Locavore Guyane |
Par Eudoxie JANTET |
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13-02-2011
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Isabelle Autissier : écolo sur terre comme en mer |
Samedi 12 février 2011, marché aux poissons de Cayenne. Je crois qu’en l’espace de quelques minutes, j’ai enfin compris à quel point nous avons tous notre rôle à jouer pour sortir la planète de son agonie écologique. Isabelle Autissier a été claire : elle se situe dans la droite lignée de ses deux prédécesseurs à la tête du WWF France, Claude Dumont et Daniel Richard. Quand je lui demande quelle est sa vision de la société que nous devrions construire, elle rigole et réplique : « Vous avez 6 mois devant vous ? » Qu’importe, elle me remettra quand même quelques unes des clefs du monde durable.
Pour Isabelle Autissier, le fin fond de l’histoire est de savoir « comment garder une nature vivante et fonctionnelle quand on sera 9 milliards ? ». Car il s’agit bien selon elle de « faire place pour une vie décente à des milliards de personnes qui n’en n’ont pas à l’heure actuelle ». C’est pourquoi elle préconise « de remettre l’homme au cœur des problématiques environnementales, de créer des organisations sociales et économiques qui lui permettent de vivre sur cette planète ». Mais ce n’est pas tout, elle en appelle à la responsabilité des citoyens des pays riches qui doivent arrêter « de consommer-jeter et d’entasser des choses inutiles dans les maisons ». En somme, il s’agit de réduire notre empreinte écologique.
Quant aux éco-gestes, tels qu’appuyer sur le bouton d’une multiprise, trier ses déchets ou imprimer recto-verso, « ils sont une base au quotidien. Ils sont indispensables car ils ont un intérêt direct de sensibilisation. Ils allument des petites lumières » rapporte la présidente du WWF France. Et quand je lui demande ce qu’elle fait elle-même au quotidien pour la planète, la réponse est simple et précise : « je suis comme tout le monde. Je me déplace à vélo, à pieds ou en transports en commun. Je me chauffe au bois et il ne fait pas plus de 18°C chez moi. Je mange quasiment entièrement bio. Je trie mes déchets et je raisonne ma consommation. Ce n’est pas très difficile pour moi ». Personnellement j’aimerais bien vivre dans un monde où chacun serait aisément écolo comme Isabelle Autissier… En Guyane, à l’exclusion bien sûr du chauffage (mais grand Dieu, nous avons les climatisations), transports en commun, alimentation bio, tri des déchets et consommation raisonnée en sont encore à leurs balbutiements. Le « je suis comme tout le monde » de la navigatrice devait sans doute s’appliquer à la France métropolitaine. Quoi qu’il en soit, ceux d’entre-nous qui pèchent par manque d’écologie ont peut être des circonstances atténuantes : « en mer on apprend que la qualité de vie ce n’est pas que la consommation. On vit avec 3 litres d’eau par jour et on s’émerveille d’un coucher de soleil ou d’un albatros » conclue Isabelle Autissier au chapitre de la sobriété volontaire. Aussi, je suggère désormais d’intégrer la navigation en mer au programme scolaire des enfants, et d’envoyer tous les adultes faire Rames Guyane. Nous y gagnerions peut être en essentiel, qui sait ?
Mais Isabelle Autissier est, bien évidemment, venue en Guyane pour tout autre chose que me parler d’albatros et de couchers de soleil autour d’un jus de prune de cythère pour elle et d’une eau de coco pour moi. L’orpaillage illégal et la pêche durable auront été au centre de toutes ses attentions.
Samedi matin elle a visité le marché aux poissons où elle a pu échanger avec les socioprofessionnels de la pêche, et plus particulièrement Robert Cibrelus, directeur du MIR, et Jocelyn Médaille, président du Comité des Pêches. Ingénieur halieute de formation, Isabelle Autissier a travaillé dans les années 1980 pendant environ dix ans avec les pêcheurs de Bretagne Sud sur la langoustine. C’est pourquoi les questions liées à la pêche lui tiennent tout particulièrement à cœur. Aujourd’hui elle estime que la gestion est meilleure en matière de pêche durable, et notamment en Guyane où le dialogue entre le WWF et les pêcheurs s’instaure bien. Mais dans ce domaine, Isabelle Autissier avoue que « c’est compliqué car chaque espèce est différente et a des besoins spécifiques qu’il faut connaître ».
La visite de la présidente du WWF en Guyane était également pour elle l’occasion de rendre publics les premiers résultats de la campagne « Non à l’or illégal » menée par l’ONG depuis le 14 février 2010 à l’occasion de la Saint-Valentin, et d’annoncer sa poursuite. Avec cette campagne « on s’appuie sur l’opinion publique. Les distributeurs sont sensibles s’ils savent que les consommateurs vont leur demander ces choses là [des bijoux dont l’or aura été exploité légalement] » explique Isabelle Autissier. Et a priori la campagne aurait plutôt bien marché, sans que toutefois il soit aisé de quantifier le nombre de personnes qui auront été sensibilisées en Guyane ou ailleurs. Néanmoins, cela aura permis aux 90% des bijoutiers métropolitains, qui ne savaient pas d’où venait l’or qu’ils vendent, d’être initiés à la traçabilité de cette matière première. En définitive, pour construire un monde durable, « les filières d’approvisionnement sont importantes. Il faut des cahiers des charges précis pour produire » rapporte Isabelle Autissier.
Voilà, j’ai le sentiment d’avoir un nouveau petit mantra à réciter chaque matin pour me comporter en bonne éco-citoyenne : « penser à mes petits éco-gestes quotidiens et suivre bijoux et poissons à la trace ».
Eudoxie JANTET
Plus de renseignements à propos de la campagne « Non à l’or illégal » du WWF sur le site internet http://www.nonalorillegal.fr/

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Journaliste et écrivain spécialisée en développement durable |

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