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21-01-2015
Mots clés
Santé
Par Rue89

J’ai testé : la station debout pour travailler

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J'ai testé : la station debout pour travailler
(Crédit photos : Rue89)
 
La sédentarité tue ? Pourquoi ne pas tester le bureau nomade alimenté par énergie solaire ou les meilleurs conseils des ergonomes ?
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Rester assis tue. La sédentarité serait plus néfaste pour la santé que la cigarette. Cela fait des mois que je lis ce genre d’informations, le cul tranquillement posé sur ma chaise. Plutôt inconfortable comme position. J’ai beau aimer la marche, le vélo et la course à pied, j’ai beau parfois me lever pour partir en reportage, je sais que le compte n’y est pas. Comme beaucoup d’entre nous, je réponds : « Oui, mais », « oui, mais je n’ai pas le temps », « oui, mais je travaille derrière un écran », « oui, mais je vis dans une grande ville », etc. Et puis, un jour, je suis tombé sur l’histoire de Benoit Pereira da Silva.



Ce développeur de 42 ans était devenu ultrasédentaire et quasi obèse, à cause de son métier de geek. Puis il a lu des études et des livres sur la marche. Il a décidé de se mettre debout, en expérimentant depuis juillet 2013 tout un tas de solutions permettant de travailler sans être assis. « J’ai envie de vous rencontrer et de tester vos outils », lui ai-je dit. Banco.

« Vous avez pas l’air très… »

Chez lui, dans les Cévennes, j’ai d’abord essayé son tapis de marche. J’ai immédiatement pris le clavier pour décrire mes impressions. Voici ce que j’écrivais : « Ce sont les premiers mots que j’écris debout, en marchant. Mon tapis est réglé sur 3 km/h. Ça va vite ! Je m’accroche un peu au bureau pour taper. C’est quand même assez drôle à faire. Je vais essayer de lire un article pour voir ce que ça fait. » Puis : « La lecture est facile. Mon corps s’habitue déjà. Je n’ai aucune difficulté à regarder l’écran ou à taper. Je monte à 3,5 km/h, pour voir. J’ai quand même l’impression de faire plus de fautes de frappes que quand je suis assis. Je me sens plutôt bien. »



« Vous avez pas l’air très… », me lance Benoit Pereira da Silva, un peu gêné pour moi. Il m’explique : « Tout l’intérêt, c’est de tenir là-dessus six à huit heures par jour. A ce rythme-là, vous aurez fait 125 ou 150 km à la fin de la semaine. Vous risquez d’abord d’atteindre vos limites physiques. Mais après deux ou trois mois d’adaptation, on peut faire sans problème six heures de marche comme ça chaque jour. »

En quittant le tapis, j’ai l’impression de descendre d’une attraction. Difficile d’imaginer travailler dans ces conditions toute une journée. Mais je me dis que si un tapis était installé au milieu de la rédaction de Rue89, je m’y essayerais sûrement un petit moment chaque jour. Encore faut-il trouver une solution pour que le bruit de l’équipement ne donne pas à mes collègues l’envie de me trucider.

Une semaine à travailler dehors

Je ne suis pas au bout de mes surprises. En « militant du mouvement », Benoit a décidé de faire parler de lui et de ses idées. Il a donc conçu un « gros coup », un prototype de bureau nomade et autonome, qui lui a permis de se balader et travailler l’été dernier pendant une semaine.



Il m’explique sa réflexion avant de me faire essayer : « L’activité physique a des bienfaits immenses. Je vais vous transmettre le lien d’une étude PDF de l’INPES (Institut national de prévention et d’éducation pour la santé) qui montre qu’elle permet de mieux traiter le cancer ou qu’elle réduit la prévalence des maladies cardio-vasculaires. Ça va loin, ça restaure le sommeil, on a une meilleure sensation de faim, il y a une chaîne de conséquences qui va jusqu’au sentiment de bonheur. Et pourtant, c’est très difficile à appliquer au quotidien. Je me suis dit qu’il fallait essayer d’agir. D’abord, en travaillant debout. Ça, c’est pas très compliqué. Il y a tout un tas de tâches qui sont compatibles avec la marche, comme téléphoner ou discuter avec ses collègues. Ensuite il y a la solution la plus luxueuse en termes d’argent et d’espace, c’est le bureau tapis roulant. Et puis il y a des choses plus extrêmes, que j’avais envie d’expérimenter même si ça a l’air absurde, pour ne fermer aucune porte. J’ai donc conçu un bureau nomade et autonome, alimenté par l’énergie solaire. J’y ai ajouté des choses un peu aberrantes, je pouvais par exemple me filmer avec un drone, le tout faisait plus de 50 kg. »

L’impression d’être juste un mec bizarre

A mon tour d’essayer son invention. Il me faut un peu de temps pour comprendre le mécanisme et m’harnacher correctement. Je monte la pente qui sépare la maison de Benoit Pereira da Silva de la route. Il fait beau et chaud, la vue sur le massif des Cévennes est magnifique, je me dis que celui qui me fera travailler un jour dans ces conditions est un génie. Les automobilistes s’arrêtent en nous voyant et, en croisant leur regard, j’ai l’impression d’être juste un mec bizarre qui tracte un panneau solaire et tente quand même de garder les mains sur son clavier. Les quelques mots que j’écris à cette occasion n’ont aucun sens. Impossible de travailler comme ça.

Je comprends que Benoit Pereira da Silva n’est pas le Géo Trouvetou des travailleurs, juste quelqu’un qui ne répond pas « oui, mais » quand on lui parle de sédentarité. Il assume le côté expérimental et utopique de son invention. Mais jure que « ça fait bouger les lignes » en citant les personnes qui se sont mises à marcher en découvrant son travail. Il poursuit ses recherches, dont il me montre les ébauches. On y voit des rétropatins permettant de marcher sans avancer, des bureaux mobiles qui tournent autour d’un axe ou encore des steppers assez doux. Le tout pourrait même produire de l’énergie, selon les rêves de Benoit Pereira da Silva, qui se dit en contact avec « de nombreux professionnels ».

« Je suis tombé dans un trou »

Le travail de bureau pourra-t-il se faire un jour autrement qu’assis ? Pour m’imaginer cet avenir possible, j’ai décidé d’écrire mon article sans m’asseoir. Avec les moyens du bord : mon ordinateur est actuellement posé sur un meuble à peu près à hauteur de mes bras, dans une salle un peu abandonnée à côté de la rédaction. Ça fait maintenant un peu plus de 45 minutes que je suis debout. J’ai passé le premier quart d’heure le dos bien droit et les deux pieds au sol. Maintenant, je change de pied régulièrement. Je fais aussi parfois de petits pas pour me dégourdir les jambes. Le tout est plutôt confortable.

Mardi dernier, j’ai téléphoné, en marchant, à deux spécialistes des positions du travail. Le premier, Lionel, est ergonome dans un grand groupe de transport français. Il connaît bien le travail de Benoit Pereira da Silva. Il le trouve intéressant mais démonte assez rapidement l’idée du bureau nomade : « En tant qu’ergonome, je suis souvent amené à prendre des notes debout. Avant, je prenais des notes en marchant mais un jour je suis tombé dans un trou et je me suis cassé le pied. Je peux bien croire qu’il y arrive bien mais ce n’est pas fait pour tout le monde, ça peut être dangereux. Moi, j’avais aménagé un petit système avec un harnais pour transporter mon ordinateur et écrire en étant debout mais à l’arrêt. Mais maintenant, c’est obsolète avec les tablettes. »

Et travailler sur un tapis roulant ? Pour Jean-Pierre Zana, ergonome expert à l’Institut national de recherche et sécurité (INRS), c’est aussi une idée intéressante. Mais le chercheur invite à faire attention : « Faire deux choses en même temps demande un effort de concentration plus important, qui entraîne obligatoirement une fatigue. Même s’il s’agit de la marche, qui est un geste automatique. Ensuite, l’homme est une machine : quand on l’utilise beaucoup, il s’use. Est-ce qu’au-delà de 20 km par jour, tous les jours, on ne va pas avoir des problèmes d’articulations ? »

Les deux spécialistes ne m’ont pourtant pas dit d’aller me rasseoir. Voici leur solutions pour vous faire marcher plus.

1/ Marcher pour aller au travail

« Il y a des astuces qu’on peut suivre au quotidien. On peut descendre du métro ou de la voiture un peu loin de son entreprise pour marcher un peu. Là-dessus il y a sûrement des efforts à faire sur la question des horaires variables », préconise d’abord Jean-Pierre Zana.

Au moment où j’écris ces mots, je suis maintenant debout derrière mon ordinateur depuis plus d’une heure. Ce n’est vraiment pas désagréable, peut-être parce que sans vraiment y penser je gesticule régulièrement, je fais par exemple des mouvements de bassin de gauche à droite.

2/ Changer l’organisation de nos bureaux

« Il faut organiser l’espace de façon à ce que toutes les personnes se déplacent. L’idée de base, c’est qu’il faut adapter l’activité à l’humain et lutter contres les habitudes d’immobilité. Un exemple tout simple : beaucoup de salariés ont des sièges qui permettent une rotation au niveau de l’assise, mais ils n’ont pas l’occasion de s’en servir. Il faut par exemple placer les objets dont on a besoin en arc de cercle autour de soi pour bouger plus souvent », conseille Lionel.

« On peut agencer différents espaces de convivialité, où aller prendre un thé ou un café, ce qui encourage les déplacements. Dans nos bureaux, nous avons aussi de petits espaces conçus pour se réunir à deux ou à trois un peu à l’écart », estime l’expert de l’INRS.

A Rue89, notre machine à café (et à jus d’oranges pressées !) est située deux étages au dessus du nôtre. Et nous faisons nos conférences de rédaction matinales debout. On s’en sort plutôt bien.

3/ Changer le mobilier

« Dans mon bureau, j’ai plusieurs meubles à ma hauteur, je peux lire debout en posant mon livre dessus. J’ai un siège à deux positions, quand je tape sur mon clavier, je suis dans la position assis/debout mais quand je lis, je suis incliné vers l’arrière, dans une position proche du pédégé qu’on imagine les pieds sur son bureau. Mais je ne pose pas mes pieds sur mon bureau », nous explique, amusé, Jean-Pierre Zana.

Au moment où il me disait ça, j’ai réalisé que je venais de m’asseoir, un peu par réflexe, sur une chaise qui traînait là. Oups. Lionel nous conseille lui aussi ses meubles préférés : « On voit de plus en plus de bureaux réglables en hauteur. Ça permet de varier les postures, c’est très bien. Il existe aussi des sièges sans dossier qui favorisent une assise active, où l’on peut aussi reposer les tibias. Moi, je travaille là-dessus et j’aime beaucoup, j’ai maintenant du mal à revenir à un siège normal. Il y a aussi enfin des sièges appuie-fesses, qui vous mettent dans une position ni vraiment assise ni vraiment debout. A chacun de tester ces différentes solutions. »

Ces dispositifs sont-ils abordables ? « Dans une entreprise, on pense toujours que la santé du salarié coûte cher, on se trompe, c’est la prévention qui coûte toujours le moins cher », répond Jean-Pierre Zana. A Rue89, nous n’avons que des meubles classiques. Mais l’idée du siège inclinable a fait rêver plusieurs membres de la rédaction.

4/ Bouger dans son quotidien

Les deux experts ont listé pour moi leurs petits stratagèmes pour bouger plus. Le grand classique : renoncer aux escalators et ascenseurs. « Monter plusieurs fois par jour un escalier de cinq ou six étages équivaut largement à faire un footing une fois par semaine », assure Lionel. Ils évoquent aussi les exercices et échauffements que l’on peut faire au travail. Vous seriez bien inspirés de relire le cool article que Renée Greusard avait consacré à ce sujet.

On vous invite aussi à nous raconter vos méthodes et astuces pour vous remuer dans votre quotidien. Lionel m’a par exemple confié le petit secret d’un des ses amis : « J’ai un ami qui fait des flexions quand il se brosse les dents, il plie les genoux jusqu’à la hauteur du lavabo. Il travaille beaucoup, il n’a pas le temps de faire du sport, c’est son activité à lui. »



BILAN DE CES EXPÉRIENCES

Je continuerai à faire des interviews téléphoniques debout, quand c’est possible, comme je le faisais déjà. Si l’occasion se présente, je testerai le mobilier vanté par Lionel et Jean-Pierre Zana. J’ai aussi envie de tester les solutions plus connectées. Lionel m’a par exemple parlé d’une montre qui sert de podomètre et de cardiofréquencemètre et vous permet d’archiver et analyser facilement vos données personnelles. Mais ça c’est une autre histoire. Et ce sera probablement un autre article.

Cet article a initialement été publié sur Rue89 le 20 janvier 2015



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  • un autre truc tout simple pour marcher et se bouger dans un bureau : installer l’imprimante le plus loin possible du bureau, ça peut être dans la pièce la plus loin, ou au bout d’un couloir, voire à l’étage au dessus.
    Si vous imprimez beaucoup, à chaque fois vous ferez le mouvement de vous lever, de marcher et de vous rasseoir, plusieurs fois par jour ça peux compter.
    Vous pouvez aussi mettre comme ça les matériels de bureaux, dossiers... toujours le plus loin possible du bureau de façon à ce que vous soyez obligé de vous lever pour les chercher.
    Pour moi qui suis totalement sédentaire c’est le seul "sport" que je fais c’est mieux que rien du tout.
    Ah non il y a aussi quand je cours après les trams ou trains le matin donc là le truc c’est de mettre son réveil le plus tard possible pour être obligé de courir ;)

    24.01 à 15h14 - Répondre - Alerter
  • Travailler debout c’est bien, mais attention aux dangers du "piétinement" !!!
    Demandez aux barmen, aux aides soignantes ou infirmières, à tous les gens qui travaillent 7, 8 ou 10 heures par jour, debout quasiment à la même place-> jambes lourdes, varices, problèmes de circulation du sang....
    Debout oui, mais en marchant !! Et en marchant sur des distances assez longues, sans aller jusqu’à des 20 km/jour (risque d’usure des articulations).

    21.01 à 19h02 - Répondre - Alerter
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