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Locavore Guyane

Par Eudoxie JANTET
13-02-2011

Isabelle Autissier : écolo sur terre comme en mer

Imaginez : Isabelle Autissier, la fameuse navigatrice, et présidente du WWF France depuis décembre 2009, en visite en Guyane. C’était un événement, autant pour moi que pour la Guyane, à tel point que, toute intimidée que j’étais, j’ai même oublié de la saluer en arrivant pour faire mon reportage pour la petite feuille de chou locale dans laquelle j’aime écrire.

Samedi 12 février 2011, marché aux poissons de Cayenne. Je crois qu’en l’espace de quelques minutes, j’ai enfin compris à quel point nous avons tous notre rôle à jouer pour sortir la planète de son agonie écologique. Isabelle Autissier a été claire : elle se situe dans la droite lignée de ses deux prédécesseurs à la tête du WWF France, Claude Dumont et Daniel Richard. Quand je lui demande quelle est sa vision de la société que nous devrions construire, elle rigole et réplique : « Vous avez 6 mois devant vous ? » Qu’importe, elle me remettra quand même quelques unes des clefs du monde durable.

Pour Isabelle Autissier, le fin fond de l’histoire est de savoir « comment garder une nature vivante et fonctionnelle quand on sera 9 milliards ? ». Car il s’agit bien selon elle de « faire place pour une vie décente à des milliards de personnes qui n’en n’ont pas à l’heure actuelle ». C’est pourquoi elle préconise « de remettre l’homme au cœur des problématiques environnementales, de créer des organisations sociales et économiques qui lui permettent de vivre sur cette planète ». Mais ce n’est pas tout, elle en appelle à la responsabilité des citoyens des pays riches qui doivent arrêter « de consommer-jeter et d’entasser des choses inutiles dans les maisons ». En somme, il s’agit de réduire notre empreinte écologique.

Quant aux éco-gestes, tels qu’appuyer sur le bouton d’une multiprise, trier ses déchets ou imprimer recto-verso, « ils sont une base au quotidien. Ils sont indispensables car ils ont un intérêt direct de sensibilisation. Ils allument des petites lumières » rapporte la présidente du WWF France. Et quand je lui demande ce qu’elle fait elle-même au quotidien pour la planète, la réponse est simple et précise : « je suis comme tout le monde. Je me déplace à vélo, à pieds ou en transports en commun. Je me chauffe au bois et il ne fait pas plus de 18°C chez moi. Je mange quasiment entièrement bio. Je trie mes déchets et je raisonne ma consommation. Ce n’est pas très difficile pour moi ». Personnellement j’aimerais bien vivre dans un monde où chacun serait aisément écolo comme Isabelle Autissier… En Guyane, à l’exclusion bien sûr du chauffage (mais grand Dieu, nous avons les climatisations), transports en commun, alimentation bio, tri des déchets et consommation raisonnée en sont encore à leurs balbutiements. Le « je suis comme tout le monde » de la navigatrice devait sans doute s’appliquer à la France métropolitaine. Quoi qu’il en soit, ceux d’entre-nous qui pèchent par manque d’écologie ont peut être des circonstances atténuantes : « en mer on apprend que la qualité de vie ce n’est pas que la consommation. On vit avec 3 litres d’eau par jour et on s’émerveille d’un coucher de soleil ou d’un albatros » conclue Isabelle Autissier au chapitre de la sobriété volontaire. Aussi, je suggère désormais d’intégrer la navigation en mer au programme scolaire des enfants, et d’envoyer tous les adultes faire Rames Guyane. Nous y gagnerions peut être en essentiel, qui sait ?

Mais Isabelle Autissier est, bien évidemment, venue en Guyane pour tout autre chose que me parler d’albatros et de couchers de soleil autour d’un jus de prune de cythère pour elle et d’une eau de coco pour moi. L’orpaillage illégal et la pêche durable auront été au centre de toutes ses attentions.

Samedi matin elle a visité le marché aux poissons où elle a pu échanger avec les socioprofessionnels de la pêche, et plus particulièrement Robert Cibrelus, directeur du MIR, et Jocelyn Médaille, président du Comité des Pêches. Ingénieur halieute de formation, Isabelle Autissier a travaillé dans les années 1980 pendant environ dix ans avec les pêcheurs de Bretagne Sud sur la langoustine. C’est pourquoi les questions liées à la pêche lui tiennent tout particulièrement à cœur. Aujourd’hui elle estime que la gestion est meilleure en matière de pêche durable, et notamment en Guyane où le dialogue entre le WWF et les pêcheurs s’instaure bien. Mais dans ce domaine, Isabelle Autissier avoue que « c’est compliqué car chaque espèce est différente et a des besoins spécifiques qu’il faut connaître ».

La visite de la présidente du WWF en Guyane était également pour elle l’occasion de rendre publics les premiers résultats de la campagne « Non à l’or illégal » menée par l’ONG depuis le 14 février 2010 à l’occasion de la Saint-Valentin, et d’annoncer sa poursuite. Avec cette campagne « on s’appuie sur l’opinion publique. Les distributeurs sont sensibles s’ils savent que les consommateurs vont leur demander ces choses là [des bijoux dont l’or aura été exploité légalement] » explique Isabelle Autissier. Et a priori la campagne aurait plutôt bien marché, sans que toutefois il soit aisé de quantifier le nombre de personnes qui auront été sensibilisées en Guyane ou ailleurs. Néanmoins, cela aura permis aux 90% des bijoutiers métropolitains, qui ne savaient pas d’où venait l’or qu’ils vendent, d’être initiés à la traçabilité de cette matière première. En définitive, pour construire un monde durable, « les filières d’approvisionnement sont importantes. Il faut des cahiers des charges précis pour produire » rapporte Isabelle Autissier.

Voilà, j’ai le sentiment d’avoir un nouveau petit mantra à réciter chaque matin pour me comporter en bonne éco-citoyenne : « penser à mes petits éco-gestes quotidiens et suivre bijoux et poissons à la trace ».

Eudoxie JANTET

Plus de renseignements à propos de la campagne « Non à l’or illégal » du WWF sur le site internet http://www.nonalorillegal.fr/

COMMENTAIRES
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  • @jl.lenoble

    Effectivement, vous avez raison, j’aurais très bien pu metre un point d’interrogation après le titre. Mais les gens n’ont-ils pas le droit d’évoluer, de changer de point de vue ? Car dans les années où Isabelle Autissier était ingénieur en activité, le discours environnemental en général n’était pas encore mis en avant comme il l’est actuellement.

    @Seed

    Bien entendu que l’orpaillage, surtout illégal, fait des ravages en Guyane française. Il ne se passe presque pas une semaine dans ce département sans que la presse en parle. Ensuite je n’ai jamais voulu insinuer que parce que les bijoutiers métropolitains ont été informés du problème de l’or illégal, ils vont se mettre à acheter de l’or propre. Sur les médias guyanais Isabelle Autissier a elle-même avoué qu’il y a quelques années elle ne savait pas que l’or pouvait provenir de filières illégales et à fort impact sur l’environnement.

    Enfin, mon article ne visait ni à m’étendre sur la problématique de l’orpaillage en Guyane ni sur celle de la pêche, mais plutôt à donner la vision d’Isabelle Autissier du développement durable en général et de ses éco-gestes quotidiens en tant qu’habitante de la planète à un instant T. Ni plus ni moins.

    Après chacun est libre de penser si sa vision des choses est adaptée aux problèmes auxquels nous faisons face.

    Eudoxie JANTET

    16.02 à 17h53 - Répondre - Alerter
  • Il y a qqes années je vivais en Charente-Maritime où l’ingénieur agro I. Autissier vivait également.
    Elle avait fait la réclame pour des brochures touristiques du conseil général sous la présidence de BELOT où elle vantait la beautée de ces paysages agricoles intensifs mono culturals.

    La vallée maraichère de mon enfance et les marais environnants ont disparu à cause de la politique de ce conseil général dont la majorité n’ a pas varié depuis des lustres et qui sponsorisait la navigatrice sur "Charente-Maritime" A l’époque pas de discours écolo. Difficile d’être convaincu.

    16.02 à 14h08 - Répondre - Alerter
  • Autissier est-elle vraiment naïve quant aux résultats de la campagne du WWF contre l’orpaillage illégal où s’applique-t-elle en bon petit solda de campagne aux directives de l’ONG WWF. Car l’orpaillage illégal est surtout le fait des brésiliens. Ni les forces de gendarmerie ni les forces armées n’ont réussi à éradiquer le fléau depuis plus de 10 ans de lutte alors la campagne WWF ? Mis à part la collecte de fonds financiers pour l’ONG je ne vois pas où se situe l’efficacité de l’action ?
    Je trouve l’interview d’Eudoxie Jantet bien complaisante... voir peu documentée. C’est dommage sur des sujets aussi graves.

    16.02 à 10h26 - Répondre - Alerter
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