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Accueil du site > Blogs > Les blogs > innovation politique > Forum mondial de l’eau : pour une autre vision des systèmes d’assainissement

innovation politique

Par Rodrigue Coutouly
18-03-2012

Forum mondial de l’eau : pour une autre vision des systèmes d’assainissement

Le forum mondial de l'Eau se déroule à Marseille du 12 au 17 mars. Il a pour titre "le temps des solutions" et se focalise naturellement sur l'accès à l'eau potable. On oublie trop souvent de parler de la gestion des eaux usées, l'autre version du droit à l'accés à l'eau.

Or, en ce domaine, la seule solution, qui soit envisagée, est celle de la gestion intégrée sous la forme de l’évacuation mélangée des eaux usées jusquà des stations de traitement de ces eaux.

1-Un système d’assainissement hérité de l’Histoire :

Il nous semble en effet une évidence de diffuser sur la planète entière notre modèle de développement de l’assainissement, avec nos réseaux de conduite enterrés et nos stations d’épuration. Or ce modèle à une histoire et s’est mis en place dans un contexte historique précis.

Tout d’abord, le courant hygièniste, à la fin du XIXéme siècle et au début du XXéme siècle, s’est préoccupé essentiellement des éléments visibles de la propreté : vision et odeur des saletés accumulées dans les rues et les cours d’eau. Pour se débarrasser de la puanteur et des égouts à ciel ouvert, (et du choléra) on construit alors dans les grandes villes les premiers réseaux d’assainissement.

Pendant longtemps, on s’est contenté d’éloigner le problème en poussant ces eaux dans les fleuves en aval ou dans les lacs et les mers. Cela fait à peine trente ans que l’on équipe ces réseaux de système d’épuration. On a en effet compris les dégâts que causaient à l’environnement le rejet brut de ces déchets liquides.

Le traitement des eaux usées, mélangeant les saletés de nos baignoires, de nos vaisselles, de nos selles et urines, est d’une grande complexité. Le principe de précaution impose des normes de plus en plus drastiques. Les infrastructures à construire sont énormes et coûteuses car, en bout de course, il faut séparer les différents composants toxiques pour les traiter un à un.

Il s’agit donc d’un marché particulièrment lucratif dans lequel se sont engouffrées des grandes entreprises, qui ont donc tout intérêt à voir ce modèle de dévelloppement se diffuser à la planète entière.

Courant hygièniste, principe de précaution, loi du marché se conjugent à nos habitudes de pays développé pour considérer ce système d’assainissement comme une évidence, un modèle qu’il faut imposer à la planète entière.

2-Les limites de nos systèmes d’assainissment :

Or, ce modèle est dans une triple impasse, dont il nous faudra sortir.

Impasse technique d’abord. Malgré l’amélioration des technologies utilisées, le traitement montre ses limites. On ne sait toujours pas quoi faire des boues usées qui accumulent les déchets les plus toxiques en bout de filière de traitement. On n’arrive pas à se débarrasser des molécules fines qui ont des conséquences sur l’environnement à la sortie des usines (voir par exemple, les conséquences du rejet des oestrogènes de nos pilules sur les populations de poissons). Les tentatives pour régler ces problèmes alourdissent considérablement les factures payées par l’usager.

Impasse financière ensuite. Dans de nombreuses régions du monde, la mise en place de ces réseaux, là où ils n’existent pas, a un coût faramineux. Nous bénéficions, pour notre part, de réseaux anciens, constamment entretenus, développés au fur et à mesure de notre urbanisation.

Dans les pays en cours de développement, la densification a été forte et rapide, sans construction de réseaux. Rattraper le retard et étendre ces réseaux n’est pas possible rapidement. A l’inégalité de l’accès à l’eau courante et potable, se rajoute donc une nouvelle inégalité, celle de l’accès à l’évacuation des eaux usées. Dans ces pays, les rivières, qui traversent les agglomérations, sont devenues des cloaques où aucune vie n’est possible.

Même dans les pays occidentaux, ce système atteint ses limites. La crise prolongée a tari les capacités d’investissement des pouvoirs publics alors que les exigences en matière sanitaire et environnementale ne cessent d’augmenter. La périurbanisation nécessite des infrastructures très étendues et donc très coûteuses.

Dernier problème, dernière impasse : sur l’ensemble de la planète, la concurrence croissante entre les différents usages de l’eau, oppose l’eau nécessaire à l’évacuation aux eaux courantes domestiques et aux usages agricoles. Il faut en effet énormément d’eau pour évacuer nos déchets.

Il faut nous rendre à l’évidence : ce vieux système, inventé au XIXéme siècle n’est plus adapté à nos exigences du XXIéme siècle.

Or, un autre modèle émerge, moins compliqué, moins coûteux, mais hélas fortement méconnu : celui du traitement local et séparé des déchets.

3-Description d’un modèle alternatif :

Dès le départ, on a choisi de mélanger les différents déchets "liquides" pour s’en débarrasser. Or, ce mélange a des effets toxiques considérables dont nous ne sommes pas conscients. Par exemple, très peu de gens savent que la puanteur durable de nos selles et urines ne s’explique que par leur mélange. Séparés dès le départ, ces deux ingrédients perdent très rapidement leur odeur.

Le mélange de toutes les molécules et constituants de nos eaux usés est la source du problème. Il faut donc séparer les selles, les urines et les autres eaux usées, en utilisant des toilettes sèches.

Séparées des selles et des urines, le traitement local du reste de l’eau sale est facilité. Les techniques de phytoépuration sont bien connues et maîtrisées. Quelques m2 de plantes par habitant suffisent.

Les selles sont transformés séparement par compostage ou lombricompostage. On peut, dans les grosses installations, récupérer le méthane dégagé. Les urines peuvent être épandues sur les terres agricoles (richesse en azote).

Il ne s’agit pas ici de défendre un modèle contre un autre. Mais plutôt d’envisager d’autres systèmes moins coûteux, plus facile à étendre et à développer.

Contrairement à l’assainissement classique (un réseau, beaucoup d’eau, une station de traitement à la fin du réseau), ces systèmes alternatifs peuvent en effet s’adapter avec souplesse à des situations variées : ils peuvent être organisés autour d’une maison individuelle, d’un lotissement, d’un quartier ou d’une commune.

Mais les avantages sont nombreux : très peu de rejets toxiques dans l’environnement, des déchets valorisés, la captation de gaz à effets de serre, des économies financières pour les collectivités et les particuliers, la consommation moindre d’eau et d’énergie, ...

4-Freins et leviers pour ces systèmes alternatifs :

Le principal frein provient de nos habitudes : nos water-closets font tellement partis de nos vies, depuis notre plus tendre enfance, que nous ne pouvons envisager leur disparition. Les toilettes séches semblent, pour la majorité de nos contemporains, des objets incongrus confondus bien souvent avec les toilettes au fond du jardin de nos grands-parents. Les représentations courantes les assimilent au passé et non au réel progrès qu’elles constituent puisqu’elles permettent la valorisation de nos selles et urines.

L’hygiènisme et son pendant contemporain, le principe de précaution, représente le deuxième frein : pour les autorités sanitaires, utiliser localement les déchets reste suspect. On craint les infiltrations dans les nappes phréatiques et autres spectres. On oublie simplement que c’est le mélange des déchets liquides et leur infiltration en aval qui constituent le principal danger. La séparation des selles et urines de l’eau usé règle définitivement le problème.

Enfin, le dernier frein, probablement le plus important, provient des multinationales qui ont investi le marché des eaux usées. Ils leur faudraient faire une douloureuse reconversion vers le marché, moins lucratif, de l’équipement des particuliers et collectivités en phytoépuration, en réseau localisé d’usage de l’eau, en composteur, etc...

Comment les pouvoirs publics peuvent aider à voir émerger ces systèmes alternatifs ? En mettant en place une double politique.

1-L’instauration d’une contribution incitative sur les eaux usés, dont le produit servira exclusivement à financer les installations que certains particuliers et collectivités pionniers voudront réaliser.

2-le développement des filières d’utilisation des déchets utiles que vont créer ces systèmes alternatifs. Quand les selles, les urines et les eaux usées restantes auront un prix ; quand certaines entreprises viendront l’acheter à l’usager, alors celui-ci y verra son intérêt.

Il faudra à terme que chaque acteur soit devant l’alternative suivante :

- soit je continue à me débarrasser de mes eaux usées mêlées, et j’accepte d’en payer le prix, chaque année, sous la forme de taxes d’assainissement de plus en plus coûteuses

- soit j’investi dans un système alternatif qui pourra me rapporter de l’argent à terme puisque mes déchets séparés ont de la valeur et que je peux les vendre.

Conclusion : le sixième forum mondial de l’eau était construit autour de la thématique des solutions. On peut regretter que celles-ci ont été envisagé essentiellement comme une reproduction de nos systèmes d’assainissement. On peut regretter aussi que le forum alternatif, qui se tenait en parallèle, se concentre essentiellement sur la thématique du marché de l’eau courante et oublie les problèmes d’assainissement.

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A PROPOS

Principal de collège, agrégé d’histoire-géographie, j’ai été, dans une autre vie, technicien forestier à l’Office national des forêts et j’ai travaillé en Afrique sahélienne.

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