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3-12-2014
Mots clés
Agriculture
France

Les mouches vous dégoûtent ? Votre poulet en mangera peut-être bientôt

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Les mouches vous dégoûtent ? Votre poulet en mangera peut-être bientôt
(La mouche-soldat noire, Hermetia illucens. Crédit photo : Didier Descouens - Wikimedia)
 
Sur les quelque 1 900 espèces d'insectes consommés dans le monde, bien peu trouvent grâce auprès des papilles occidentales. Mais un autre destin se dessine pour les arthropodes : servir de nourriture à nos poissons et nos volailles.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Tu préfères une cuisse de poulet élevé aux mouches ou un steak de mouches élevés aux restes de viande ? Ce soir, à table, votre fils a décidé de vous faire vomir. En petit vicieux qu’il est, votre garçon a parfaitement su jouer sur la répulsion que vous inspire encore les insectes. Une névrose de blancs-becs qui demeure l’un des principaux freins à lever pour apprécier cette nourriture riche en protéines, durable et made in Europe. Bref, le rêve du locavore écolo-bio. Si deux milliards d’êtres humains sur la planète ne dédaignent pas de croquer dans le criquet pour le goûter, les Européens ont encore du mal à se faire à l’une ou l’autre des 1 900 espèces d’insectes consommés dans le monde. « Chez nous, c’est sûr qu’un ver de farine passe mieux s’il est cuisiné au paprika ou au chocolat, mais c’est en train de changer », remarque Frédéric Francis, entomologue belge, dans le cadre d’Insectinov, un colloque consacré aux insectes et aux biotechnologies qui s’est tenu au début du mois de décembre à Romainville (Seine-Saint-Denis).

Le professeur, responsable de l’unité d’entomologie de Gembloux, en Belgique, scrute depuis dix ans la réaction de ses cobayes humains devant différents mets concoctés par ses équipes. Ses études montrent que, comme à Top Chef, tout dépend de la présentation. Le ver grillé en plat principal remporte ainsi plus de succès que le cricket bouilli en soupe ou en salade, qui dégoûte un peu. Au final, ce n’est pas si mal, puisque 60% des personnes sollicitées acceptent de goûter des insectes, 88% disent qu’elles se souviendront de l’expérience et 77% estiment que c’est la nourriture du futur. A la fin de l’année 2013, la Belgique a d’ailleurs officiellement autorisé la commercialisation de dix espèces, une première européenne. Dans la foulée, des pâtes à tartiner, ainsi que des nuggets et des steaks à hamburger mitonnés aux arthropodes se sont installés dans les rayons des supermarchés. Ils n’ont peur de rien, ces Belges. Alors que de l’autre côté du Quiévrain, chez nous, la bouffe aux coléoptères demeure dans un flou juridique, confidentielle et vendue essentiellement sur Internet.

Remplacer les tourteaux de soja et les farines de poisson

Et il faudra sans doute encore du temps pour que le palais des Français se fasse aux carapaces. Le succès des arthropodes pourrait d’ailleurs bien venir sous une autre forme, en l’occurrence, celle d’un filet de turbot ou d’un coquelet grillé. Le nouvel horizon des chercheurs entomophiles, c’est en effet la transformation d’insectes en ingrédients destinés à l’alimentation animale. Car nos gallinacés et nos poissons ont eux-mêmes besoin de protéines pour grandir, pour l’instant fournies par l’importation massive de tourteaux de soja et de farines de poisson venus du bout du monde. Aquaculteurs et aviculteurs se font un sang d’encre : en dix ans, le prix du soja a doublé, celui du poisson triplé.

Pour ne rien arranger, chacun présente de sacrées tares environnementales. Le soja est produit massivement en Amérique du Sud, principalement sous forme d’OGM, sur des terres issues en partie de la déforestation. La production exponentielle de farines de poisson, quant à elle, entretient la surpêche dans les mers du globe. Et ça ne va pas s’arranger. A plus de neuf milliards d’humains en 2050, il faudra produire le double de protéines animales pour que tout le monde mange. « Dans un monde où le niveau de consommation de protéines animales augmente, où les terres sont limitées et la préservation de l’environnement est devenu un enjeu majeur, les insectes peuvent être une fantastique opportunité », confirme Samir Mezdour, de l’Institut des sciences et industries du vivant et de l’environnement - AgroParisTech, et coordinateur du projet Desirable.

Vers et mouches au banc d’essai

Ce programme de près d’un million d’euros, labélisé par l’Agence nationale de la recherche, rassemble neuf laboratoires français et deux entreprises. Il s’agit ni plus ni moins que de mettre au point, en trois ans, une « entoraffinerie », capable de fournir aux éleveurs des farines d’insectes protéinées, produites localement. Pour cela, il faut réussir à domestiquer et produire à l’échelle industrielle Tenebrio molitor, le ver de farine, dont les besoins en température et en humidité sont très modestes, et Hermetia illucens, la mouche soldat, capable de consommer des déchets carnés et du lisier, une vraie machine antigâchis ! Tenebrio molitor a donné des premiers résultats : les « entoraffineurs » en ont extrait une huile riche en oméga-6 et oméga-9 et une farine fort prometteuse, contenant jusqu’à 67% de protéines, surpassant ainsi le bon vieux tourteau. Dans quelques semaines, cette farine sera servie aux animaux des laboratoires de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) pour savoir si elle se digère bien.

Au Genopole d’Evry (Essonne), la start-up Ynsect, primée internationalement, a déjà monté un pilote d’usine pour en produire quelques tonnes et vise plusieurs dizaines de milliers de tonnes dans quelques années. Le coléoptère y est nourri au son de blé, un coproduit jusqu’à présent mal valorisé de la céréale. Mais n’imaginez pas que l’affaire soit dans le sac. « Personne ne maîtrise encore l’élevage d’insectes à l’échelle industrielle, explique Alexis Angot, cofondateur de la start-up. Il nous faut des technologies de pointe. » Trouver le régime idéal, surveiller la croissance des millions de microanimaux, évacuer les déjections, empêcher le cannibalisme… Arrivé dans les mangeoires, le produit sera-t-il encore vertueux et durable ? « Il faut être prudents, car nous ne disposons pas encore d’études scientifiques sur ce point, suggère Alexis Angot. Mais ce qui est sûr, c’est que, dans la nature, les poissons et les volailles consomment plus d’insectes que de tourteaux de soja ! Avec nos farines, on se rapproche des régimes naturels des animaux. » Quelles formes prendront les usines capables de produire les arthropodes en masse ? Là encore, tout est possible : de grandes unités de production d’où sortiront des tonnes de farine ou de nombreuses micro-usines, proches des fermes, façon circuits courts. Reste à rendre cette farine rentable et à l’inscrire dans la législation qui régit l’élevage hexagonal. Dans quelques années, la grande famille des bêtes à six pattes pourra peut-être nous permettre de mettre au four poissons et poulets made in France jusqu’au bout des auges.


- A lire aussi : « J’ai testé la dégustation des insectes »

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  • Je ne veux pas avoir l’air méchant pour le rédacteur du sujet, et dire que certains lecteurs n’ ont aucune connaissance du monde rurale..... mais un galinacé... un canard... une oie... leurs régime alimentaire depuis qu’ils existent ...ce sont des ... p’tites.. bêtes.... et oui le soja et complement alimentaires....
    C’est le poulet de Mc Do..... et poulet de batterie.... le vrai il mange ...insectes...vers... asticots...mouches... papillons...fourmis... aptére.. diptére... coléoptères. ...
    .ne soyez pas dégoûté. .... c’est NATUREL.... BIO....
    .
    ...

    8.12 à 10h22 - Répondre - Alerter
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