Quand le Quotidien de la Jeunesse de Chine a révélé mi-juin que 40% des retenues d’eau du pays, soit 37 000 ouvrages, présentaient des failles de sécurité, l’affaire a fait grand bruit. Après enquête, le journal affirmait que "plusieurs barrages situés sur des affluents du Fleuve Jaune, dans la province du Gansu, seraient sur le point de s’effondrer, un ou deux ans seulement après leur construction". Les villageois interrogés sur place évoquaient même le chiffre de 5 barrages fragilisés. Celui de Yuanxian en particulier - 20 mètres de haut, construit en 2006 - présenterait déjà une balafre de 10 mètres de large en son milieu. La révélation fait figure de pavé dans la mare, à quelques semaines de la saison des pluies, c’est-à-dire au moment où les ouvrages sont particulièrement sous pression.
Les causes du problème se résument en quatre points, toujours selon la même source : non respect des procédures de construction, manque de qualification des ouvriers, détournement de fonds et mauvaise gestion des départements locaux des ressources en eau. Selon le Chinois Jia Jinsheng, nouveau président de la Commission internationale des grands barrages, l’association qui rassemble les professionnels du secteur du monde en entier, le chiffre de 40% n’est pas forcément erroné, mais est à prendre avec des pincettes. "Le nombre de retenues présentant des problèmes aux États-Unis est exactement de cet ordre", souligne-t-il. "Ceci dit, la qualité des ouvrages en Chine s’est beaucoup améliorée tant du point de vue du design que de la construction et de l’exploitation". S’il admet qu’un ou deux barrages puissent avoir des problèmes, 5 dans la même zone lui parait peu probable. Pourtant, si l’on regarde les estimations de l’Association américaine des ingénieurs civils [1], seules 4 095 des 85 000 retenues des Etats-Unis auraient posé des problèmes en 2007. On est donc loin des 40%.
Pas de risque zéro
Pour Patricia Adams, de l’ONG canadienne Probe International, connue pour ses critiques envers le Barrage des Trois Gorges, l’affaire est entendue : "ces barrages ont été mal construits, sans respect des normes de sécurité, et peuvent se rompre en cas de fortes pluies". L’un des dangers, explique l’ONG sur son site internet, c’est que l’eau ne puisse plus s’écouler par les canaux de déversement et passe alors par dessus le barrage, provoquant son érosion et son possible effondrement.En 2003, un journal économique chinois publiait déjà les statistiques du ministère chinois des Ressources en eau. Et surprise, 36% des ouvrages du pays étaient considérés comme "à problèmes", la plupart du temps en raison de leur incapacité à contrôler les inondations. A l’époque, Jia Jinsheng reconnaissait que le gouvernement avait "accordé plus d’importance à la construction des barrages qu’à la recherche, la gestion et la maintenance", de même qu’il avait accordé plus d’importance aux grands qu’aux petits barrages. Pourtant aujourd’hui, c’est de barrages récemment construits qu’il est question et le seul cité par le journal est un grand barrage.
Interrogés, des experts du secteur estiment que les risques viennent d’abord de barrages de petite taille. Emmanuel Grenier, de la CIGB [2] attire l’attention sur le fait que la Chine a construit énormément de petits réservoirs à des fins d’irrigation. Alain Carrère, expert au bureau d’ingénieurs conseils Coyne et Bellier, très en pointe sur le sujet, estime de son côté que les grands barrages ont prouvé leur résistance lors du séisme du Sichuan, "protégeant mêmes les populations". Selon lui, les barrages à problèmes sont les barrages de petite et moyenne taille. De l’aveu même des autorités chinoises "ils ont été conçus par des autorités régionales qui avaient moins de compétences et sur des critères moins sévères que les critères internationaux". Mais pour ceux là, les accidents ont déjà eu lieu dans les années 80 et 90...
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