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8-10-2015
Mots clés
Urbanisme
Climat
Météo
France
Interview

Inondations : « Remettez de l’environnement dans vos prises de décision »

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Inondations : « Remettez de l'environnement dans vos prises de décision »
(Crédit photo : Alberto Gragera - Flickr)
 
Après les inondations sur la côte d'Azur, Alexandre Magnan, de l’Institut du développement durable et des relations internationales, explique pourquoi, face aux événements météo extrêmes, les sociétés évoluent trop lentement.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Moins d’une semaine après les inondations dans le Sud-Est qui ont fait au moins vingt morts, le changement climatique et le bétonnage des côtes sont au banc des accusés. Ces risques ne sont pourtant pas inconnus. Explications avec Alexandre Magnan, spécialiste des questions de vulnérabilité et d’adaptation aux changements environnementaux à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

Terra eco : Depuis plusieurs jours, les experts expliquent la catastrophe du week-end dernier par l’impact du changement climatique conjugué au bétonnage de la côte. Ces paramètres sont connus de longue date. La catastrophe n’a pourtant pas été évitée. Pourquoi ?

Alexandre Magnan : Les catastrophes naturelles résultent en effet bien souvent d’une combinaison de facteurs naturels et de facteurs humains. Jusqu’à il y a plusieurs décennies, on s’en tenait à l’idée qu’elles étaient des calamités de la nature. Puis le changement climatique a pris un peu plus de place dans la réflexion. Mais les acteurs publics se contentaient de dire : « Ça se passe à l’échelle globale, nous n’y pouvons rien localement, nous subissons ». La responsabilité de l’humain, elle, restait exclue de l’équation. Ce n’est plus du tout le cas. Aujourd’hui, il y a une prise de conscience, à la fois de la population, mais aussi des acteurs de la vie publique, à l’échelle des collectivités locales, par exemple. C’est positif sur le fond. C’est un pas en avant vers une meilleure prise en compte du risque et de l’influence de l’humain sur le risque. Mais la transition entre le discours et les actes n’a pas lieu. On est capable d’affirmer que les modèles d’aménagement sont en partie responsables du risque lié à des crues diluviennes, des cyclones ou des sécheresses. Le discours et là. Cependant, une fois le constat posé, vous n’allez pas du jour au lendemain raser tous les quartiers submersibles de Montpellier ou les pavillons des zones littorales du Languedoc ! Des gens se sont installés là, ont investi, aiment leur quartier. Où les reloger ? Combien ça va coûter ? Qui va payer ? Il y a des questions de société derrière tout ça. Faire sauter le risque, ça demande vraiment une transformation profonde de nos modèles de développement.

Même sans parler de raser des quartiers, on pourrait imaginer un ralentissement de la construction, en zone de risque. Or, l’artificialisation des terres en France se poursuit à un rythme galopant, souvent dans des zones à risque…

Oui, car il y a des intérêts économiques en jeu. Or, ceux dont les intérêts économiques sont en jeu ne sont pas les mêmes que ceux qui vont être exposés au risque. La transformation profonde, c’est ça : pour avoir des nouveaux modèles d’aménagement, il faut un autre système économique, il faut se confronter au phénomène de corruption des maires qui accordent des permis de construire dans des zones dont on sait qu’elles sont à risque. Il faut s’atteler à un panel de dysfonctionnements bien connus, mais qu’on n’arrive pas à régler. Ça demande un courage politique qui n’est pas là. D’un point de vue individuel, si demain les gens n’achètent plus dans des zones à risque, trop proches de rivières ou de la mer, il n’y aura plus de construction. Mais en réalité, la demande est toujours là, ce qui crée un marché et des investisseurs. Faire évoluer les mentalités sur la question du risque, ça demande du temps. Les gens, dans leur vie quotidienne, sont occupés à autre chose. Tout bouge néanmoins. On sent bien qu’avec l’approche de la COP21 il y a une évolution des mentalités politiques. Les acteurs économiques, ensuite, se rendent bien compte que la recrudescence d’évènements météo extrêmes commence à leur coûter cher. Les assurances vont ainsi finir par se dire qu’elles ne vont plus pouvoir assurer tel ou tel quartier. Or, s’il n’y a plus d’assurance, personne n’achète. Globalement, le problème, c’est que l’on prend la plupart de nos décisions sur des bases économiques et sociales. L’environnement, lui, n’est pas un ingrédient majeur de la prise de décision à l’échelle collective. Or, ce que met en avant le changement climatique, c’est qu’il faudrait que ça change ! Parce que l’évolution des conditions environnementales va avoir un impact sur nos économies et nos modes de vie. Le changement climatique dit : « Attention, remettez de l’environnement dans vos prises de décision ».

Les intempéries du Sud-Est ont fait vingt morts. D’autres événements météorologiques extrêmes, comme les inondations dans le Var ou la tempête Xynthia en 2010, ont provoqué plusieurs dizaines de pertes de vies humaines. Une catastrophe qui suscite l’émoi national accélère-t-elle la prise de conscience ?

Tristement, je pense que oui. Ces catastrophes suscitent l’émoi, donc l’attention du public, donc les réactions des autorités. Quand il n’y a que des dégâts matériels, c’est surtout les systèmes d’assurance qui réagissent. Le discours des autorités se limite à : nous allons mettre en place les moyens nécessaires pour réparer tout ça. Quand il y a des vies humaines en jeu, on ne peut pas se contenter de ce discours-là. Les conséquences dramatiques de la tempête Xynthia, par exemple, ont fait évoluer la législation française sur la question du risque. Sur le littoral, il y a maintenant une obligation à mettre en place des plans de prévention des risques littoraux et à intégrer la question de l’élévation du niveau de la mer dans les préoccupations d’aménagement. Il ne se passe donc pas rien. C’est seulement que ça ne se passe pas assez vite, ni à une échelle assez vaste. Les changements ne sont pas d’assez grande ampleur face à ce qui nous arrive.

Vous vous êtes penché sur différents type de catastrophes naturelles dans le monde, notamment le tsunami de 2004 et l’ouragan Katrina, en 2005. Quels sont les enseignements de ces catastrophes sur l’évolution des mentalités ?

Ça avance ! Cette année, soit dix ans après Katrina, par exemple, le gouvernement de Louisiane a établi un plan de restauration des zones humides, avec des fonds engagés, en inscrivant cette action-là comme leur premier moyen de lutte contre le changement climatique. Ce n’est pas rien ! C’est la Louisiane ! C’est les Etats-Unis ! On pourrait imaginer que ce genre d’initiative fasse des petits. Des choses se passent dans le monde, mais il n’y a pas encore le déclic qui fait que tout le monde s’y met.

Un récent sondage a établi que près de trois quarts des Français considéraient le changement climatique comme une menace, et que près d’un tiers était prêt à changer leurs modes de vie en profondeur pour lutter contre le réchauffement. Quelle est la réalité derrière ces chiffres ?

Il faut se réjouir de ces proportions importantes. Mais les sondés n’ont fait que répondre à une question. Si vous me demandez si je suis prêt à changer de vie pour que la société dans son ensemble soit moins vulnérable au changement climatique, je vous réponds oui parce que je le souhaite intimement. Mais si vous me demandez ce que je vais faire concrètement, les contraintes de mon quotidien, comme l’obligation de prendre ma voiture pour emmener ma fille au collège car il n’y pas de bus dans le village que j’habite, vont prendre immédiatement le dessus. On se repose souvent sur les comportements individuels pour amorcer un changement de société, mais je trouve que l’individu est plus un accompagnateur qu’un initiateur. Qu’il y ait une volonté de la part des individus, c’est extrêmement important parce qu’elle peut amener les politiques à prendre des décisions, et, surtout, amener une population à adhérer à des politiques publiques contraignantes. Lorsqu’on demande à des gens de se relocaliser, parce qu’ils habitent une zone à risque, ils perdent leur quartier qu’ils adorent, et ce ne sont pas eux, mais leurs enfants ou leurs petits-enfants qui bénéficieront de cet effort. Il est donc nécessaire que les gens à qui on impose ces contraintes comprennent pourquoi elles sont imposées. Mais si on attend que la population déménage toute seule, on risque d’y passer un certain temps. Alors que si demain il y a des politiques publiques mises en place, strictes, mais bien expliquées et bien acceptées, on ira beaucoup plus vite.

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  • Merci pour le bon sens et la profonde humanité qui se dégagent des propos de monsieur Magnan. C’est exactement l’approche de l’association taca (agir pour le climat). on est face à un pb immense, mais soluble car nous en sommes la cause.
    pour le resoudre il faut drastiquement reduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est faisable, mais il faut y mettre le prix.
    tant que polluer coûtera moins cher que ne pas polluer, collectivement on continuera à polluer. Nous devons absolument mettre en place un Signal Prix Carbone mondial.

    13.10 à 14h55 - Répondre - Alerter
  • le problème est que ces politicards préfèrent créer du chômage en France, faire travailler des pauvres gamins chinois, marocains ou autres plutôt que de localiser et permettre à des français de travailler sur place (ou pas loin), de créer leur petite société.
    D’ailleurs, aujourd’hui, le réchauffement qui est une réalité des pesticides est renié / politicards car cela leur rapporte continuellement !
    Tout comme les maisons construites sur "zone INONDABLE" . . . . .
    c’est voulu et caché pour une histoire de fric !

    10.10 à 17h46 - Répondre - Alerter
  • Le soi-disant changement climatique n’est rien d’autre qu’une escroquerie politique qui n’a rien à voir avec les évènements météorologiques du Sud de la France qui ont toujours existé.
    Les responsables des dégâts importants sont justement ces politiques qui n’ont pas pris en compte ces caractéristiques climatiques dans l’urbanisation de ces régions.

    9.10 à 09h59 - Répondre - Alerter
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