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Locavore Guyane

Par Eudoxie JANTET
25-08-2010

Catacombles

Imaginez un pays où 68% des denrées agro-alimentaires seraient importées. Dans ce pays il n’y a qu’un seul port de commerce où deux à trois fois par an les dockers pensent à faire la grève, ce qui immanquablement crée un vent de panique sans précédent dans la population. Tout le monde se rue alors dans les supermarchés en se posant l’inquiétante question : « Qu’est-ce qu’on va manger demain ? ».

Sans même aller plus loin, je vous sens tout de suite penser à Cuba, l’Irak, l’Afghanistan ou Haïti… Et non ! Raté !

Je continue…

Alors dans ce pays il y a aussi quelques aberrations : le kilo de pommes importées rivalise souvent avec le prix des bananes locales et est toujours moins élevé que le prix des papayes locales (là vous avez déjà pas mal d’indices pour trouver de quel pays je parle). De surcroît dans ce pays, on trouve même des patates douces importées des Etats-Unis (là pour le coup vous êtes sûr au moins que je ne parle pas des States) alors qu’elles poussent localement comme du chiendent (passez-moi l’expression). Et triple comble : le riz qui est produit localement part être ensaché en Espagne avant de revenir être vendu là où il a poussé.

Oui, je le revendique, je suis assez protectionniste dans l’âme et surtout décroissante. D’ailleurs il n’y a pas besoin de s’appeler Serge Latouche pour tenir des propos qui ont du sens, sans pour autant friser le radicalisme à outrance (mais nuance, Latouche est un utopiste, pas un radical, hum…) :

« Il faut un véritable projet de développement économique. Il faut qu’on puisse, par exemple, produire notre alimentation. […] Il faut faire des études prospectives pour voir comment on peut se développer. Cela passe par une production locale. Cela mettra les gens au travail. » affirmait Jean-Pierre Théodore Roumillac, maire de la ville de Matoury, dans le seul quotidien papier existant dans ce pays, en date du samedi 1er et dimanche 2 avril 2010.

Et effectivement il va en falloir des études prospectives pour que les bananes locales remplacent les 16 à 24 tonnes de pommes et de poires qui seront distribuées à la rentrée prochaine aux enfants des cantines de ce pays.

Vous n’avez toujours pas deviné de quel pays je parle chers amis lecteurs ? Petit indice : c’est en France…

J’en vois déjà certains sursauter ! Les gens oublient (ou pire encore, ne savent pas) que la France n’est pas qu’hexagonale : elle a aussi tout plein de dépendances ensoleillées. Bon, allez, je lâche le morceau sinon ce post va devenir grisant. Le pays est : la Guyane française. Mais pour être précise rappelons que la Guyane est un département français d’Outre-mer, donc pas un pays à proprement parler, et qu’elle est soumise aux lois françaises.

Pour l’heure je m’en vais cuisiner un peu…

Eudoxie JANTET, le 24 août 2010 le matin (entrecoupée par des coups de téléphone)

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A PROPOS

Journaliste et écrivain spécialisée en développement durable

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