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10-07-2012
Mots clés
Santé
Energies
Agriculture
France
Reportage

Je vis à côté d’une ligne à très haute tension

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Je vis à côté d'une ligne à très haute tension
(Gilles sous le pylône THT, derrière sa maison. Crédit photo : Julie Lallouët-Geffroy)
 
Dans les champs de Gilles trône un pylône de 400 000 volts. Ses vaches ont des infections, son lait est invendable. Sa fille a contracté trois pneumonies. L'éleveur est convaincu qu’il y a un lien.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
Premier épisode de notre série « Je vis à côté de ». Retrouvez bientôt « Je vis à côté d’une éolienne », puis « Je vis à côté d’une raffinerie ».

Pour arriver chez les Hebert, à Planquery (Calvados), il faut emprunter une route sinueuse. Au bout du chemin : une grande maison, près d’une exploitation agricole. Dans un champ, au loin, paissent les vaches noires et blanches de Gilles. Mais c’est là, tout près, à 150 mètres de la maison, que se dresse un pylône de plus de 30 mètres de hauteur. L’un des maillons d’une ligne à très haute tension : 400 000 volts qui traversent la région du nord au sud.

Gilles se partage entre les travaux de la ferme et le pique-nique des enfants à préparer. Son épouse, Lydie, est au travail, dans une banque. Une vie banale, à faire bâiller d’ennui les corneilles. Mais quand le café est prêt et qu’on s’installe au salon, les choses prennent un tour plus complexe.

Du courant vagabond

L’histoire commence dans les années 1980. Peu craintif, le père de Gilles accepte d’héberger une ligne électrique sur ses terres, exploitées depuis cinq générations. Le pylône prend ses quartiers chez les Hebert. En échange, le père de Gilles touche 4 000 francs de l’époque (610 euros environ) d’indemnités.

Les complications commencent. A chaque orage, tout le matériel électrique et informatique de la maison et de l’exploitation grille. Autre bizarrerie : les clôtures électriques qui encadrent les champs semblent retenir le courant. Même quand il est coupé, il passe encore. « Mon terrain est sur une nappe phréatique. Il y a du courant vagabond partout, c’est-à-dire qu’une partie de l’électricité s’échappe de la ligne, va dans la nappe et remonte on ne sait pas où », raconte Gilles. Au fil du temps, les problèmes grossissent et avec eux, l’inquiétude.

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L’exploitation foudroyée

Il y a trois ans, c’est le coup de foudre de trop. Un violent orage éclate. Il fait, comme d’habitude, sauter le courant, mais aussi littéralement exploser le paratonnerre. Le matériel qui permet de nourrir automatiquement les vaches est détruit. « Là, c’en était trop. Ma femme a dit stop, ça va trop loin. On a arrêté de nourrir les vaches avec la machine, on a emmené les veaux chez le vétérinaire, on a commencé à discuter avec les voisins. C’est comme ça que ça a fait tilt. »

L'alimentation animale hors d'usage depuis trois ans

Manon, les veaux et les pneumonies

Au début, Gilles n’a pas fait le rapprochement. « J’ai beaucoup de veaux qui meurent de pneumonie l’hiver, ça a toujours été comme ça. Mes vaches, elles, ont des mammites, des infections aux mamelles, leur lait n’est bon qu’à être jeté. Ça, ce sont des choses qui peuvent arriver, mais le problème, c’est qu’ici ça arrive très souvent. » L’agriculteur a son explication. Pour lui, le courant vagabond est véhiculé par la nappe phréatique. En contact avec l’humidité du terrain et des bâtiments, ses animaux tombent malades ou meurent.

Et puis, il y a aussi Manon, sa fille. Aujourd’hui, elle a 10 ans. Dix années qu’elle fait des allers-retours entre la maison et l’hôpital.

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Mais au final, Gilles n’est sûr de rien. « Bah, je ne sais pas vraiment si c’est lié ou si ce sont des coïncidences, mais bon, ça fait quand même beaucoup de coïncidences, non ? » Des questions, des doutes, mais pas vraiment de réponses. Certes, les études existent mais se contredisent souvent. D’un côté, RTE, l’entreprise d’Etat gestionnaire du réseau électrique français, explique que ces pylônes ont peu d’impact sur leur environnement. De l’autre, une enquête du réseau militant « Stop THT » montre une dégradation des conditions de vie. Rien n’est tranché. Reste qu’aujourd’hui, Manon va mieux. Sa grande sœur, Marie, conserve ses craintes : « J’ai peur de tomber malade comme Manon », confie-t-elle.

Expertises sanitaire et électrique exigée

Il n’empêche. Les Hebert ont voulu faire la lumière sur leur histoire. L’an dernier, ils décident d’aller voir la justice. « Y en a qui vont dire que je fais ça pour l’argent, oui, c’est vrai. Je suis persuadé que les problèmes sur les vaches et les veaux c’est à cause de cette ligne. Et pour moi, ça représente une perte financière énorme. » Gilles vend plus de 400 000 litres de lait chaque année à Danone. Sauf qu’avec les mammites des vaches, une partie de la production est devenue invendable et l’exploitant a dû prendre une douzaine de vaches supplémentaires pour atteindre son quota. Nourriture, main-d’œuvre… Sur une quinzaine d’années, l’addition s’élève à 361 000 euros, selon le comptable de Gilles. C’est la somme que l’éleveur réclame désormais à RTE.

« Moi je ne suis pas contre l’électricité, il faut bien la transporter, mais il faut prendre en compte ceux qui vivent en dessous. Je fais ça pour moi, mais aussi pour tous les autres », justifie Gilles. Car il n’est pas le seul. En France, 350 000 personnes vivent à proximité d’une ligne à 400 000 volts et leur nombre devrait augmenter. Une nouvelle ligne THT est en construction pour transporter l’électricité produite par le nouvel EPR de Flamanville encore en construction. Soit 163 kilomètres qui relieront bientôt le Cotentin au Maine.

Passage au bio

64 communes abriteront 420 nouveaux pylônes. Le collectif « Stop THT » entend bien empêcher la construction de la ligne. Alors, quand des agents RTE viennent, avec des gendarmes, baliser les sentiers sur les terrains rachetés, des affrontements éclatent parfois.

Pendant ce temps, Gilles s’accroche. En juin dernier, il a reçu une bonne nouvelle. Le tribunal de Caen a exigé qu’une expertise sanitaire et électrique soit réalisée sur son exploitation. Objectif ? Mesurer l’impact - s’il y en a un - de la ligne THT sur les animaux de la ferme. Et Gilles a de nouveaux projets. Il vient tout juste d’entamer sa conversion en bio, pour ne plus dépendre de la machine à nourrir les vaches qui menace de lâcher à chaque orage. Pour en finir aussi avec la surcharge de travail et les quotas à respecter.

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  • quelle serait la solution ? enterrer les lignes ?

    12.09 à 14h53 - Répondre - Alerter
  • Electro- smog !

    Joli nom donné à ces phénomènes ! des asso en Belgique par exemple les mesures.

    Qui finances les études officielles ?...
    Les gros cadres et actionnaires de RTE, EDF vivent-ils en dessous ce ces fils ?

    22.08 à 15h32 - Répondre - Alerter
  • Il manque donc des études consensuelles, c’est ce qu’il me semble plus raisonnable de demander plutôt qu’exiger dès maintenant d’arrêter de créer de nouvelles lignes à THT voire de supprimer celles qui existent. La première étude à faire est de vérifier la validité des deux études déjà existantes et qui ont des conclusions contradictoires. Une pétition sur aavaz.org pourrait aller dans le bon sens, je suis prêt à la signer.
    En tout cas ce n’est pas le courant qui sort des lignes électriques, c’est qu’elles produisent un champ magnétique qui peut par induction produire du courant ailleurs. Mais jusqu’à quelle distance des lignes ce courant d’induction a-t-il des effets ? Je n’en sais rien. Il y a eu une série d’articles sur "sciences & pseudo-sciences" récemment là-dessus, mais je ne me souviens plus bien du contenu, et ne l’ai pas sous la main ce mois-ci.

    21.08 à 15h34 - Répondre - Alerter
  • Et lorsqu’ils ne veulent pas de ces pylônes, on leur envoie la gendarmerie, on les matraque, on les expulse...
    Pour satisfaire les actionnaires d’EDF...Pardon, pour l’intérêt public !

    20.08 à 17h39 - Répondre - Alerter
  • C’est assez delicat a traiter : le mode de production agricole de cet eleveur pourrait aussi etre responsable partiellement de ses soucis. On lit bien : necessite de respecter des quotas de production, donc peut-etre des choix de production intensive nocifs. Par exemple les mammites a repetition rappellent les effets des hormones Monsanto utilisees aux US pour augmenter la quantite de lait produite par les vaches. Qui fournit le betail ?...

    Comment ce monsieur stocke la nourriture de ses betes, quels produits utilise-t-il ? Traite-t-il en aerien pour une raison ou une autre ? Que font les exploitants alentours qui peut affecter son environnement ? Je ne mets pas la ligne HT hors de cause, loin de la, mais tout cela est probablement plus complexe...

    11.07 à 09h59 - Répondre - Alerter
    • On pourrait également ajouter les effets indirects comme les produits chimiques qui peuvent être utilisé pour traiter les pylones (cf l’emploi de créosote pour le traitement des traverses de chemin de fer à une époque) ou pour assurer leur entretien (ex : pesticides). Ca mériterait quand même un peu plus de travail d’enquête : est-ce que l’administration a mis en place des études sur ce cas ? sinon pourquoi ? Quel est le contexte...

      J’avoue être quand même très mal à l’aise face à ce type de reportage sans enquête, ça ressemble vraiment à un coup médiatique juste pour faire de l’audience...

      13.07 à 13h45 - Répondre - Alerter
  • Ce type de phénomènes est décrit et explicité par Jacques La Maya ,dans un ouvrage très abondamment documenté (plus de 500 pages)sur "la medecine de l’habitat", Editions Dangles.

    C’est un domaine qui ne fait pas l’objet d’études scienntifiques reconnues par les milieux "officiels" mais il existe des "radiesthésistes" ou des personnes qui détectent ces problèmes et parfois parviennent à les "neutraliser" .

    Moi, je possède ce livre depuis plus de trente ans et je l’ai acheté sur le conseil d’un ami, architecte de profession, qui étudiait ces problemes et qui faisait même des conférences sur ces sujets à la Sorbonne. J’ai perdu trace de cette personne mais j’ai retrouvé les reférebces de cet ouvrage sur "Amazon". Bon courage à cet éleveur car c’est une épreuve redoutable.

    11.07 à 00h49 - Répondre - Alerter
  • Je trouve beaucoup de courage à Gilles et à sa famille. Et je leur souhaite d’obtenir des indemnités et la reconnaissance de leurs difficultés, ma is surtout qu’ils puissent déménager, ou au minimum éloigner leur habitation principale de cette ligne.
    Les effets du magnétisme sur le corps humain ont été prouvés (voir Sciences et Vie de Mai 2012). Même si on ne sait pas bien comment il interagit avec les cellules vivantes, il ne fait aucun doute (le cas de cette famille étant loin d’être isolé) que vivre à proximité d’une ligne à très haute tension (surtout 400 000 Volts !) est mauvais pour la santé, aussi bien des hommes que des animaux. Malheureusement la règlementation est inexistante à ce sujet, et aucune distance minimale entre les habitations et les lignes n’a été instaurée. Pourtant il est clair qu’il faut considérer une zone limitée autour de la ligne, où les troupeaux et les hommes ne doivent pas s’attarder. Et faire des études scientifiques supplémentaires pour mieux évaluer le risque de l’exposition de longue durée à ces champs électro-magnétiques.

    10.07 à 21h19 - Répondre - Alerter
  • Il y aurait beaucoup de choses, à dire :

    - dans un contrat pour poser un pylone, il devrait y avoir des clauses permettant à l’agriculteur l’assurance contractuelle de compenser tous les méfaits de la THT. Mais on se heurte à la règle qu’il faut prouver la cause, ce que ne peut faire l’agriculteur.

    - l’agriculteur a eu tort d’accepter le contrat pour recevoir de l’argent. Il est fatal que cette somme soit inférieure aux divers coups bas de l’opération.

    - l’agriculteur n’a pas été renseigné préalablement. Il faudrait une procédure réglementaire collective rassemblant tous les cas déjà rencontrés

    - les problèmes de santé devraient être pris en compte légalemen et totalement, tant au niveau des dégats qu’au niveau des risques potentiels.
    Les agriculteurs ou exploitants, notamment les petits et moyens, ne sont pas protégés par les syndicats agricoles, nécessairement dans un pays libéral !...

    10.07 à 18h03 - Répondre - Alerter
    • Pourquoi les assureurs tel AXA pour la France ont décidé de ne pas prendre en charge les phénomènes liés aux champs électro-magnétiques ? Lors de leur conférence internationale annuelle ils l’ont tous voté ! C’est bien qu’il existe un réel problème de santé publique. Il ne faut pas chercher plus loin.

      22.08 à 12h04 - Répondre - Alerter
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