ça aurait servi, si on doit ensuite récupérer le terrain ? On a quand même installé des toilettes et des douches supplémentaires au début du mois de septembre mais pour 250 à 300 personnes. Pas pour 2500 !

Alors vous avez réclamé l’ouverture d’un camp décent…

La première chose que j’ai réellement réclamée avec l’arrivée massive de nouveaux réfugiés sur le territoire, c’est que l’effort soit réparti entre différentes communes. C’est ainsi qu’on a créé le réseau des élus hospitaliers du Nord-Pas-de-Calais avec les maires de Norrent-Fontes et d’Angres. Mais on ne peut pas dire que ça a eu beaucoup de succès. Le souci, c’est qu’on ne peut pas accueillir tout le monde à Grande-Synthe. Déjà à la fin du mois d’août, les associations avaient du mal à nourrir tout le monde. Alors, 2500 migrants… C’est pour cela que les forces de l’ordre patrouillent en permanence pour empêcher l’installation de nouvelles tentes et de nouveaux matériaux de construction. Et ce sera pareil pour le nouveau camp qu’on va construire avec MSF. Celui-là aura 2500 places. S’ils sont 3000 demain, on aura un problème. Il faut créer d’autres camps d’accueil. Et j’appelle pour cela les élus locaux à le faire.

Aujourd’hui, sur le camp existant, j’ai des Syriens, des Irakiens, des Iraniens. Ces gens viennent de pays en guerre, de dictatures ! Il y a des gens qui ont combattu Daech, qui sont sortis des griffes du terrorisme. On combat Daech en Syrie, on ne peut pas les renvoyer d’où ils viennent ! Ils veulent aller en Angleterre ? Il faut faire la promotion du droit d’asile en France ! Evidemment, quand ils voient la manière dont ils sont accueillis en France, ça ne leur donne pas envie de demander l’asile ici. Il faut des structures adéquates pour promouvoir ce droit d’asile. Et pour ceux qui voudront quand même aller en Angleterre, il faut qu’on répartisse l’effort le temps qu’ils seront là. Pour les accueillir dignement. C’est ce qu’on va faire avec ce nouveau camp.

Et si des gens refusent de quitter le campement d’aujourd’hui…

Il va falloir que les associations convainquent les migrants de partir. J’offre une solution alternative mais je ne veux pas deux camps dans ma ville. Les associations vont travailler, expliquer, pour montrer aux réfugiés que non, on ne prendra pas leurs empreintes digitales à l’entrée du camp (le nouveau camp en dur de Calais formé de containers est ouvert la nuit sur présentation de la paume de la main. Il est encore boudé par les migrants, ndlr), qu’il n’y aura pas de barbelés. C’est un travail de persuasion.

Qui finance la construction ?

MSF à 50% sur une somme d’environ 2 à 2,4 millions d’euros. Le reste, c’est la ville et la communauté urbaine de Dunkerque qui paieront. Mais moi je veux que cette somme soit remboursée. 15 millions d’euros ont été injectés à Calais. Il n’y a pas de raison qu’on ne nous aide pas. Même si ce camp, ce n’est pas le choix de l’Etat, il y aura ici 2500 réfugiés.

La préfecture bloquait jusqu’ici votre projet de camp humanitaire de peur qu’il devienne pérenne…

Je le dis haut et fort, ce camp n’a aucune vocation à être pérenne. Dès qu’une famille partira du camp, on démontera sa tente. Et petit à petit il y aura une résorption du camp. On ne peut pas imaginer un camp qui subsiste dans le temps.

Mais alors, que deviendront les migrants qui continueront à arriver ?

L’accueil s’éclatera. Ce qui est déjà en train de se passer. Aujourd’hui, il y a des camps tout au long de la côte de Dieppe (Seine-Maritime), Cherbourg (Manche), jusqu’en Belgique. A chaque fois qu’il y a des liaisons vers l’Angleterre il y a entre 50 et 100 personnes. Il ne faut pas nier la réalité. Ces camps existent. Mais quand ils sont plus petits, c’est plus facile à gérer. Et au-delà, c’est parce que ces migrants continueront à arriver que la France doit promouvoir son droit d’asile pour que les personnes soient hébergées dans des logements normaux, qu’elles puissent avoir un boulot, une formation. Il faut aussi que l’Europe montre un peu de solidarité et qu’à l’international on travaille au règlement des conflits.

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