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L’épidémie d’Ebola, fruit de la déforestation et de la guerre

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L'épidémie d'Ebola, fruit de la déforestation et de la guerre
(Crédit photo : European Commission DG ECHO - flickr)
 
Oui, Ebola est aussi un problème environnemental. La solution ? L'« écologie de la santé » qui pense l'homme et ses maladies dans son écosystème. Explications.
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Comment a débuté l’épidémie d’Ebola, qui frappe pour la première fois l’Afrique de l’Ouest et qui a fait près de 4000 morts depuis la fin de l’année 2013 ? Dans une note publiée ce lundi, l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) affirme qu’il est « probable que le virus se soit initialement introduit dans la population humaine à partir d’un animal sauvage et via une personne unique ». Elle confirme à son tour le scénario avancé par plusieurs chercheurs ces dernières semaines : le premier patient – probablement un enfant guinéen de deux ans – a été infecté par des chauves-souris frugivores.

Pour comprendre comment cette épidémie a pu frapper cette nouvelle partie du globe, et comment éviter d’autres cas à l’avenir, nous avons interrogé Jean-François Guegan, directeur de recherches à l’Institut de recherche pour le développement de Montpellier et spécialiste des liens entre l’environnement et les épidémies. Le chercheur remonte le temps : « Il y a 12 000 ans, l’Afrique occidentale (qui est aujourd’hui frappée par Ebola, ndlr) et l’Afrique centrale (où l’on a découvert Ebola en 1976, ndlr) étaient réunies en un seul bloc géographique. Ces blocs sont séparés depuis huit mille ans mais on y trouve toujours une faune, une flore et des micro-organismes très proches. On redécouvre aujourd’hui qu’Ebola est présent dans cette région, avec une souche quasiment identique à celle d’Afrique centrale, mais ce n’est pas du tout nouveau. » Ce qui est nouveau, en revanche, ce sont les contacts répétés entre l’être humain et les animaux porteurs du virus, à savoir les chauves-souris frugivores.

L’environnement déséquilibré

« Il faut savoir que cette région à la frontière entre la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone a connu ces dix dernières années de nombreuses guerres civiles et déplacements de populations. Les réfugiés se sont souvent installés dans des zones jusque-là vides de peuplements, notamment dans une région que l’on appelle la Guinée forestière, en défrichant la forêt pour démarrer une agriculture de subsistance et parfois en chassant de la viande de brousse pour se nourrir. A ceci, il faut ajouter les nombreux sites de recherches de diamants et métaux précieux dans la même région, autour du Mont Nimba. Ces explorations déséquilibrent l’écosystème puisqu’elles privent la faune locale et notamment les chauves-souris de ressources et de leur habitat naturel. Celles-ci se réfugient donc peu à peu dans d’autres zones plus proches des hommes et se nourrissent parfois dans les nouvelles fermes proches des forêts », poursuit le chercheur.

Or, quand les êtres humains s’approchent de la forêt et que les chauves-souris sont contraintes d’en sortir, les contacts se font naturellement plus fréquents et les risques de transmission augmentent. « La déforestation n’a pas causé directement l’épidémie mais elle l’a rendue plus probable », dénonce donc le journaliste scientifique J.A Ginsburg dans les colonnes du Guardian, avant de lancer : « Il ne peut y avoir de populations en bonne santé si l’environnement n’est pas en bonne santé. » Dans une interview au magazine Motherjones, l’épidémiologiste William Karesh confirme que le facteur environnemental a joué dans l’épidémie d’Ebola, et suggère même que les déséquilibres liés au changement climatique, notamment les épisodes de températures extrêmes, ont pu favoriser les déplacements de chauves-souris et donc leurs rencontres avec les hommes.

« Vers une écologie de la santé »

Convaincu que le corps médical doit davantage tenir compte des relations entre l’homme et son environnement, Jean-François Guegan a co-écrit en 2005 un article où il donnait naissance à la notion d’« écologie de la santé  [1] ». Il y alertait :« Les changements des équilibres entre l’homme et la faune sauvage, les modifications des écosystèmes et l’augmentation des échanges entre zones rurales et urbaines, ainsi que les échanges internationaux sont autant de facteurs qui contribuent à l’émergence de nouvelles maladies. » L’auteur maintient aujourd’hui : « Il ne faut pas se contenter d’une médecine de l’individu et du microscope, il faut étudier les chaînes de causalité, les cascades de faits, les séries de causes et de conséquences à l’échelle des écosystèmes. » Dans ses préconisations, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) se contente pour l’instant d’inviter les populations locales à éviter « les contacts avec les animaux infectés à haut risque (chauves-souris, singes) des zones de forêt humide touchées ».


Quels sont les autres environnements à risque ?

Les zones géographiques les plus « à risque » sont les zones de transition entre les écosystèmes riches des régions chaudes et humides et les zones très peuplées. Jean-François Guegan cite notamment :

- La future autoroute transamazonienne, reliant le Pérou à l’Atlantique, qui va attirer de nouvelles villes au beau milieu de la jungle et à proximité des animaux vecteurs de maladies humaines.

- La Guyane française où le paludisme et l’ulcère de Buruli se développent à la faveur notamment des nouveaux sites d’orpaillage illégaux.

- Mais aussi les mégalopoles de la zone intertropicale, notamment Bangkok. « Dans ces villes, on additionne d’énormes populations, parfois mal nourries ou dans des habitats insalubres, avec des ceintures d’élevage intensif de porcs ou de poulets pour nourrir tout le monde mais aussi des écosystèmes d’une très grande biodiversité en faune, flore et micro-organismes qui sont soit réservoirs soit vecteurs d’agents infectieux. Ça ne vous rappelle pas des histoires de grippes ces dernières années ? ».


A lire aussi sur Terraeco.net :

- A quoi ressemblera la grande épidémie de demain ?

- L’homme est-il responsable du nouveau virus Mers ?

[1] Vers une écologie de la santé, Jean-François Guegan & François Renaud, dans Biodiversité et changements globaux. Enjeux de société et défis pour la recherche Robert Barbault et Bernard Chevassus-au-Louis (dir.), Anne Teyssèdre (coord.)

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