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11-12-2015
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Monde

Scientifiques : ce qu’ils disent de l’accord

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Scientifiques : ce qu'ils disent de l'accord
(Crédit photo : Karine Le Loët)
 
Dans les couloirs du Bourget, il n'y a pas que des négociateurs, des délégués ou des ministres. Il y a aussi des scientifiques venus voir si le brouillon d'accord peut espérer sauver la planète. Et pour cinq d'entre eux, le compte n'y est pas.
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Dans une salle pleine à craquer, des journalistes assis par terre, collés contre les murs, carnets contre les genoux, écouteurs vissés aux oreilles, sont venus glaner les mots de cinq grands bonhommes. Alors que les négociations sur l’accord de Paris entrent dans la dernière droite, que peuvent donc bien penser cinq climatologues de très haut niveau du texte posé sur la table ? Que le compte n’y est pas. Certes, le seuil de 2°C qu’il faut à tout prix se retenir de dépasser pour que les populations du monde survivent est bien inscrit. Mieux, la notion de 1,5°C, encore peu partagée il y a quelques mois, risque bien d’apparaître au cœur de l’accord de Paris.

« La formulation de l’article 2 qui dit que nous devons rester en dessous des 2°C voire des 1,5°C est une bonne formulation, en accord avec les conclusions du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, ndlr) », a déclaré, à l’ouverture de la conférence de presse, Hans Joachim Schellnhuber, directeur du prestigieux Postdam Institute for Climate Impact Research. « C’est une bonne chose politiquement. Beaucoup de voix s’élèvent encore pour assurer que nous pouvons aller jusqu’à 3°C, voire 4°C, même si nous ne les entendons pas ici. C’est important que les communautés plaident pour 1,5°C pour aller contre ces voix », a abondé Kevin Anderson, vice-directeur du Tyndall Institute, au sortir de la conférence.

Reste un problème de taille : « On ne peut pas avoir 1,5°C d’un côté, et ne pas avoir des INDC (engagement de réduction d’émission de gaz à effet de serre, ndlr) assez ambitieux de l’autre. Sinon, ça ne sert à rien », s’est agacé Johan Rockström, directeur exécutif du Stockholm Resilience Center, à la tribune. « Est-ce que le reste du texte rend l’objectif de 1,5°C opérationnel ? Non, ce qui est écrit n’est pas suffisant », a abondé Hans Joachim Schellnhuber.

Cruel manque de précision

Outre l’insuffisance des INDC – qui ne sont pas inclus dans le texte de l’accord –, les moyens qui doivent être mis en œuvre pour respecter le seuil de 2°C ou de 1,5°C manquent cruellement de précision, estiment les chercheurs. Dans son article 3, le projet de texte stipule ainsi que les « parties doivent viser un pic d’émissions de gaz à effet de serre aussi rapidement que possible » et qu’elles devront, à partir de là, « entreprendre de rapides réductions afin d’atteindre une neutralité d’émissions de gaz à effet de serre dans la deuxième moitié du siècle ». Des formules vagues pour Steffen Kallbekken, directeur du Centre pour des politiques climat et énergie internationales : « Ces formules peuvent toujours être cohérentes avec un objectif de 2°C mais elles n’envoient pas un signal clair sur ce qu’on a besoin de faire. Les options du brouillon précédent le faisaient. Elles mentionnaient des fourchettes de réduction de gaz à effet de serre à atteindre en 2050 –40% à -70% ou -70% à -95% mais elles ont disparu dans le nouveau texte », a-t-il regretté devant le parterre de journalistes.

Pire, une formulation aussi vague peut induire à peu près tout. « Pour moi, cette expression sous-entend l’emploi de technologies d’émissions négatives. On peut encore produire du carbone, et, plus tard, on l’enlèvera. Mais ça, c’est à condition que les technologies de captage fonctionnent. Or, dans le texte, il n’y a aucune mention de ces technologies. A la COP, il n’y a aucune discussion sur ce sujet. (…) Est-ce que ces technologies seront capables d’absorber assez de CO2 ? Où le stockera-t-on ? Si l’on utilise la biomasse pour le stocker, y en aura-t-il assez pour nourrir 9 milliards de personnes en parallèle ? Pourra-t-on le transporter ? », s’est agacé Kevin Anderson. Quelques minutes plus tôt, dans la salle bondée, il avait affirmé : « Toutes les politiques doivent être pensées en considérant que ces solutions technologiques ne marcheront pas. »

Ramener la science dans le texte

Pour le chercheur britannique, qui ne mâche pas ses mots, le manque de précision dans le brouillon de texte pourrait même rendre l’accord final moins ambitieux que celui de Copenhague, pourtant critiqué de toutes parts. Au moins, « l’accord de Copenhague incluait le transport aérien et maritime. Or les émissions de ces deux secteurs sont équivalentes à celles de l’Allemagne et du Royaume-Uni et ces secteurs sont en croissance rapide… Pourtant, leurs émissions ont été complètement retirées du texte. A moins que nous ne considérions sérieusement le transport aérien et maritime, l’objectif de 2°C n’est pas réaliste. Nous devons ramener la science dans le texte. »

Mais que veulent encore ces scientifiques ? Que le texte soit plus ambitieux s’il veut bel et bien tenir l’objectif des 1,5 °C en misant sur un pic des émissions en 2020. Mais surtout que les articles soient plus prescriptifs : « Pour avoir une chance d’être en sécurité, de rester en deçà du seuil de 1,5 ou même 2°C, il faut une décarbonisation totale en 2050. Au moment où nous quitterons Paris, tous les pays devraient adopter des plans de décarbonisation à l’horizon 2050 », a rêvé Hans Joachim Schellnhuber. « Pour rester sous 1,5°C, il faut que les pays riches atteignent une décarbonisation encore plus rapide, a risqué Johan Rockström. Que l’Europe, les pays de l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques, ndlr), l’Australie, l’Amérique du Nord, atteignent zéro énergies fossiles en 2020. Il faut que lundi, au lendemain de la COP, on éteigne les lumières et qu’on commence la transition. »

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  • Et voilà l’immense erreur du GIEC :
    Au lieu de nous dire : "pour 2° il faudrait ceci ou cela..." qui sont, on le sait bien, des choses impossibles à atteindre, il aurait dû nous dire :
    - voilà où nous allons
    - voilà quel sera l’état de la terre en 2050, 2100
    - voilà le monde à la Mad Max que nous allons laisser à nos enfants

    Parce que franchement : zéro émissions en 2050 c’est de la pure fiction. C’est une pure tragédie (des communs) ; toi tu t’arrêtes d’émettre alors moi je peux y aller encore un peu.

    Qu’on nous décrive plutôt le monde qui va advenir, parce que si une crise bancaire a su nous mettre à plat pour une décennie alors que sera une crise climatique ? l’état va éponger la dette ? dites moi comment cette fois.

    12.12 à 06h29 - Répondre - Alerter
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