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Le recyclage des déchets nucléaires pour les nuls

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Après la polémique autour de l'exportation de matières radioactives en Russie, Jean-Louis Borloo avait demandé à y voir plus clair sur le chemin de l'uranium. « Terra eco » décrypte pour vous le rapport qui vient de lui être remis.
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Pour faire marcher les réacteurs nucléaires, c’est comme pour votre poêle à bois, il faut du combustible. Vu qu’il ne brûle pas, mais se transforme, au bout de trois ans, il est considéré comme usé. Mais tout n’est pas perdu : il contient encore « 94 à 95 % d’uranium et 1 % de plutonium, tous deux recyclables en combustible “neuf” », nous explique toujours Areva sur son site. Ce qui permet « d’économiser les ressources en uranium naturel et de réduire le volume et la toxicité des déchets ultimes ». Une source énergie à 96% recyclable : voilà de quoi relativiser le problème des déchets radioactifs.

96% recyclable, 1,7% recyclé

Sauf qu’en octobre 2009, cette belle histoire est remise en cause par la diffusion du documentaire"Déchets : le cauchemar du nucléaire", co-réalisé par notre collaboratrice Laure Noualhat, où l’on voit un champ de containers radioactifs exportés en Russie. Dans la polémique qui s’en suit, aggravée par une erreur d’évaluation des stocks de plutonium à Cadarache, le ministre du Développement durable Jean-Louis Borloo demande un rapport au Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN).

Présenté en début de semaine, il pourrait se résumer à un chiffre : 12%. C’est la proportion de combustible recyclé qui entre dans les centrales françaises. A partir des chiffres auxquels elles ont pu accéder, plusieurs associations qui ont participé aux travaux [1] ont fait leur propre calcul du « taux de recyclage de la matière première, à savoir l’uranium naturel » et parviennent au résultat suivant : 1,7% de ce qui entre au tout début de la chaîne serait effectivement réutilisé à la sortie.

Perspective crédible ?

Pourquoi cet écart considérable ? Car il y a une différence entre recyclable et recyclé. Le Haut Comité constate ainsi « qu’une partie des matières (...) ne font pas aujourd’hui effectivement l’objet d’une valorisation. Elles sont entreposées dans cette éventualité. Il s’agit cependant d’une perspective crédible grâce aux réacteurs de 4ème génération qui pourraient entrer en service à partir de 2040 (si les conditions techniques, économiques et politiques restent réunies). »

Autant dire que les associations doutent de la crédibilité de cette perspective « alors même que l’efficacité, la sûreté et la compétitivité de la technologie visée ne sont pas démontrées, et que le processus d’évaluation et de décision politique préalable à un tel déploiement n’en est qu’à ses balbutiements », explique-t-elle dans un communiqué commun.

450 000 tonnes accumulées

Illustration de l’enjeu avec l’uranium appauvri [2], dont sont remplis les containers exportés en Russie. Le stock d’Areva est en constante augmentation et devrait atteindre 450 000 tonnes en 2030. Mais comme cet uranium « fait l’objet d’une réutilisation partielle » [3] et qu’il pourrait également servir à la 4e génération, il n’est pas comptabilisé comme un déchet.

Les associations dénoncent « la tautologie » qui veut que « la perspective de la 4e génération doit être crédible pour justifier l’accumulation de matières “valorisables” sans emploi, qui à son tour rend nécessaire la mise en œuvre de la 4e génération et ne permet donc pas de douter de sa réalité. » Elles rappellent aussi que « le même discours sur les surgénérateurs » avait « conduit à mettre en place une industrie du plutonium pour un futur “cycle” de réutilisation massive qui ne s’est pas concrétisé ».

[1] L’Association pour le contrôle de la radioactivité de l’Ouest, Greenpeace, France Nature Environnement, l’Association nationale des commissions locales d’information sur les activités nucléaire, épaulées par l’agence de conseil WISE-Paris

[2] A partir de l’uranium naturel, on fabrique de l’uranium enrichi, au potentiel énergétique supérieur, qui servira de combustible. L’uranium appauvri est ce qui reste.

[3] L’uranium appauvri est utilisé en France dans la fabrication du combustible MOX, un mélange de plutonium et d’uranium. Il peut également être enrichi, ce qui donne comme rebut une uranium encore plus appauvri.

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Le rédacteur :
Julien Vinzent

Journaliste, collaborateur régulier pour Terra eco.

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